CHAPITRE Vil iïl
qu'elles soient. Si les protestants objecteot le schisme de l'église grecque (1):
■ Ce n'est pas, répond Bosauet, à l'église de GoasUnlinople, ni aux autres sièges schismatiques d'Orient, que nos réformés ont songé à s'unir eu se divisant de l'Égliae romaine avec tant d'éclat et de scandale. Avouez, nos cbers Frères, une vérité qui est trop constante pour être niée. Rien ne vous accominodoil dans tout l'univers... Il demeure pour constant que les protestants ont construit leur église prétendue par une formelle et iDévitable désunion d'avec tout ce qu'il y avoit de chrétiens dans l'univers.
1 Aussi se sont~ils vus dès leur origine irrémédiablement désunis entre euï-mômes : luthériens, calvinisles, sociniens, ont été des noms malheureux, qni ont formé autant de sectes. Les catholiques savent se soumettre et se ranger sous l'étendard : on en a dans tous les siècles d'illustres exemples. Il n'en est pas de la même sorte de ceux qui ont rompu avec l'Église... Les protestans se sont ôtè toute autorité, tout ordre, toute soumlBSton : et aujourd'hui, s'ils se font justice, ils reconnoitront qu'ils n'ont aucun moyen de réprimer ou de condamner les erreurs : en sorte qu'il ne leur reste aucun remède pour s'unir entre eux, que celui de trouver tout bon, et d'introduire parmi eux la confusion de Babel et l'indllférence des religions sous le nom de tolérance (!].
r II n'en faut pas davantage aux cœurs simples el de bonne foi. Les promesses dont il s'agit sont conçues, comme on a vu, en termes simples et très clairs... Si une fois il estconstant que la vérité domine toujours dans l'I^lglise, tous les doutes sont résolus : il n'y a qu'à croire, et tout est certain ».
Bossuet se donne ensuite la peine de prouver par les témoignages les plus décisifs que les anciens docteurs de l'Épilise ont entendu comme lui les promesses de Jésus-
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Christ dont il parle (1), et par conséquent que rien n'est plus indubitable que la présence perpétuelle de Jésus- Christ dans l'Église, ce qui réduit à néant les affirmations des rérormateurs sur l'interruption de l'état de l'Kglise. Saint Augustin leur répond d'avance, en s'adressant aux donatistes qui prétendaient la même chose :
■ L'Église a pdri, dites -vous, elle n'est plus sur la terre ».— ( Voilà ce que disent ceux qui n'y sont point; parole imprudente. Ella n'est pas, parce que vous n'aies pas en elle7... C'est une parole abominable, détestable, pleine de présomption et do fausseté, destituée de toute raison, etc. u. Pourquoi, reprend BosBuet, tous ces litres à cette erreur? C'est qu'elle déineni Jésus-Christ, qui a promis h l'Église... des Jours qui dureront jusqu'à la fin du monde >.
Il est inutile de prolonger ces citations. Persoiine ne persuadera jamais à ceux qui détestent l'ËgliBe catholique plus que quoi que ce soit, que ce qu'elle enseigne en sa propre faveur puisse être la vérité. Sans espérer donc de les toucher, contentons-nous de transcrire, après Bossuet (2), ce passage de Tertullien contre Uarcion et Valentin, qui prétendaient déjà que rË(i;lise était interrompue.
a II est impossible que le Saint-Esprit ait laissé errer toutes lesËgliBes.etn'cu ait regardé aucune. Montrez-nousandoncavanl vous une seule de votre doctrine. Vous disputez par i'Ëcriture? Vous ne songez pas que l'Écriture elle-même nous est venue par celte suite; les Évangiles, les Épitres apostobques et les autres Écritures n'ont pas Tormé les Eglises, mais leur ont été adressées, et se sont fuit recevoir avec l'assistance du témoignage de ['Église : ejus leslimonio existente. L'Église les a précédées, les
(1) P. 99 et Boiv.
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a remuas, les a transmises à la poslérité avec leur véritable
Il restait aux protestants une dernière choee à faire, mais qui détruisait la foi protestante aussi bien que la catholique: c'était d'infirmer par la critique l'authenticité des Écritures ; après cela le christianisme tout entier devait périr; le protestantisme se ruinait luimême pour ruiner son ennemi. Mais on n'en était pas encore là au temps deBossuet, du moins au moment où nous nous plaçons ici .
L'évoque de Meaux en est encore à faire tous ses efforts pour inspirer aux protestants la confiance dan:« l'Église, qui est l'héritière des promesses, et le lieu où l'on doit prendre le vrai seos des Ecriiures. Car elle est appliquée à conserver intacte la doctrine de Jésus- Christ, telle que les apûtres l'ont reçue de lui.
Cl gaîDt Paul disall à Timolhée (1) '- «Ce que vous avez ouï de moi en présence de plusieurs lëmoius, laissez-le à des hommes fidèles qui soient capables d'en instruire d'autres (II Timotli., II, 2) ». C'est la règle apostolique, c'est par celle suppositiou que la doctrine doit aller de main en main ; les apAtres l'ontdéposée entre les mains de leurs successeurs « en présence de plusieurs lémoios a; devant toute l'Église catholique, comme l'explique Viucent de Lérins après saint Ghrysostome ; pour éviter la surprise, on ne dit rien en secret; niais ce qui est dit devant touL le monde, passe à tout le monde do main en main ; c'eat, disoit saint ChrysDsCome, le trésor royal qui doit être déposé en lieu public; de pasteur à pasteur, d'évèque à évëque on se donne les uns aux autres la sainte doctrine : il n'y a point d'interruption, ei tout cela originairement vient de Jésus- Christ, qui disoit aux apûtres et à leurs successeurs :
«Je •uiis loujoura nvocvous «. Dans cette succession la doc-
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trine est toujours lu mâme. C'est pourquoi la fausse doctrine, dans le ilyle de l'Écriture, s'appelle une autre doctrine ; n Timottaée, dit sainl Paul, dénoncez k certaines gens qu'ils n'ens«ignenl point d'autre doctrine n (I. Timoth. I, i). s L'Évangile n'est jamais autre que ce qu'il étolt auparavant (6'aial. I, î) > -
Ainsi) quel que ^it te temps où dans la foi on dise autre chose que ce qu'on disait le jour d'auparavant, c'est toujours l'hétérodoxie, c'est-à-dire une " autre doctrine « qu'on oppose à ■ l'orthodoxie », et toute fausse doctrine se fera counottre d'abord sans peine et sans discussion par la seule innovation, puisque ce sera toujours quelque chose qui n'aura point été perpétuellement connu... Jésus-Christ ne dit pas qu'il sera avec les Apdtres et leurs successeurs à de certains jours, mais* tous les jours».
1 Par là s'entend clairement la vraie angine de catholique et d'hérétique. L'hérétique est celui qui a une opinion, et c'est ce que le mot signifia. Qu'est-ce a dire, avoir une opinion ? C'est suivre sa propre pensée et son sentiment particulier. Hais le catholique est caiholique, c'est-à-dire qu'il est universel; et sans avoir de sentiment particulier, il suit sans hésiter celui de l'Église (1) ».
Bossuet condamnait donc sans hésiter toutes les opinions particulières et toutes les nouveautés. On sait quels reproches cette doctrine rigoureuse et inflexible lui a valus, non seulement de la part des protestants, mais de tous les hommes qui se piquent de penser par eux-mêmes et de ne croire que ce qui leur est démontré par la raison et par leurs méditations personnelles. On veut voir eu lui un tyran des consciences, un obstacle à tout progrès de l'esprit humain, un homme né pour