CHAPITRE II
demander à Bossuet « par diverses personnes de (jualité, » s'il voudrait bien conférer en sa j)résen(je avec M. Claude (1). Il répondit qu* « il le ferait de bon cœur, s'il voyait cjuc cette conférence fiH nécessaire à son salut. » Hlle se servit de l'entremise du duc de Richelieu pour 1 inviter à se rendre à Paris le mardi dernier jour de février 1078, et à entrer en conférence le lendemain avec le ministre sur la matière dont elle lui parlerait. Il se rendit en efTet chez elle au jour marqué, et là elle lui fit connaître « «lue le point sur lequel elle désiroit s'éclairer avec son mini.strc étoit celui dt* l'autorité de rE|;li.se, qui lui sembloit renfermer toute la controverse. « 11 lui parut qu'elle n'éloit pas en état de se résoudre sans cette conférence, si bien qu'il la juj,'ea absolument nécessaire. »
C'était en effet un point que Bossuet considérait comme capital. Il en avait dit (juclque chose dans VExposilioUj mais sans y développer le fond de sa doctrine. Deux idées composent ce fond, l'une relative à la garantie de l'orthodoxie; l'dutre au caractère des pasteurs. Quant à ceux-ci, quel titre ont les ministres protestants pour ensei;;ner la foi ? Ce ne sont que des particuliers, qui se sont inj^éivs dans le ministère sans aucune consécration divine. Dans l'Kglise roMiaine, au contraire, tous les évoques sont, par une transmission inintiMTompue, les successeurs des Apùlres et les héritiers de leur mission. Mais les successeurs de Luther ou de Calvin sont tous, comme les fondateurs de la Kefurme, des particuliers (|ui sont obliges de confesser
(r CYlJit rr mi-m'' ministre qui avait '..'•. en qtarlquc* jorlc. a Ro«-
KU(*l le» roii.^nviiri's do l'uiulo ri du (r< ''; • de Durât, le viromle de
Turcnnc cl le doc de Lor^'eii. (Voir Saint-Simou. Mcmviret. i II. p 404 .
,\1 HOSSUKT i:r LK l'ROTr.sTANTlSMK
(ju'ils n'uni (!<' litre (jii'uiic \ocalion loule porsonnclU", {qu'ils s'attribuent comme s'ils avaient reçu d'en liant im ordre secret de prêcher, sans (]u'on puisse trouver de signes de cet ordre mystérieux. Ils ont par suite enseigné ce qu'il leur a paru bon, sans autre garantie (]ue cette révélation personnelle dont ils se prévalent. Ils allèguent, il est vrai, l'autorité de l'Écriture Sainte, mais qui leur en a expliqué le sens? Ce sont toujours des lumières humaines; et eux qui chargent l'Église romaine du reproche d'avoir introduit des fantaisies humaines dans la vraie religion, montrent manifestement qu'il n'y a souvent rien que d'humain dans leurs dogmes. De iiuelle autorité donc peuvent-ils se prévaloir pour justifier leur séparation d'une Église qui avait, quand ils l'cnt quittée, le privilège de la perpétuité dans le ministère et dans la croyance ? Ils se vantent de l'avoir réformée, ils n'ont fait que fonder une église nouvelle, qui n'a point d'autre autorité que celle qu'elle tient d'eux, c'est-à-dire une autorité purement humaine et contestable.
Les protestants alléguaient pour se justifier, que, quand ils parurent, l'état de l'Église se trouvait interrompu par les fausses doctrines et les mauvaises mœurs qui s'y étaient établies, et que c'était comme s'd n'y avait plus d'Église. A (juoi Bossuet répondait que, par les promesses de Jésus-Christ, l'Église ne devait jamais Unir, et (}uc de l'aveu même des ministres, on pouvait encore s'y sauver jusqu'en l'an 1543, date précise. Or il n'était rien survenu depuis qui l'eût changée. Donc, s l'on pouvait y trouver, jusqu'en l'an l.ViS, tout ce qui était nécessaire pour constituer une Eglise, cela s'y trouvait encore depuis cette date. Selon les ministres.
