CHAPITRE V l.tl
fère des paroles Icrrilianies, piir imitation des écrivains hébraïques; mais on y raisonne habituellement sur des théories et axiomes d'école ; et tout le droit est simplement profane : souveraineté du peuple, pacte social, droit à l'insurrection, magistrats subordonnés à la volonté populaire, etc. I/aihéisme parfait s'accommoderait sans peine avec toutes ces doctrines et ces pratiques ; elles ont été professées et le sont encore par des esprits pour qui la relif^ion n'est qu'un mot, et un mot malsonnant.
Bossuei no pouvait s'y méprendre : le triomphe des doctrines politiques de Jurieu devait être la ruine de tout ce qu'il vénérait, croyait, aimait ; c'était l'avènement d'un ordre de choses nouveau, où il ne voyait plus rien qui put satisfaire sa conscience : c'était l'abolition de l'autorité de l'Eglise, delà royauté, de l'ordre public, de la morale même : c'était l'homme avec ses passions substitué à Dieu partout, et un retour de la société au paganisme antique, ijuil ne concevait qu'avec horreur.
Ce ne fut donc pas sans une profonde émotioti (ju'il dut écrire ce Cinquième Avertissement, où. il sonda jusqu'au fond l'abîme où les théories de Jurieu entraînaient la société chrétienne, et cette exposition sans déguisement des doctrines les plus opposées aux siennes : car le tninistre emportait, dans les plis de son élo(|uence révoltée, l'obéissance des sujets, la constitution de l'Etat, certains devoirs de la vie privée, et jusqu'à la loi fondamentale tlu mariage. Si les consé(|uences légitimes, nécessaires du protestantisme étaient telles que li* ministre les montrait, de iiuelles forces fallait-il >'arnier pour combattre sans retard les progrès d'un si redoutable Iléau ? Hossuet avait entrevu depuis long-
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tftnps le daiiiiCi' : maintenant ce tlan*;er éhlouis.sait. il crevait les yeux. Et .lurieu demeurait i^iorieux et menaçant du fond de sa retraite en Hollande.
Défense de l'Histoire des Variations contre Basnage.
« Un nouveau ])ersonnage va paroitre, T'crit Bossuet, s'adressant toujours aux « prétendus réformés » ; on est las de M. Jurieu cl de ses discours emportés; la réponse que M. Burnet avoit annoncée en ces termes : Dure réponse quon prépave à M. de Meaux, est venue avec toutes les duretés qu'il nous a promises; et s'il ne faut que des malhonnêtoiés pour le satisfaire, il a sujet d'être content: M. Basnage a bien répondu à son attente. Mais savoir si sa réponse est solide et ses raisons soutenables, cet essai le fera connoître. Nous reviendrons, s'il le faut, à M. Jurieu : les écrits où l'on m'avertit qu'il répand sur moi tout co qu'il a de venin, ne sont pas encore venus à ma oonuoissance : je les attends avecjoie, non seulement parce que les injures et les calomnies sont des couronnes à un chrétien et à un évoque, mais encore comme un témoignage de la faiblesse de sa cause (1). »
Le nouvel athlète qui entrait en scène, Basnage, était aussi un Français réfugié en Hollande. Né à Rouen, où il exerça les fonctions de ministre, il avait fait ses études à Saumur, sous le savant Tanneguy du Châtcl; il avait vécu à Sedan en familiai'ité avec Jurieu, à (lui l'unissaient des rapports de famille : car celui-ci était petit-fils du fameux Pierre Dumoulin, dont Basnage épousa la petite-fille. Ce fut à partir des persécutions de 1685, que Basnage quitta sa patrie et se retira en
(l; Tome XV, |). 1«'K