CHAPITRE V
Pour la mort de Julien, il n'existe aucun lémoignaj^e dij^nc (le foi (ini autorise l'imputation du meurtre do ce prince à un soldat chrétien (1;. La tradition (jui a répandu cette ailé^^cation n'est qu'une fable, ce que Bossuet prouve par une discussion très savante des ori- «îines de ce bruit calomnieux.
Pour la révolte contre Anastase, il explique paifaitcment que, si elle a été attribuée au patriarche Macédonius et au clergé de Constantinople, c'est pai* un ennemi déclaré du patriarche, qui voulait le faire chasser de son siège, àciuoi il a réussi (2).
Kntin en ce qui regarde les Arméniens i3), il expose les raisons politiques en vertu desquelles les Pei's- Arméniens, sujets du r(»yaume de Perse, avaient pleinement le droit de se donner à Tempereur Justin, si la domination romaine leur convenait mieux que celle du roi de Perse.
Il n'y a donc rien de commun entre ces faits et ceux i|ue \ Histoire des Variations a mis justement à la charge, non seulement de l'esprit de la Réforme, mais des ministres délibérant en .synode et prescrivant la prise des armes comme légitime et sainte contre le roi de France et les représentants de son autorité ; doctrine qui se trouvait encore, au moment où Hossuet écrivait, conlirmée par les meilleures plumes du parti ; et il nomme Hayle, Burnet, Jurieu et hasnage(4).
Il profite de cette controverse pour rappeler, sur la matièi'e de l'obéissance et de la fidélité due par les
(l) Toiiir XN . |.497-.'»<)1.
(8) T. XV. |.. iwi.
(3i Pa|e&tr;-:,(»8.
(4) PafeSlUcl suiv.
sujets, on dépit de leui's mécontentements relipjieiix, la doctrine constante de l'Kglise, expi'imée dans les termes les plus formels par saint Augustin, qui invoque l'exemple même de Jésus-Christ (1) : « >«e voulez-vous pas, dit le Sauveur à ceux qui rengau;ent à résister aux ordres des magistrats, que je boive le calice que mon Père ma préparé ? »
« Il leur présente, dit saint Auynstin, le calice qu'il a pris; et sans leur permettre autre chose, il les oblige à la patience par ses préceptes et par ses exemples.
« C'est pourquoi « dit le même père », quoique le nombre de ses martyrs fût si grand, que s'il avait voulu en l'aire des armées, et les protéger dans les combats, nulle nation et nul rovaume n'eût été capable de leur résister », il a voulu ipi'ils souirrissent, parce qu'W ne convenoit pas à ses enfants humbles et pacifiques de troubler l'ordre naturel des choses humaines, ni de renverser, avec l'autorité des princes, le fondement des empires et de la tranquillité publique ».
Basnage n'était pas, avec Jurieu, le seul ministre protestant qui se fût promis de faire expier à l'auteur de VHistoire des Variations ses attacjues contre l'esprit de mutinerie des réformés. Le ministre anglican Burnet, à qui Bossuet avait emprunté le fond de l'histoire de la Réforme en Angleterre, ajouta ses invectives à celles de ses confrères, et s'attira également une réplique qui dut lui faire regretter d'avoir pris la plume (2). Il eut l'imprudence surprenante de vouloir donner à l'évéque de Meaux une leçon sur les institutions monarchiques de la France, et se fit redresser avec une sévérité bien méritée.
li; V. r.(M;.
ri) T. \V, p. :)43-suiv.
( IIAI'ITRK V 143
Mais ce ne fut pus t(jni. I.» .- \ iolonces commises par les puritains en Kcosse, et que Hurnet essaya de pallier ou do justifier, donnèrent lieu à une sorte d'appendice ou de complément, (jui ne mit que trop en lumière la fureur des passions anarchiques, décorées de prétextes reliî^ieux, dans le royaume de l'infortunée Marie Stuart ; et d'ex«'mplt' en exemple, on \ it encore la conduite à la fois barbare et hypocrite des chefs de la Réforme en Allemagne (II.