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ces conditions étaient la prédication de la vraie foi et Tadmini-stration droite et entière des sacrements. Pour ce (lui regardait la pureté de la foi, les ministres étaient obliî^és d'accorder (juc les articles fondamentaux se trouvaient dans la prédication de rK^^lise romiine. l'uur l'administration des sacrements, les ministres avaient beau contester, Bossuet leur prouvait qu'ils n'élevaient (lue des chicanes, i.a plus {grosse (luestion était celle de la communion sous une seule espèce. n<>--uet démontrait que les exemples mêmes des prole>iants donnaient lieu de croire (lue le sacrement tout entier se trouvait sous la seule espèce du pain ou du vin. Des disputes interminables eurent lieu sur ce sujet; mais Uossuet savait tirer parti des inconséquences de ses adversaires: et ils ne purent jamais prouver que la praticjue de rK*;lise romaine ant^antissait le sacrement, pui.Niju'une pialicpje aiialoj^ue était admise par eux dans certains cas.
Knfin quelle était donc lu nature de l'autorité de ri''j;lise? Tondéesur la propre parole de Jésus-Christ, avec la promesse d'une assistance perpétuelle et d'une durée sans bornes, l'Kglise avait toujours conservé sans interruption et sans chani;cn»ent la doctrine des ApiMres, et maintenu l'uinté de la fui dans tout le monde chrétien, f^rAce à lasuprématie du siop» de Pierre, qui était d'institution divine. Toujours assistée du Saint-I*^prit, (lie n'avait jamais pu errer ; sa foi avait toujours été pure, en dépit de (juehiues troubles momentanés, mais annoncés d'avance, et toujours réprimés et terminés par des décisions infaillibles. Il n'y avait ilonc pas d'autre vraie foi (|ue la sienne, et nul ne jKJUvait être admis à la contester, h plus forte raison à la renverser. Toutes les
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(|iierolles soulevées par les novateurs ne pouvaient donc être (jue des révoltes, et tous les schismes des crimes.
Cette doctrine, admirablement déduite et développée, fermait la porte à toute innovation, et il n'était possible d*y o{)poser qu'un prétendu droit laissé à chacun de constituer sa foi à sa convenance, c'est-à-dire l'anarchie absolue des croyances. C'était là qu'il fallait nécessairement aboutir ; mais les réformateurs s'en défendirent longtemps. Leur prétention n'était pas de proclamer la liberté absolue des consciences, mais de restaurer rKiJilise, (lu'ils déclaraient corrompue. Us auraient bien voulu maintenir Tunité parfaite de la foi, mais sous l'autorité de leur propre Eglise, qu'ils prétendaient éire la seule vraie Église.
A cette prétention s'opposnient beaucoup de difficultés, premièrement la diversité de la croyance dans leurs diverses Églises, qui étaient nombreuses, et ne parvenaient jamais à s'accoi'der parfaitement, en dépit de tous leurs efforts et de toutes leurs confessions ; secondement et surtout le fait que leur religion était réellement nouvelle, et née d'un schisme, de sorte qu'ils ne pouvaient sérieusement prétendre (]u'elle fût la continuation de l'Kglise unique subsistant depuis les Apôtres.
Mais là-dessus ils avaient aussi leur théorie. Il n'était pas trop malaisé de prononcer (lue lËglise romaine n'était pas une vraie Eglise, puisqu'elle était, à leur dire, infidèle: mais c'est ce qu'il auraitfallu prouver ; il était facile de se donner pour les seuls vrais successeurs des Apôtres ; mais que faire de tous les siècles où les églises protestantes] n'avaient pas existé, puisqu'on somme ils ne pouvaient nier (ju'on connût la date de leur cum-