‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 58 sur 96 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cependant il n'est pas impossible (quoique ce machiavélisme soit un peu invraisemblable), que quelque profond politique ait compté (pie les consécjuences extrêmes d(î la liberté d'examen provoc|ueraient un retour vers la communion la plus propre à les prévenir. Quoi quii en soit, rinditlerence des religions, ditBossuet, « avoitdéjà la vogue en Angleterre (|uaQd les dispersés y sont arrivés», et cela « dès la tyrannie de Crorawell, lor<(|ue le puritanisme et le calvinisme y ont été le plus dominants. »

Mais (}ue dira Jurieu de la Hollande ï Lui et son <*on- Irere Basnage se félicitent (pie, dans ces heureuses contrées, Vhérétiquc n'a rien à craindre. Ne serait-ce pas l'explication de la dilTusionde l'hérésie dans ces provinces ? Pourtant Jurieu aflirme qu'il ne s'agit là(|ue d'une tolérance politûiue, et non d^unc ioléiance ecclésiastifiue ; mais il ajoute que « par là on ouvi'c la porte au libertinage, et (lu'on veut se frayer le chemin à l'indiilcrence des religions. » Enlin il ne nie pas que la tolérance civile est « le voile sous le(juel se cachent les indillérents, et le masque dont ils se déguisent (1) ». En somme, c'est la tolérance écclésiasti(|ue qui justifie l'autre ; et le magistiatne peut poursuivre (lue ceux que les synodes condainncnl, c'esl-à dire a ceux (jui ont des églises, des chaires ou des pensions ecclésiastiiiues » ; pour les autres, ils jouissent traïKpiillement de la liberté iiu'ils se donnent de penser tout ce ciu'il leur plait.

M Ii'iiitli!r«iron<*t« n'osl doue proscrito «jue chex les ecclésiastiques. (,)uiiut aux autres perbonues, i|ui peut li*8 eni|>éclicr • ra|<|ilii|Uir a ellcs-niôiuo lus maximes de lu Réforme, el d'abou-

\&1 UOSSUKT 1:T Ll: I'KOTESTANTISMK

(ir, (ruxameii en oxaiin'ii, au socinianisnic, (|ui ('sL, dil .liiiirii, nue rclii/iu/i dr plain-picd, ol où l'on jxmiL sd sauver, sans être obligé (le croire lant de i lioses (jui incommodcut l'espril cL le cœur (1) ? »

Kn cllet, les règles qu'invoquent les socinicns sont celles que Jurieu et les siens ne peuvent réprouver :

u 1° Il ne faut counoitre nulle autorité que celle de rÉcrituro ; '2" L'Écriture ])0ur obliger doit être claire ; 3" Où l'Écriture paroit enseigner des choses inintelliij;ibles, et où lu raison ne l)ent atteindre, comme une Trinité, une Incarnation et le reste; il faut la tourner au sens dont la raison i)eut s'accommoder, iiuoifiu'on semble faire violence au texte (2). »

En vertu de ces principes, il est clair qu'il appartient il chacun de se faire à soi-même sa religion: voilà ce (]ue Jurieu ne saurait contester, à moins de renier les maximes fondamentales de la Réforme.

Cependant les inconvénients de ces règles, dans la pratique, sautent aux yeux ; mais Tesprit fertile de Jurieu se flatte de remédier à tout ; et ce sont ses remèdes dont Bossuet démontre l'inanité ou les inconséquences.

Premièremeni^ la maxime fondamentale àQ ne reconnaître aucune autorité que rc'le de l'Écriture, aboiittoutes les confessions de foi delà Réforme, puisqu'enfin, quoi (ju'on en puisse dire, ce sont des œuvres humaines, auxquelles on n'est nullement obligé de donner son assentiment : le principe général de l'examen prévaut à tout, et si quelques ministres protestans, effrayés du désarroi des consciences, demandent que les proposants et les ministres soient astreints à se soumettre au moins

(IjP. 128.

Page 1