‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 36 sur 96 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cèrent-ils ces qualifications? C'est leur affaire : car ils disposent assez despotiquement de la foi, sans s'aviser que peut-ôtre eux-mêmes, (jui prononcent si résolument sur ce qui est divin ou humain dans les croyances des autres, ne sont aussi (juc des hommes. Quoi qu'il en soit, condescendant à reconnaître une église chrétienne universelle, dont la leur serait le centre et le foyer lumineux, des ministres tels que Claude et Juriou y admettaient toutes les églises séparées (lui faisaient profession (le croire les points fondamentaux, c'est-à-dire, « la Trinité, l'incarnation, la satisfaction de Jésus-Christ, « et les autres articles semblables • (I); ou, plus sommairement, « pour connaître le corps de l'Église chrétienne et universelle en général, il ne faut qu'une marc^ue; c'est la confession du nom de Jésus-Christ le vray messie et le Rédempteur du gei^re humain (2) ».

Jurieu, racontant à sa façon l'histoire de l'Kglise universelle, dit (|u'eile s'est divisée en deux grandes parties l'Kglise grecque et l'Église latine. Chacune de ces deux parties s'est divisée en plusieurs sectes ; et ainsi l'Église latine en papistes, vaudois, hussites, taborites, luthériens, calvinistes et anabaptistes ; » et il décide tiue € c'est une erreur de s'miaginer que toutes ces dilTerentes parties aient absolument rompu avec Jésus- Christ, en rompant les unes avec les autres (3). » Il ajoute donc, en coniprenant dans son énumération, « les Grecs, les Arméniens, les Cophtes, les Abyssins, les Russes, les Papistes et les protestants » que - Dieu y conserve ses vérités fondamentales. -

(I) Juriru.aptjd Ho«suol. //m/. «/«•» Var., I, XV, n* ir, lomf XV, p. 91.

«) M.. i/>»i/., n* «VIII. |i ui.

(8] Ihtd. p. 01.

88 nOSSlFT F-.T I.F, l'KOTFCSTANTISMF.

Il faut sa\()ii' ^rc à .luricu ilc celte inai^nanimité. par la(iuelle il admet les papistes dans lo sein de l'Eglise universelle, en dépit de ranticliristianisme signalé par luimême dans l'Église de Ivome. Il est vrai (ju'il y admet aussi les niahométans (1).

Qui donc l'accuse d'intolérance et d'esprit de secte ? (''est lui au contraire dont les bras s'ouvrent à tout le monde. Il va jusqu'à dire (indirectement il est vrai, et comme malgré lui) (2), qu'on peut encore faire son salut dans l'Eglise de Rome, qu'il appelle Babylone ; mais c'est par exception, et pour l'honneur d'un système imaginé par Jurieu lui même.

Ce n'est pas un traité de paix que Jurieu offre aux catholiques, mais seulement une permission d'entrer dans l'église des calvinistes de pair avec les anabaptistes et une multitude d'autres dissidents. Il finira par accorder cette permission même aux sociniens (3), iusque-là regardés avec horreur par toutes les églises chrétiennes (4). Après cela, il n'y a plus d'exclusion possible, puisqu'on peut être chrétien en niant Jésus-Christ. A merveille : c'est la tolérance parfaite. Il ne reste plus (}u'à donner une nouvelle définition du titre de chrétien, si l'on peut l'être en même temps que sectateur de l'Antéchrist, ou en niant la divinité de Jésus-Christ.

Mais il est aisé de comprendre, en méditant les dé tours et les artifices de Jurieu, qu'il n'a pas cherché, comme on pourrait le supposer d'abord, à réconciliei* entre elles toutes les diverses églises chrétiennes, qu'il

(1) Bossuel. Ilist. des Var., ùd. Vivôs, t, XV, p. 2:U. (2)L. XV, n. LV, page 91.

(:J) PaKe 90-Cf. p. 107 (4i Voirpajjc 117. 120.

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