‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 87 sur 122 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

bien de la peine à deviner, siDOu que tout cela constitue précisément la profession de la foi romaine, et que les ennemis pourraient bien répétera l'égard des catholiques ce que dit Ësther dans Racine en parlant de»

Persans :

en un mot que ces chrétiens raffinés ont pour tout ce qui est catholique l'horreur la plus profonde qu'il soit possible à des hommes de concevoir pour quelque chose d'abominable, de hideux et de sacrilège. Voilà ce que nous ne sentons que trop bien ; mais les raisons théo' logiques qui inspirent à des chrétiens une telle horreur pour d'autres chrétiens, c'est ce que nous ne saisissons pas aussi aisément.

Laissons-donc Bossuet discuter avec patience les reproches qu'ils adressent au sacrifice de la messe, et faire k ce propos une exposition de ce sacrifice, telle que lui seul peut-être était capable de la faire. Que tes protestants pensent de cette explication tout ce qu'il leur plaira : sans doute elle n'aura sur eux aucune influence, mais sans doute aussi elle instruira les catholiques qui prendront la peine de la lire, et qui ne savent pas tous parfaitement la signification de ces cérémonies. Peutêtre comprendront-ils aussi un certain malentendu qui est depuis l'origine entre les protestants et les catholiques.

En général les protestants ont eu un double souci : ils ont voulu ramener le christianisme k la pureté de sa première institution, et en même temps en interpréter la doctrine dans le sens qui leur paraissait leplus

satisfaisant pour la raison humaine ; c'est-à-dire qu'ils ont appelé la philosophie oaturelle k commenter la religion révélée, et à rendre la foi plus facile aux iutelligdnces raison oeuses.

C'est ainsi qu'au sujet de la présence de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, leurs docteurs ont imaginé diverses explications pour reconnaître que le Fils de Dieu est dans ce sacrement sans y être réellement ; pour les uns, il y est en Agure, pour d'autres il y est sensible par la foi ; mais en somme ce n'est pas son vrai corps et son vrai sang que les fidèles y reçoivent, y consomment physiquement et s'y incorporent. Ces actes physiques, pris en leur sens propre, répugnent par différentes raisons à la philosophie naturelle. Au contraire, tes parfaits catholiques acceptent simplement cette croyance, qu'ils mangent la chair et boivent le sang du Fils de l'Homme crucifié, et que c'est toujours la même chair et le même sang qui leur est donné chaque fois et en quelque lieu que la communion se renouvelle. Ainsi les uns acceptent au sens littéral, sans aucune réserve, le mystère que les autres n'entendent que d'une manière plus ou moins arbitraire et toujours symbolique : les premiers sont des croyants absolus ; les autres sont des philosophes qui mêlent plus ou moins la croyance avec la défiance.

Comme le sacrifice de la messe est tout entier conçu, ordonné, accompli en raison de la croyance catholique, il choque en différents points la doctrine des protestants; il en est la réfutation en acte ot en paroles, bien qu'il n'y soit fait aucune allusion à cette doctrine ; il renouvelle à tout moment l'opposition à leurs idées ; il ne peut donc que leur être importun etodîeuz. Aussi ont-

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ils amassé contre outes tes parties caractéristiques de cet office des critiques qui semblent d'abord n'être que des reproches de détail et de forme, mais qui, au tond, viennent de l'incompatibilité absniue des deux croyances. Par exemple, pourquoi disputent-ils tant sur l'adoration dans la messe (1) ? Si le Fils de Dieu est réellement présent sous les espèces, comment peuton trouver mauvais qu'il y soit adoré ? Comment même pourrait-on se dispenser de l'y adorer ? Leur opposition en ce point est une preuve incontestable de leur prévention, du désaccord fondamental de leur doctrine avec les prières et cérémonies de la messe. Il est superflu d'y en ajouter d'autres. La messe n'est donc pas une simple manifestation religieuse, où des croyants de diverses religions puissent indifféremment prendre part : c'est le sacrifice catholique par excellence, qui est reproche, et pour ainsi dire offense aux autres religions.

Voilà, ce semble, l'insurmontable antipathie des protestants pour la messe suffisamment expliquée. Mais il reste leurs critiques de détail, qui ne sont pas Sluss'] étroitement unies à l'acte de foi en lui-même ; et ce sont ces critiques qui arrêtaient, comme on le voit, des protestants déjà convertis en principe, et qui n'étaient empêchés que par là de rentrer purement et simplement dans la famille catholique. De là des difficultés que Bossuet a jugées assez sérieuses pour y répondre avec le plus grand soin et avec cette éloquence faite de science positive et de conviction, qui n'appartient qu'à lui.

