‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 41 sur 96 · CHAPITRE V i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V i

exacte de la vérité depuis lonf^temps reconnue. On dit les choses nouvellement, mais non des choses nouvelles, non nova, sednovè (l).

Telle est la thèse de Bossuct, en réponse à celle de Jurieu.

«« Selon coll«^ méthode si simple et si sûre, conclut le défenseur du catholicisme, toutes les fois qu'il paroit quelqu'un qui lient dans TligUse ce hardi lantçage : « Venez a nous, ô vous tous ijçnorans et malheureux, (ju'on appelle vulgairoment Catholiiiues : venez apprendre de nous la foi véritahie, que personne n enlcnfl (|Ue nous; qui a «aé cachre pendant plusieurs siècles, mais qui vient de nous ôtrc découverte ; » prêtez l'oreille, mes frères, n'connoissez qui sont ceux qui disoient au sièch» passé (ju'ils ven(jieni de di''Cou\ rir la vérité qui avoit été inconnue durant plusieurs siècles : toutes les fois que vous entendrez de pareils discours, toutes les fois que vous entendrez de ces docleurs qui Si' vantent de réformer la foi qu'ils trouvent reçue, préchée et établie dans 1 iigliso quand ils paroissent; rev»»nez à ce <|épôt de la foi dont l'Kgliso catholique a toujours été une lidélo gardienne ; et dites à ces novateurs, dont le nombre est si petit quand ils commencent qu'on les peut compter par trois ou quatre ; dites-leur, avec tous les Pères, (|ue ce petit nombre est la eunviction manifeste de leur nouveauté, et la preuve aussi sensible (|ue démonstrative, que la doctrine qu'ils viennent combattre éioit l'ancienne doctrine de l'Église (2). ■

Combien de personnes, sur ce discours, concluront aussitiM : Il n'en faut pas plus pour prouver que Bossuet est Tadvcrsaire résolu de tout progrès dans la doctrine ! Nous n'y c()ntnHlis()ns pas, mais nous demandons si une doctrine religieuse est sujette à la loi du perfectionnement comme une science quelconque, et si la rendre théoriquement perfectible comme une doctrine philoso-

(1) P«Rf 9.M.

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phique, ce n'est pas lui ôter toute son autorité, et lui enlever en définitive son caractère de religion. Pour Bossuet, la véritable religion ne peut venir que de Dieu: elle est par conséquent immuable, et voilà pourquoi il est si foncièrement religieux. D'autres esprits peuvent se faire une autre idée de la religion ; mais s'ils tiennent beaucoup à leur foi, tout en la regardant comme une œuvre humaine, ils sont en réalité bien complaisants; et c'est eux qu'on peut justement accuser de superstition. Bossuet a très bien vu que la Réforme, par ses maximes et par sa conduite dans ses Confessions de foi, menait doucement les peuples, sans y prendre garde, à la négation de la religion, à moins de s'immobiliser dans une sorte d'entêtement qui n'est déjà plus de la religion.

Au moins il a bien vu que le protestantisme n'avait aucun moyen logique d'entraver le progrès du socinianisme, qui est bien près de l'abandon de tout dogme religieux ; et il a très bien prouvé à Jurieu qu'il ne pouvait empêcher l'extension de cette secte, et qu'en fait, il la recevait, tout en s'en indignant, dans le corps de l'Église chrétienne, au moins au même titre que le papisme et le mahométisme (1), qu'il ne trouve pas non plus moj'cn d'en exclure, quoique christianisme et mahométisme soient deux choses si différentes. Voilà où aboutit la tolérance telle que l'entend le pasteur Jurieu, quoiqu'il soit, dans son cœur, le moins tolérant des hommes et le plus ardent des calvinistes.

(1) Pages 230-234.

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