CHAPITRE V
aux articles capitaux de tel ou tel synode, comme celui de Dordrecht, dont on veut faire une sorte de concile œcuménique du protestantisme; on leur répond (jue c'est retourner aux voies du {)apisme, et renier les principes de la Réforme.
Jurieu croit sauver la liberté essentielle des protestants, en déclarant que ces confessions de foi n'obli;^'cni pas en conscience, mais à titre de confédération volonluirc et arbitraire, dont on peut se retirer quand on veut et ne prendre que ce qu'on y trouve bon. Voilà donc la liberté d'examen sauvée ; mais aussi, du même coup, toutes les opinions particulières et rindifférence môme autorisées (1).
Quant au second principe, à savoir que l'Écriture pour obliger doit être claire, les protestants ont souvent répété que l'Écriture était claire, et (|u'il n'y avait personne, pour occupé ou pour ignorant qu'il fût, (lui n*\ put trouver les vérités nécessaires. A quoi Bossuei objecte que :
« L'expérience a fait sentir aux simples fldèles, et môme aux plus pn''Somi»tuoux, aux plus enlôtt'S, qu'on «'ffel ils n'enlon- (loicnt pas ce (ju'ils s'imaginoient entendre. Ils se sont trouvés si embarrassés entre les rai.sonnemenls des vieux réformés et ceux des arminiens, dos sociniens, (l«'s pajouistes, pourne point ici parler des calholi<|ues et des lulh«'iiens. «lu'on a et»- oblig.de leur avouer qu'au milieu de tant «l'ignorances, de tant do ilislractions et d'orcu] fs. l'oxamen (!•• ' ou
leur élùit aussi peu ; .1 ailleurs il leur ; eu
nécessaire (2) »>.
Cet aveu est fait en propres termes par le ministre .lurieu, (|ui ajoute (jue :
ail*. 131.
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Ni'l IIOSSUET KT LE IMlOTESTANTISMK
t J.a voie de trouver la vérité n'est pas celle de l'examen ; car je suppose, dit-il, avec M. Nicole, qn'oUe est ahsurdo, irai>ossil)le, ridicule, et qu'elle surpasse entièrement la portée des simples. »
Mais il affirme que : « ce qui fait proprement le grand « elTet pour la production de la foy, c'est la vérité « mesme qui frappe l'entendement comme la lumière n frappe les yeux. » Et selon lui « cet examen » qui [l'est pas de discussion, mais d'application, « n'est rien « (lue le L!;oust de lïime (jui distingue le bon du mauvais, .< le vray du faux, comme le palais distingue l'amer du « doux. » Ainsi, même « indépendamment du livre où f la doctrine de l'Évangile et de la véritable religion « est contenue, » la vérité est claire pour les réformés; •i on la sent comme on sent 1 1 lumière quand on la .< voit, la chaleur quand on est auprès du feu, le doux « et l'amer quand on en mange. »
C'est ce qu'avait dit Claude avant Jurieu, qui l'a répété (1). Voilà donc chez les réformés un sens particulier, aussi infaillible, aussi naturel que la vue et l'ouïe : c'est le goût de la vérité religieuse. Bossuet objecte encore l'expérience.
« Rien, dit-il, ne pourra empêcher ce qu'il y a de gens sensés et de bonne foi dans la Réforme de s'apercevoir de l'illusion qu'on leur fait ; que ce qu'on appelle goût et sentiment n't'st au fond que leur prévention et la soumission qu'on leur inspire par les sentiments qu'ils ont reçus de leur église et de leurs ministres ; qu'on les mène en aveugles..., et qu'on les
(1) Page 134. — On peut remarquer, sur ce point, (pie le systi'inc du sentiment a été très à|)rement réful»' môme par le protesiant Haylc, d'ailleurs fort ennemi de Jurieu, (/>h7. /i/.v/., ml. Nico/lc, Ed. Desoer. 1k2(), t. Il, p. 142. dr.) Toute cette argumentation de Bayle se rapproche bien fort de celle de Bossuet.