[1) Voir »•■ XXVl-XXXV.

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Pour donner, par un exemple, une légère idée de l'attention qu'il portait à tout, il commence, à la demande de son correspondant, par l'explication du mot inêrae de Messe, et cette explication est décisive.

L'origine du mot est-elle hébraïque, « comme pluijieurs docteurs catholiques l'ont prétendu, » ou purement latine ? Bossuet la croit latine, et en rend par- Taitement compte (1), en historien, en théologien et en philologue, aussi bien qu'aurait pu le faire le savant Ducange auquel nous pouvons renvoyer le lecteur :

n Le mot de mista est une autre inflexion du mot missio. On a dit missa, congé, renvoi, pour missio, comme on a dit revtisaa pour remissio, rémission, pardon; oblata pour oblatio, oblation, etc. »

Au point de vue grammatical et historique, Bossuet n'omet qu'une remarque .- à savoir, la propension des gens du premier moyen-âge à transformer en féminins singuliers des mots terminés en a, qui étaient des pluriels neutres,comme AonJea(orge), /"u/pura (foudre), etc. C'est ainsi qa'oblala (choses offertes) est devenu un féminin signifiant l'ofîraude ou VOblation (2).

Il serait aisé de relever de nombreuses preuves de l'exacte et consciencieuse érudition de Bossuet; mais ce n'est pas notre objet: nous n'en parlons que pour montrer par un exemple quelle confiance il mérite.

Mais enfin comment en mot, qui signifiait renvoi ou congé, esl^il devenu le nom du sacrifice î Cela s'explique très bien par les usages de l'Église des premiers temps, qui congédiait k différents moments diverses

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catégories d'assistants ; mais nous ne suivrons pas notre auteur dans ce datai), non plus que dans les savantes discussions de ce petit traité, où rien n'est omis. C'est affaire aux ecclésiastiques de s'instruire de tant de choses qui font partie de la science de leur ministère.

En passant, Bossuet saisit une occasion d'appuyer sa théorie relative à l'autorité des choses qui sont étabiies par la tradition, sans qu'il y ait de textes précis de l'Ëcriture sainte. Nous savons combien les ministres protestants fondaient de reproches sur ce genre de griefs. C'est à saint Basile que Bossuet emprunte ici les termes de sa réponse :

« Il y a des dogmes non 6criis, qu'il faut recevoir comme venus des apôtres, avec autant de vâaération que ceux qui sont âcrits... Nous ne nous contentons pas des parole^qui soutrap' portées par l'ApoIre et les Évangiles... mais nous y en ajoutons li'ftuires devant et a[jrÈs, comme ayant beaucoup de force pour les mysiÈres, lesquelles dous n'avons apprises que de cette doctrine non écrite (1) ».

Habemus confitentem reum , crieront les ministres ; riiglise romaine avoue elle-même qu'elle a des croyances purement humaines. — Mais, leur répondra-t-on , qu'est-ce que vos interprétations philosophiques des mystères enseignés par l'Écriture? Ne sont-ce pas des idées humaines? Vous auriez honte de la foi simple des catholiques. Vous avez peur des railleries des philosophes !. Mais pensez-vous que vous ne conservez pas, dans vos croyances, assez de mystères pour vous exposer à lu moquerie des J.-J. Rousseau et des Voltaire? Jusqu'à quel degré faudrait-il détruire la religion pour satisfaire ces implacables censeurs ? Avez-

|l] N. XLIV, f. 73:

VOUS découvert la limite qui, à leurs yeux, sépare la foi nhrétionae de rimbéciilitéf Nous avons bien peur pour vous, si vous vous soumettez au tribunal desjUResdece caractère. Vous penchez trop de notre côté pour être véritablement du leur. Votre haine pour nous est biea uae haine de frères. Nous somnaes les aines, et vous les puinés: la ditférence ne va pas plus loin, et les antipathies n'ont guère d'autre fondement que les rivalités et les ambitions nées de cette différence d'âge.

Cependant ces divergences sont allées si loio, que Bossuet résume en ces termes l'opposition des deux communions :

• Il n'y a point de salut pour eut (c'est-à-dire à leur avis) qu'en condamnant lous dos Pères, et démeotaDt toutes tes prières qu'on fait à Dieu depuis tant de aiècles, en Orient comme en Uccldent, et par toute la terre habitable (1) ■.

Ce n'est pas Bossuet qui les écarte ainsi, c'est eux qui rejettent la communion de l'Ëglise catholique par cette sorte d'excommunication.

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