‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 32 sur 96 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Louis XIV a beaucoup a^^gravé les lois de persécution contre les protestants. Si les protestants se louent d'avoir eu ce ministre pour défenseur, ils sont faciles à contenter.

Donc le pape était incontestablement rAnte<"hrist, c'était un article de foi. Mais quel pape? Car l'Antéchrist, dans l'Apocalypse, parait bien une personne déterminée. Les ministres protestants ont changé tout cela. L'Antéchrist, c'est le pape en général, tout pape, quel qu'il soit, en un mot, la papauté. Quoi ? un personnage abstrait, un être de raison? Mais alors l'antichristianisme est à peu près aussi ancien que le christiarisme. Non pas tout à fait, répondent les ministres, dont Jurieu est !«• plus j\[)re : c'est depuis « que l'évéque de Home prétend domination sur toutes les églises et pasteur.s, et se nomme Dieu (l). » — Mais depuis (juand en est-il ainsi ? C'est depuis les papes que les catholiciues romains appellent saint Innocent, saint I^'on, saint Grégoire c'est à dire depuis ceux qu'ils vénèrent entre tous ; et ainsi la venue de l'Antéchrist date des plus beau.v temps du christianisine; tandis (|ue, d'après l Apocalypse, il ne doit venir qu'après une muUilude de prodiges épouvantables (2), châtiments d'une corruption sans bornes, et qui bouleverseront l'univers.

iiossuet n'a que trop beau jeu pour se railler de fan laisit's si extravagantes; mais, hormis quelques courtes reman|ues, il se borne à les exposer : le bon sens du lecteur en fera justice.

Comme c'est aussi de VApocalypse que Jurieu a tire les éléments de son calcul en faveur du prochain atTran-

(I) H. 4c Var.. l \ I V . p . «iOO.f«J S) Voir Apocatypte, rb. un.

chissement (h's pi-oUstants, on no (loil pas rire siu'|)ris de ses mécomj)tcs. 11 a certainement beaucoup lu ce livre; mais il ne paraît pas qu'il en ait parfaitement possédé le secret, non plus d'ailleurs que tous ceux qui se sont mêlés de résoudre ces problèmes ardus, les(iuels demeurent toujours très tentants pour certains genres d'esprits. Que si l'on en veut voir une explication digne du texte par sa sublimité, et sans doute aussi vraie au moins que toute autre, nous renvoyons à celle de Bossuet (1), sans nous permettre d'exprimer autre chose qu'un témoignage d'admiration pour la manière dont il se conduit dans ces difficultés (jui nous semblent insurmontables. Ce commentaire était assurément de saison pour répondre à l'étrange abus que les protestants de son temps faisaient de VApocalijpse. Quant à juger du fond des choses, ce serait une hardiesse ou plutôt une témérité dont nous sommes incapables. 11 nous est du moins permis de remarcjuer que l'exaspération habituelle et très explicable du ministre Jurieu ne nous semble pas être une garantie de l'assistance d'une lumière surnaturelle dans l'interprétation de ces mystères. Ses coreligionnaires eux-mêmes ne lui ont pas prêté, paraît-il, sur ce point, un assentiment sans réserve. On est bien porté à croire que quelques-uns d'entre eux, et non pas des moins sages, ont jugé que leur cause avait trouvé en lui un organe plus compromettant encore que zélé.

Les conséquences à tirer des révélations de VApocalypse n'étaient i)as le seul objet sur leciuel Hossuet crût nécessaire de mettre les peuples protestants en garde

Il Tome II des Œuvres, éd. Vives.

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