Ainsi les apologistes des guerres de religion ne gagnèrent rien à la controverse qu'ils avaient soulevée ; et tout ce que Bossuet n'avait pas dit dans son flistoire (tes Variations, fut mis sous les yeux du public dans la Drfcnsr, de ce livre. Si tout ce qui porte le nom de prolestant a conservé, de siècle en sircle, un ressentiment inelïa(;al)le contre Tévêque de Meaux, il faut avouer (jue l'oubli de leur part dépasserait de beaucoup ce (ju'on peut attendre de vertus chez les partis religieux, et que leur haine, si elle n'est pas absolument fondée en équité, n'est du moins j)as sans sujet. Ils pourraient cependant s'apaiser, en songeant (|u'ils ont largement pris leur revanche sur la renomm^'cde leur grand accusateur, et (ju'aujourd'hui la plupart des esprits qui se piquent de libéralisme, sont devenus autant (ju'euxmémes les ennemis de Hossuet, (ju'ils se gardent bien dt; lire, comme si ce grand homme n'avait été <|u'un calomniateur acharné, lorscju'il a mis en lumière tles vérités aux(iuelles ne peuvent résister les juges de bonne foi. I.a cause qu'il défendait, et qui était celle de son Kglise, n'était pas moins sacrée jwur lui que pour eux
(1; T. XV. I». wx\t\ sm*.
r»'l HOSSUKT iri' 1,H rnOTESTANTISMH
celle (le leur parti. (M, valait hicn (ju il s*expo>iU pour elle a des haines (jue sa conscience l'obligeait de braver. Les outraj^es dont ils l'ont chargé, de son vivant, dans leurs écrits, devaient lui faire i)révoir ce que sa mémoire pouvait attendre d'eux, (|uand il ne serait plus |)réeent pour leur répondre.
Sixième Avertissement aux Protestants.
La controverse sur les faits historiques avait un moment interrompu le combat singulier entre Bossuet et Jurieu. Celui-ci n'avait cependant pas perdu son temps. L'évêque de Meaux, comme il l'avait promis, répondit par un sixième et dernier Avertissement aux sixième, septième et huitième lettres du ministre, dès qu'elles furent parvenues à sa connaissance (1690) (1).
« J'ai vu, écrit-il, le Tableau du Socinianisme de M. Jurieu; et la sixième lettre, où ce ministre attaque ma personne, est tombée depuis peu de jours entre mes mains. Par la divine mist'ricorde, je ne me sens aucun besoin de répondre à des calomnies qu'il m; jjcut croire lui-même....»
Recueillons au moins un échantillon de ces injures.
(( Déjà ou ue trouve, dans sa sixième lettre, que les « h^uorances de ce prélat, ses vaines déclamations avec les comédies «|u'il donne au public-, et (juand le style s'élève, ses fourberies, SCS friponneries, son mauvais cœur, son esprit mal fait, l)aissé et affaibli par son grand âge qui passe soixante-dix ans, ses violences qui lui font mener les gens à la messe à coups de barre, sa vie qu'il passe à la cour dans la mollesse et dans le crime ;
(1) Œuvres, t, XVI. |). 1.
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(car on pousse la calomuiu à tous ces excès) : et tout cola «'st couronrit" par son hypocrisie, c'esl-à-dirc, comme on rexpli«|ue, par un faux semblant de révérer des mystères qu'il ne croit pas dans son cœur (l). »
Quel dut être le sentiment de Bossuet en transcrivant ces prodigieux outrages? Mais on sent bien qu'il n'en fut guère ému. Son cœur était au-dessus de ces choses-là, ce qui n'empêche pas que ceux qui connaissent Bossuet en sont stupéfaits. Mais laissons à Jurieu la honte d'avoir publié de pareilles énormités : c'est une lourde charge pour son caractère et pour sa mémoire. Bossuet n'a certainement pas .songé à se venger d'insultes si indignes; mais Jurieu les a payées par la lumière que la controverse a répandue sur les vices de ses raisonnements, sur la frivolité de ses théories théologiques, sur limpertinence de ses attaques, entin sur le mauvais sens dont il a fait preuve dans toute cette guerre de plume, qu'il a entreprise avec plus de présomption que de capacité, quoiqu'il eût toutes les apparences de la science et de la pénétration. C'est en etîet un homme qui a remué beaucoup de grandes questions, mais avec plus d'audace que de maturité.
11 se vantait d'avoir porté un coup foudroyant à la doctrine de Bossuet, en révélant les variations de l'Kglise catholi(|ue, plus étonnantes que celles des églises protestantes. Selon lui. dans les trois premiers siècles du christianisme, personne n'avait su ce (|u'it fallait croire, par exemple, do la Trinili» et de la grAce;
(Il PiBo 9. — Cf. p. M, où il s'mil «l'an rbapitrf df J«rira iatiliM :
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