‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 66 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tendre M. Jarieu, et écouter les raisons qui l'obligent à entreprendre ce parti. C'est premièrement le nombre infini de ceux dont il est farmë. Car il y range les tolérans, peuple immense dans IftBéforme, qu'il appelle les indiffère ns ; parce qu'ils vont â la tolérance universelle des religions sous la conduite d'Episcopïus et de Socin.s

Tout le monde savait que les socinieas et les indifférents étaieattrès nombreux en Angleterre eteQHolIsQde. Mais c'est Jurieu qui a révélé qu'ils ne l'étaient pas moins parmi les réformés de France (1).

1 Ce n'était donc plus seulement contre l'EgllBe romaine ; c'étolt contre le christianisme en général que la Réforme s'armoit secrètement. » « Cependant la crainte des catholiques, dît Bossuet, les tenoit dans le silence •> ; mais après la dispersion amenée par la révocation de l'édit de Nantes, ils ont éclaté quand ils se sont trouvés dans des pays où, comme dit M. Jurieu, « ils ont eu la liberté de parler » ; c'est-à-dire dans les pays oii la Réforme dominoit ».

Jurieu est sincèrement alarmé du progrès des opinions des indifférents et des sociniens dans ces pays depuis ia dispersion (2) :

« La terre, dit-il, est couverte de livres françois qui établissent ces hérésies. . . On voit passer dans les mains de tout le monde des pièces qui établissent cette tolérance universelle.

laquelle enferme la tolérance du socinjanisme Il est temps

de s'opposer k ce torrent impur, et de découvrir les pernicieux desseins des disciples d'Episcopius et de Socin : il seroit à craindre que nos jeunes gens ne se laissassent corrompre : et il se trouveroit que notre dispersion auroli servi à nous Paire ramasser la criuse et la lie des autres religions. »

Jurieu se plaint surtout du progrès du mal en A.ngle-

terre et en llollaDde. Mais Hossuet lait remarquer, non sans raison, que ses discours fODt bien voir à la France " ce qu'elle cachoit dans son sein, pendant qu'elle y porloittantde ministres. » Car ce sont des ministres que Jurieu accuse d'avoir répandu le poison, quoiqu'il ni' soin de protester en faveur de " tant de bons past'^'jrE qui sont sortis de Prance(l) ». Donnons-lui donc a".e de cette protestation, mais n'oublions pas qu'il avoi" quel poison est passé i aux parties nobles • et qu'il • estt^mp? d'aller aux remèdes, >

D'après ces p'aint&s véhénientra, qui cîojra que Jurif u puisse ctn" ancusé lui-même de favoriser, (à son insu sans doute) les iLidJiTérens et les sociniens ? C'est là une de ces inconséquences qui se cachant trop souvent dan? ses écrits, etqup llt>ssuet a si habilement démêlées.

Mais d'ahord l'évèque de Meaux réfute vigoureusement une étrange assiTtion de Jurieu, qui prétend que si r indifférence et l'hérésie se sont facilement répandues en Angleterre, c'est par une tactique des a princes papistes « (Charles II et Jacques II î), qui étoient bien aises de voir ces vices s'introduire parmi lesprotes' tants, < afin de les ramener plus uisément à VEgli-^* romaine ».

— « C'est bien lail, répond ironiquement Bossuet (3), de charger de tout les princes papisteA; car l'indifférence des religions éloit sans doute le meilleur miiyeu pour induira les esprits ii la religion catholique, c'est-à-dire à la plus sévère el la moins tolérante de toutes les religions ! (3| u

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