‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 23 sur 96 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

menccment, et qu'avant cette date, ils ne pouvaient UKjntrer (ju'ils eussent été compris dans rÉglise, loin d en être le cœur et la lumière souveraine?

C'est ici qu'ils s'ingénièrent. Ils iraai^'inèrent une Eglise des vrais fidèles (la leura|)par('mment!, qui n'avait jamais été connue dans le inonde ; une Église invisible, qui avait entretenu, san< qu'il y parût, la vraie religion, et l'avait fait parvenir jusqu'à eux. Celait délie qu'ils se réclamaient: voilà la vraie Hglise indéfectible, qu'ils étaient venus continuer en la manifestant sur la terre; et par là ils étaient les unicjues héritiers des Apôtres, les seuls conservateurs de la foi chrétienne.

A cette brillante théorie il manquait encore (jueNiue chose. Qui don(; était obligé de croire à l'existence de Cf'tte Eglise invisible ? On ne pouvait pas leur demander de la montrer, pui.'^qu'elle était invisible; mais on avait droit de leur demander ce que c'était qu'une Eglise invisible.

C'est ce que lit tout d'abord liossuet dans sa Conférence avec le ministre Claude, et c'est sur ce point que roula d'abord la controverse il).

Ea rencontre eut lieu le l"" mars 1G78, chez la comtesse de Royo, sœur do Mlle de Duras (2). Bossuet avait eu soin d'instruire dès la veille cette seconde dame,et le juur même, Il rappela à M. Claude ce «lu'il avait écrit dans son Exposition, et (jue celui-ci reconnut tout d'abord avoir lu. .\insi l'on était assuré « (ju'il n'y aurait pas de surprise. >

La conférence se .soutint pendant plusieurs heures, en présence de plusieurs témoins, tous huguenoU», avec

(1) Voir la Vrtparatwn à /« CoHf<rmcr, l. XIII. p. 'jM ri tui«. .') T. XIII. p. .v.>i-:.^.

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36 nossuET i:t le protestantisme

une courtoisie parlaiLe, quoique la discussion lut serrée et pressante. Bossuet et le ministre, qui l'ont rapportée chacun de leur côté, ne tombent pas parfaitement dac'.'ord sur certains points; mais le premier y insista au moyen deXlIl Ré flexions, qui lui servirent à corroborer son argumentation contre le ministre Claude. Il s'était présenté, dans le cours de l'entretien, quelcjucs moments critiques, où Bossuet avoue qu'il éprouva une très forte émotion, dans la crainte que la vérité, qu'il voyait très bien, ne lût mise en péril, et la foi de ses auditeurs exposée, par l'insuffisance de l'avocat de la cause. Eq efifet, son adversair(^ lui opposa quelquefois des objections qui, à limproviste, pouvaient l'embarrasser. Mais ce ne fut jamais qu'une hésitation d'un moment; et en somme le résultat final fut tel (lu'il l'avait espéré.

Bossuet eut encore à surmonter chez Mlle de Duras un scrupule purement d'honneur.

{( Je vis qu'elle étoit peinée des reproches «luoii lui faisnit, d'avoir des desseins humains, et surtout d'avoir attendu à douter de la religion après une donation (jue madame sa mère lui avoit faite. Vous savez bien, lui dis-je. en votre conscience en quel état vous étiez quand cette donation vous a été faite; si vous aviez quelque doute, et si vous l'avez supprimé dans la vue de vous procurer cet avantage. — Je n'y sougeois pas seulement, répondit-elle. — Vous savez donc bien, lui dis-je, que ce motif n'a aucune part à ce que vous faites. Ainsi demeurez en paix; pourvoyez à voire salut, et laissez dire les hommes : car cette appréhension qu'on ne vous impute des vues humaines, est une sorte de vue humaine des plus délicates et des plus à craindre. » (t. XIII, p. 5U2).

Mlle de Duras fit soh abjuration. L'évêque de Condom retourna à Paris ijour la recevoir [c'12 mars.

