‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 37 sur 96 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

appelle des sectes de l'Hglise universelle, raais à les mettre sur un tel pied d'égalité, que l'Église ronoaine n'y ait plus aucune prérogative, ou bien à en faire un mélange si confus et si disparate, que les sociniens mêmes s'y trouvent compris ; aucjuel cas le calvinisme, plus ancien et moins condamnable que le socinianisme d'après les croyances générales des chrétiens, se trouverait à l'abri de tout reproche et donné comme un modèle d'orthodoxie et d'attachement aux plus vénérables traditions du christianisme.

Quant à supposer, ce qui pourrait bien venir à Icsprit de quehju'un, <|u(^ Jurieu ait conru k» dessein scret de conduire à l'indillV'rence des religions, c'est une conjecture qui nous parait inadmissible : il est trop passionnément calviniste. S'il a en elTet conduit quelques t»sprits il cette inditTérence, c'est involontairement et par une consécjuence naturelle de son système, qui, à force de toUrer des sentiments tout à fait <li>parates et de ménager des accords impossibles, finit |)ar faire conclure (ju'il n'y a pas plus de vérité solide et nécessaire dans une communion (|uc dans une autre ; et qu'en somme les artirles fondamentaux sont ce qu'on veut. Ce pourrait être lii un raisoimement de J.-J. Kouss«»au ou de Voltaire ilaprès .hirieu, mais non un raisonnement de .lurieu lui-même.

Il est aisé de deviner quel parti Bossuet tire des étonnantes eonlradietions du ministre Jurieu. Mais la lutte ne fai.sait que commencer entre ces deux infatigables champions, l'un du calvini>me, l'autre de l'orthodoxie romaine. Nous n'avons [ms l)esom de repasser ici ioutt»s les assertions du premier et toutes les réfutations du second : ces ohjets di' dispute reparaîtront plus lard.

90 ROSSUET r.T LE PROTESTANTISME

("îii" .liiricui n'abaiidonnoi'a jamais rien de ses thèses, au iii()iii> ouviMlenuMit, quoiqu'il puisse lui arriver dr céder du terrain sans le vouloir, quand il est fortement pressé par son adversaire. Ces vigoureuses argumentations de Bossuet ne sont, au dire des partisans de Jurieu. que des « sophismes » ; mais le lecteur sans prévention et qui lit de ses propres yeux, serait souvent étonné de l'entêtement du ministre, s'il ne savait c^ue l'évidence change souvent de côté, selon la disj)osition qu'on apporte à la lecture des arguments. C'est donc une illusion de croire que la raison, dans les matières de controverse religieuse, jouit d'une force irrésistible, puis(iu'il peut y avoir une raison protestante, comme une raison catholique; que, de ces deux raisons, l'une est irréductible à l'autre ; qu'on ne se persuade pas mutuellement : de là vient que les caractères impatients s'iri'itent souvent jusqu'à en venir aux injures, comme aux dernières raisons, ce dont on doit soigneusement se garder, si Ton tient à ne pas gâter sa cause. Quant à une décision arbitrale en pareille matière, il est clair qu'elle ne peut api)artcnir qu'à un juge au-dessus de l'homme, à moins qu'elle ne soit le fait d'une certaine philosophie arrogante, qui s'attribue le droit de mépriser également les deux parties et de les renvoyer dos à dos. Mais ce mépris superbe, est-ce de la raison ? est-ce de l'équité ? ou bien n'est-ce que de la paresse ?

Pour conclure cette analyse de VHistoire des Variations, lîossuet tient ferme sur son grand principe, que la vraie Eglise a toujours enseigné la véi'ilé dès son commencement, que la doctrine y a été parfaite dès son (lcl)ut, puisqu'elle était la parole de Dieu même, qu'elle

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