‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 27 sur 96 · CHAPITRE IV D · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV D

qu'après la révocation de l'édit de Nantes ; mais elle avait été commencée plusieurs années auparavant, et elle faisait partie du plan de conversion de Bossuet, qui se soumettait aux volontés de la cour, mais ne les inspirait pas, lorsqu'il s'af^issait de contrainte.

Il crut toujours à l'efficacité des moyens de persuasion ; et il avait des raisons personnelles d*y croire. La méthode qu'il entreprenait d'appliquer pour tout le peuple des protestants n'était autre que celle qui lui avait si bien réussi avec des particuliers tels que Turenne et les personnes de sa famille, avec Danj^eau, et nombre d'autres religionnaires, dont on peut voir IVnuméralion dans les histoires détaillées de sa vie, et par exemple dans le Journal de l'abbé Le Dieu.

Il s'étendit d'abord sur les principaux points de doctrine où les Réformateurs accusaient IK^^lise catholique d'avoir altérr la vérité du chri-iianisme.

Le premier était la Justi/iraiion. Selon ces ri^^ides docteurs, les catholiques, ne se rendant pas compte des mérites de Jésus-Christ, faisaient intervenir, pour la rémission du péché originel et des autres péchés, soit les mérites des saints, soit des mérites ac(juis par les bonnes œuvres des pécheurs eux-mêmes, comme si le salut n'était pas dû uniiiuement à la miséricorde de Dieu et au sacriticc de son Fils pour le rachat du genre humain ; ou que ce sacrifice ne fût pas réputé suffisant; ou (|ue les mérites des pécheurs eussent un prix considr-rable do vaut Dieu ; ou (jifenlln h»s .saints joui>senl dans l'Kglise cathuluiuc de (jueliiuo prérogative (|ui les égalât au Fils de Dieu lui-même.

Bossurt démontrait aisément linanitèdes accusations dirigées contre son Kgli.sc; et les protestantes ne pou-

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vaient proii\cr <jiu' Icui-s églises eussent une doclrini' bien mûrie, bien lixée, ni (lu'elles s'accordassent entre elles. Ij'histoirc de leurs confessions de foi était un lémoif^nage contre lequel rien ne pouvait prévaloir.

On voit des églises didérentcs, puis opposées, mais toutes unies seulement par la haine du siège de Rome, se déclarer, se former en Saxe, en Suisse, à Strasbourg, dans diverses villes d'Allemagne, sous I.uther, sous Zwingle, Bucer, OEcolampade, et professer des dogmes (jui paraissent d'abord purement arbitraires, jusqu'à ce (jue des classements se fassent entre ces unités divergentes et amènent le désir d'une entente plus vaste pour ime action commune. Mais quelles difficultés!

Les uns nient le libre arbitre de l'homme, et croient que Dieu seul fait tout en nous, le bien et même le mal; ils nient l'utilité des bonnes œuvres, et ne comptent d'autre mérite que celui de la foi. Ils laissent donc Ihomme abandonné à lui-même, sous couleur d'abandon entier à Dieu et aux effets de la Rédemption. Ceuxlà proclament que leur fidèle sera toujours sauvé, quoi (lu'il fasse, pourvu qu'il le croie.

D'autres disputent le terrain pied à pied, et s'eiTorcent de conserver quelque chose des croyances antérieures, admises avant eux par l'Eglise universelle. On conteste, on s'injurie de part et d'autre; enfin on essaie de s'entendre, tandis qu'on damne ceux qui ne sont pas de l'avis qu'on professe.

La querelle est encore plus grave et plus embrouillée sur le sacrement de la Cène. Tous reconnaissent qu'à la sainte Table on reçoit le corps et le sang du Fils de Dieu fait homme et immolé sur la croix : car c'est par là t|u'on est chrétien. Mais comment le reçoit-on Y

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