CHAFITUE II 37

Klle la lit (I) dans l'église des KR. Fl\ de la Ooctnne chrétienne.

« L'exhortation que je lui fis, dit-il, ne tcndoit qu'à lui représontor qu'elle rcntroil dans l'ICglise que sei pères avaicnl (fuittée, (ju'elle nr se croiroil pas dor.'-navant |)lus «apable que riCjîlise, plus •'•claiffo (|ue ri'^glise, plus pleine du Sainl-Kspril que l'Église ; <|u'elle recevroil de riigliso, sans examiner, le vrai ^' us (le l'Écriture, comme elle en recovoit l'Écritiir'- m»^me... \-]lUi sentit la consolation du Saint Ksprit, et l'assistance fut édifiée de son bon exemple. •

Le nœud de la (|uestion était en elTet dans la faculté {ju'ont ou peuvent avoir les particuliers de former leur foi eux-incmes. M. Claude, pressé par son adversaire, s'était vu obligé de reconnaître (ju'un particulier, une femme, un ignorant, (jucl ({u'il soit, peut t croire et doit « croire qu'il lui peut arriver d'entendre mieux la parole « de Dieu (|ue tout un concile, (jue tout le reste de l'Kglise « ensemble et que toutes ses assemblées, fussent-elles < composées de ce ({u'il y a de plus saint et de plus « éclairé dans l'univers. » (2). Cette déclaration absolue coiHait bien uti peu au ministre; car le moyen après cela de condamner la secte des indépendants, qui chagrinait fort rÉglise de Charenton en particulier ; d'empocher enlin a (ju'il n'y ait autant de religions, je ne dis pus - (piil y a do paroisses, mais qu'il y a de tôles ? • l^e ministre ne put nier cette conséquence du droit de tout examiner, «juil attribuait à tout chrétien, et (lui était un des fondements des églises protestantes, en dépit des elToris (ju'elles faisaient pour constituer une croyance lixe au moyen des décisions de leurs synode;}.

(1) Bo^iucl. Œuvrt». l. Xlll. |.. 5«3.

38 BOSSUET ET LK l'ROTtSTANTISME

A la vcrité, Bossuet ne pouvait nier qu'en fait il y a des cas où une seule personne peut être mieux inspirée qu'une assemblée tout entière, et on oirrait de lui en donner des exemples : « le premier dans le concile de llimini. où le mot de consubstantiel fut rejeté, et l'ariauisme établi. » (p. 535). Mais on compta l'embarrasser encore davantage en lui alléguant les exemples des premiers chrétiens, ((ui suivirent la discipline de'Jôsus- Christ, quoiqu'il eût été condamné par toute la Synagogue (P. 537).

On sent bien qu'il serait aisé d'étendre cet argument contre toute personne qui ne raisonnerait pas, comme Bossuet, sur la croyance en une autorité surnaturelle et infaillible. Car, au point de vue purement humain, n'estil pas évident que, lorsqu'une erreur se trouve enracinée dans l'esprit de la plupart des hommes, le redressement ne peut venir que des lumières supérieures d'un seul ; et, au point de vue chrétien, que la mission de Jésus-Christ ne pouvait s'accomplir sans faire violence à une sentence autorisée par la conviction d'une Église entière, qui était la Synagogue?

A cette objection, Bossuet est loin de demeurer sans réponse. Car ici, c'est le Verbe lui-même fait homme qui résout toute la difficulté : que peut-il y avoir à préférer à la révélation directe du Fils de Dieu? Le même cas peut-il se représenter ailleurs? Y a-t-il lieu d'examiner là où Dieu a parlé en personne ? Ajoutons, ce que Bossuet n'a pas négligé de faire, que la mission de Jésus- Christ se trouvait prédite, dans l'Eglise juive, par les pioj)hètes, et annoncée par des paroles qu'on peut lire dans les Jwangiles. (P. 536-538).

Ce que Bossuet n'a pas jugé nécessaire de dire expli-

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