‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 49 sur 96 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Hollande, où il devint pasteur de l'église wallonne de Rotterdam. Son grand savoir et les mérites de son caractère le firent apprécier du grand pensionnaire lleinsius, qui lui confia des négociations difficiles. En somme c'était un homme avec (jui l'on pouvait discuter, soit de vive voix, soit par écrit. Quoique son zèle et son érudition l'égalassent à .lurieu, sa controverse était d'un autre genre et d'un autre ton; il était plus digne que lui de se mesurer avec un adversaire tel que liossuet, et il a laissé une mémoire moins fâcheuse que celle de Jurieu, sans être moins recommandable par l'importance de ses travaux, dont plusieurs sont toujours en honneur, comme son Histoire rf^x Juifs. Mais n'est-ce pas dans ce livre que Voltaire a puisé une partie de son érudition contre les Juifs; érudition si fortement réfutée par l abbé Guénée dans ses Lettres de quelques Juifs ?

I/ardcur de son protestantisme l'entraîna à réfuter avec violence VHistoire des Variatioiuf ; et c'est ainsi (|u'il s'attira une réponse qui ne peut pas compter parmi ses titres de gloire. D'abord c'était une malheureuse cause à plaider t|ue celle de l'innocence (\er^ protestants dans les guerres de religion. La sagesse aurait conseillé à leurs défenseurs de garder le silence, apré^i le formidable acte d'accusation (jue l'auteur de VHistoire des IViriVi/jo/iA- avait développé contre les chefs de lu Réforme, les ministres et tout le parti. Plus cet écrit était accablant pour eux, plus ils s'obslinait^nt à en vouloir détruire l'ciVct. .Ma. s il aurait falln i -"soir rtTacer les preuves, que Hossuet avait am di' manicrc «

rendre leur thèse insoutenable. Leur persévérance au moins a fait des prodiges : on entend encore dos hommes

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dv poids maintenir cette assertion plus (jne paradoxale, que Bossiiet a calomnié en ce point les chefs et les ministres de la Réforme. Mais autant ils ont fait d'etVorts pour ébranler son autorité, autant de fois il a confirmé ses accusations par une argumentation à laquelle il semble qu'on ne peut rien répondre, à moins de prouver que toutes les pièces qu'il cite sont fausses, tous les témoins et tous les historiens menteurs. 11 alini, dans la controverse, par réduire les Jurieu et les Basnage, non pas à nier l'intervention de la religion comme cause principale dans les actes sanglants du xvie siècle, guerres civiles et assassinats ; mais à justifier ces actes par des maximes qui n'ont rien de commun avec l'Évangile, et à en prendre la responsabilité pour leur parti. Qu'ils répliquent tant qu'ils voudront par des accusations de même nature contre le parti catholique (et les exemples ne manqueront pas dans ce siècle tragique), il restera toujours cette différence entre les deux partis, que l'Eglise catholique, dans son ensemble, n'a jamais approuvé par des principes de religion ce que les ministres et des synodes entiers ont loué comme des œuvres saintes, la guerre civile et les meurtres particuliers. S'il s'est trouvé, parmi les catholiques, des esprits pervers, qui ont glorifié des actes abominables, ce n'est point en vertu de délibérations officielles revêtues de l'autorité de l'Église ; et Bossuet avait le droit de montrer l'esprit de révolte et de violence comme hautement consacré par des assemblées ecclésiastiques dans le sein de la Réforme. Ce n'est pas à dire qu'en d'autres temps les protestants aient manifesté le même esprit là où ils ont été les maîtres ; et l'on ne prétend pas que, dans le? Etats où ils ont tenu le pouvoir politi-

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