CHAPITRE V
Saint-Simon raconte l'aventure suivante [.WénwrirM, éd. Chérue!,t.Iir,p. 112), à l'année 1704 ;
■ Un rameuî avocat qui s'appeloit Chardon, et qui l'a été de mon père et le mien, avait âté huguenot et sa femme aussi = ils étolsQt de ceux qui avoient i^it semblant d'abjurer, mais qui ne faisoienl aucun acte de catholiques, qu'on connoissoit parraitement pour tels, qui mâma ne s'en cachoient pas, mais que la grande rèpulation de Chardon souteDoit, et le nombre des protecteurs considërahles qu'elle lui avoit acquis. Ceux-là môme avoieni Idt ce qu'ils avoient pu pour leur persuader au moins d'écouter ; ils n'en purent venir à bout ; le moment de Dieu n'étoit pas venu. Il arriva enfin; ils éloient tous deux vertueui, exacts à tout, et d'une piétÉ dans leur religion qui auroit fait honneur à la véritable. Étant un matin dans leur carrosse lous deux arrêtés, auprès de l'HAtel-Dieu, attendant uue réponse que leur laquais fut un irès long temps à rapporter, Mme Chardon porta les yeux vis-à-vis d'elle au hasard sur le grand portail de Notre-Dame, et peu à peu tomba dans une proronde rêverie, qui se doit mieux appeler réQexion. Son mari, qui à la fin s'en aperçut, lui demanda à quoi elle revoit si fort, et la pouBsa même du coude pour l'engager à lui répondre. Elle lui montra ce qu'elle considëroit, et lui dit qu'il y avoit bien des siècles avant Luther et Calvin que toutes ces figures de saints avoieni été Telles & ce portail, que cela prouvoit qu'on invoi^uoil donc alors les saints, que l'opposition de leurs réformateurs à cette opinion ancienne étoît une nouveauté, que celte nouveauté lui rendolt suspects les autres dogmes qu'ils leur easeignoient contraires à l'antiquité catholique; que cea réDelions qu'elle n'avoit jamais faites lui doDuoient beaucoup d'in. quiétude et lui raisoient prendre la résolution de chercher à s'éclatrcir. Chardon trouva qu'elle avoit raison, et dus ce jour ils se mirent à chercher la vérité, puis à consulter, euDn à se faire instruire. Cela dura plus d'un an. Enfin secrètement instruits el pleinement persuadés, ils se déclarèrent tous deux, ils Qrent une abjuration nouvelle, et tous deux ont passé depuis une longue vie dans la piété et les bonnes œuvres, surtout dans un zOle ardent de procurer à leurs anciens frères do religion la même grûce qu'ils avoient refue. Mme Chardon s'instruisit fort "e convertit beaucoup de huguenots >.