‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 71 sur 122 · CHAPITRE V 171 f · texte numérisé non relu

CHAPITRE V 171 f

est UD esprit d'uniOD et de sacriflce des opiaioas individuelles. Bossuet est le plus catholique des catholiques : aucun bien ne lui parait égal à celui de l'unité, aucun sacrifice trop dur pour y parvenir : faire de toutes les ftmes une seule &me, et, s'il est possible, de tous les chrétiens un seul cœur ,- tel est selon lui. Je propre objet de la religion; c'est à cet objet qu'il consacre toutes ses forces. Le christianisme est une loi d'amour; la voie pour atteindre à la charité parfaite est l'accord dans la foi enseignée de Jésus-Christ et conservée invariablement par l'Eglise toujours remplie de l'esprit du Rédempteur. Les protestants chercheut aussi t'espiit de Jésus-Christ; mais Ils le cherchent chacun avec ses propres lumières ; ils tiennent donc plus à leurs propres opinions qu'à l'accord avec celles d'autrui; Us recommandent la charité, mais avec l'indépendance de la pensée et du sentiment personnel ; s'ils souhaitent l'union, c'est un compromis entre des esprits discordants, où chacun veut d'abord rester soi-même, ce qui ne peut jamais former qu'un concert d'un moment. L'orgueil de l'esprit humain est le fond dont on ne se détache jamais : au contraire l'humilité, le renoncement à soi, est la vertu fondamentale du catholique. De là vient que les protestants reprochent aux catholiques de n'être qu'un peuple d'esclaves, qui se trouve è l'aise dans la servitude. La fierté du protestant lui fait prendre en horreur une église où tout est soumission, en mépris ces hommes qui ne se font gloire que d'être soumis. Entre deux caractères si opposés jamais la paix ne saurait être durable : le catholique pourra bien offrir auprotestant lacharité;celui-cî lui proposera en échange la lutte des opinions. On ne peut pas faire courir

ensemble des coureurs dont les uns demandent à être attachés sous un même joug, et les autres à courir tout seuls.

Ces deux esprits opposés s'étaient rencontrés et mesurés dans une lutte h outrance, d'où l'on peut douter qu'il pût rien sortir d'utile. Si Jurieu n'eût pas désiré l'empire dans une église qui était la sienne, il y aurait eu peut-être entre eux quelques moyens de s'entendre ; mais il cherchait l'unité dans des conditions incompatibles avec elle. Bossuetse trouvait donc en droit de lui reprocher des inconséquences ; mais c'était la seule prise qu'il eût sur lui : au reste sur aucun point ils n'étaient d'accord. Jurieu fut donc accablé dans la lutte des raisons; mais il ne pouvait s'en ressentir; ses défaites étaient pour lui des victoires : elles ne prouvaient pour lui que l'attachement de son adversaire à ce qu'il avait en horreur, à la tradition inflexible de l'Église catholique. Bossuet, surpris par l'opiniâtreté et la fécoadilé d'idées de son adversaire, se lassait d'une discussion sans fruit, et abandonnait cette lutte stérile :

n Qu'il dogmatiae doue, et qu'il prophétise tant qu'il lui plaira ; je laisserai réfuter ses prophéties au temps, et sa doctrine à luimême, et il ne me restera qu'à prier Dieu qu'il ouvre les yeux aux proleslana, pour voir ce signe d'erreur qu'il élâve au milieu d'eux, dans rinslubilité de leur doctrine (1). »

C'était l'abrégé du livre des Variations, fortement confirmé par tant de controverses qui en étaient nées ; mais la question n'avait pas fait un pas, quoique en passant Bosquet eût porté au protestantisme bien des coups pénétrants. Il n'en pouvait guère arriver autrement.

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