CHAPITRE VI
parce (|u'en ellet il contribua plus que personne à faire rentrer dans l"Ei,'li.-e catliolique la plus grande partie des deux cent mille protestants que renfermait la province de Languedoc, professe pourtant dans une lettre écrite à révoque de Meaux il) t «jue les voies douces sont les meilleures: (|ui peut dire le contraire, ajoutet-il, en matière de religion ? > Et son frère, le président de Lamoigiion, écrit de son côté à Bossuet (2) :
(( On me duuae ici (à Paris) et a mou frère le caraclère d'un homme qui viui »^tre le pers»!'Cuteur des huguenots. Il -; répandu des bruits parluut qu'on leur faisoil en Langu. . des violences extrêmes. Cependant je puis vous vous assurer qu'il n'y a point d»- jirovincc dans le royaume, où ils a; r, ' Irailésplus doucemciil. Quand vous aurez examiné le i que je vous euvoie, vous jugerez vous-même si on peut agir avec plus de douceur, puisqu'on ne deinanih; autre chi»se que de pouvoir dire ; Il laul aller à la messe, saus qu'on use d'aucune violence contre ceux qui u'iront pas. Il n'est pa^ (juestion de savoir si on entreprendra d'»Hein«lre i ii
la religion protestante en France : l'«'ntrejtrise esi ; . :; }
est engagé. Mais il s'agit de savoir si ou abandonnera l'ouvrage entièrement. (]ar si on condamne ce qu'un a fait, el si ou n'avance pas l'ouvrage, il est plus court de toui abandouner. Je vas môme plus loin; il faut relever les temples : il ne convient point ({ue dans le royaume, il y ait un peuple entier qui soit répandu dans toutes les provinces sans aucun culte de religion ; el il faudra (|ue le Hoi eutretieune une arm«'e dans le cœur de son royaume pour se pouvoir défendre contre 8e> propres sujets. >»
Nous donnons ces dernières paroles a méditer à ceux ([ui s'indij^nent contre Louis XIV et contre Hossuet - •; vu d'wv autant contre Henri VIII et contre les lui-
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an<^laiscs nMatives à l'observation de la religion anj^licane. Ou bien y a-t-il deux mesures, et ce qui est abominable de la part des puissances catboliques, est-il louable de la part des puissances protestantes? Nous savons déjà que Jurieu dirait oui ; mais ce n'est pas lui (jue nous interrogeons.
Quoi (ju'il en soit sur ce point, l'intendant du Lani;uedoc demandait à l'évèque de Meaux de lui faire i)art de ses lumières sur la conduite à tenir à l'égard des prétendus convertis, en supposant d'abord (lue le roi avait le droit de réduire ses sujets à l'unité de la foi, et d'autre part qu'il fallait prendre des mesures efficaces [)Our achever l'ouvrage commencé.
Il n'est d'ailleurs pas inutile de remarquer que les bonnes ou mauvaises dispositions des réunis dépendaient en partie des chances delà guerre que le roi soutenait contre les puissances protestantes. Ainsi l'évèque de Mirepoix écrivait à son confrère de Meaux : « Depuis que la paix est confirmée, et que les délais dont on lesamusoit ont été passés, plusieurs se sont déterminés à venir à l'Église, et à assister à tous les exercices » (1). Il est donc visible que ces malheureux étaient encouragés du dehors à prolonger leur résistance, dans l'espoir d'une victoire des alliés sur le roi de France; et que l'œuvre de la conversion dépendait beaucoup des etfets de la guerre. Bossuet ne se trompait donc pas (non plus d'ailleurs que Fénelon), cjuand il estimait que la plupart des protestants opiniâtres demeuraient au fond du cœur enclins à la révolte contre le roi. On en eut bien la preuve dans la guerre des Cévennes, où
(Ij 1" avril i'UO, loiiio XXVIl, p. 95.