CHAPITRE VII
lion dans la succession «les pasleurs, puisqu'il a promis malirn' les scamlales qu'il sera toujours avec eux... «
...u Ed un mol, nous avouons les scandales, cl nous eu altendons d»' plus {grands «'ncoro en ces derniers temps, où nous savons c^u'il peut arriver aqu<* les élus mômes, s'il éloit possibl»-, soient déçus ». (Matth. xxiv^ 24). Mais nous nions que tous les scandales qui ponrroient jamais arriver soi«"nt capables de donner alleinl»' à la succession des ministres d»'S satreniens et de la parole, avec qui Jésus-Christ promet d'être tous les jours; et aussi ne voyons-nous pas dans ces faits tant exà^>'r>'-s sur Libérius et sur !»• concile de liimini, «jn'il v air r«>inl»re seuleineul d'une interruption semblable (1). »>
Telle est la foi de ïiossuet. Les ministres ses adversaires s'efforcent de le tlétrir comme un évèquc de cour, (jui parlait bien à son aise des persécutions tandis qu'il jouissait de la faveur royale. Certes il n'a pas abusé de sa faveur, quelle qu'elle ait été, pour persécuter ces protestants qui l'injuriaient; mais s'il faut (lire de quel ^^enre dévôques il inspirait l'idée par ses l('(;ons, ce n'était pas d'évéques persécuteui^s, mais plutùi d'évéques confesseurs de la foi dans les temps de persécution, et de ceux qui ne se laissent jamais abattre, parce (|u'ils savent, comme il disait, en qui ils ont mis leur conliance. Il eut le bonheur de n'avoir jamais à • raindrc |)our son Ëglisc m pour>a personne ; mais ses ♦•nseij^nements pourronten d'autres temps devenir salutaires à queUjues-unsdeses successeurs. I*ers«)nne peut* étro n'cjjjah'ia son ékxjuence ; mais personne assurément ne dépassera sa foi ni son zélé pour la défense de son Eglise. Tous ceu.\ «jui nourrissent contre elle de mauvais desseins sont naturellement les ennemis irrt^. conciliables de cet Atbanase et de cet Augustin.
(ij P. «i.
•2^H nORSTIET KT LF. I'F{OTKST AXIM^MK
CIIAPITRK YIII
Nl-l.nCfATIONS POlJlî LA RKIINFON DES KP.LISES CATHOI.lQrE ET PIIOTESTANTE.
Article I. — Prcmures tentatives.
La plus c;rando œuvre l'eligiouseque Hossuet ait conçue et entrepris (raccomplir, est celle de la réunion de? deux Eglises catholique et protestante. A toutes les (''|)oques de sa vie, il a travaillé à regagner des particuliers à la foi ([u'il professait: c'eût été un bien autre ouvrage d'unir ensemble les deux peuples et d'effacer la dilférence des communions. Il en a toujours eu l'idée, et un moment il put entrevoir res])érance de la réaliser.
Dans le temps où il était grand doyen du chapitre de Metz, en lG(i6, à rage de trente-neuf ans, nous le voyons en relations affectueuses avec le ministre Paul Ferry, dont on a déjà lu l'éloge, et dont il a réfuté le Caten/iisme général de la Ré formation, où Bossuet trouva déjà (juelques-unes des théories qu'il a combattues plus tard chez tl'autres ministres protestants. Les deux voisins, comme nous l'avons dit plus haut, n'en vécurent |)as moins en bonne intelligence. I^ossuet, à l'époque cidessus mentionnée, avait accès à la Cour, où il avait prêché, et où il jouissait d'une grande faveur, surtout
( HAiMTia: viii ?.10
près cl«3 la reiiic-méro Aniie d'Auliiclie, dotU il a pruiiuriCM' roraisoii funèbre. II eut rocca^ion de reudi-e des services personnels au ministre Ferry, et le lit avec empressement et succès. I^e ministre aussi était estimé en cour ; on y fondait sur lui des espérances pour le i-tipprochernent des protestants, ^^râre à son esprit ronciliant (;t à .sa probité. Une correspondance suivie et des entretiens iin|)ortants se lièrent entre !e grand doyen et le ministre, avec le concours du père de !k)ssuet, (pu L'tait depuis longtemps l'ami de Ferry il). Il y est (|uestion d'une grande alfaire dont on parle mystérieusement, mais dont il n'est pas difficile d'entrevoir la port«'e. Hossuet écrit à son père (14 septembre ItiOG):
« Il est vrai qu»* plusieurs lh«''oloi:iens d'importance coufiTeiil ici «les moyens de l«Tminer les conlruvt'rs'îs avec in»»ssiours «lu la religion prétendue réform«''e, et de nous réunir tous onsemble. Il y a (juehjut's minislros convertis, fort capables, qui «lonneni «les ouverluru> qui sont bien écoutées : ils pruceilenl sans passion et avec beaucoup de charité |>our le parti (|u'iis uni quille; c'est ce que vous pouvez «lire à M. Kerry, et que très assurément on veut procédor clirétieniiemeul et de bonne foi (.') ».
Il exprimait ici les sentiment^ de la cour. Il avait parlé au roi (:^),à M. Le Tellier; il trouvait les meilleures dispositions cbiv. les PI*. .Jésuites, et nommément chez, le I*. Annat : l'alTaire lui semblait « prendre un bon train ». truelle aîïairc? Il était bien (|ue>tion d'une faveur ù faire au ministre Ferry, mais «-'était apparemment en considération des services (|u'il pouvait rendre dans le rapprocliement projeté. • II a bien pris mes pensées,
v.iir 'tmv Wll, |i. :nr7 cl »oi».
.1 I'. .ii:.
j r. Ji»..
^'lO BOSSUE!" ET LK PROTESTANTISME
écrit Bossuct. cl pliH à Dieu (jue tous eussent ses luinicres et sa droiture! »
Des confcrences particulières eurent lieu entre Ferry et l'abbé Bossuet. Celui-ci en rend compte dans la lettre suivante {'U août 10G6) (1) :
M Nous sommes demeurés d'accord que nous étions obli{,'és do part cl d'autre de travailler de tout notre pouvoir à rpmi'dier au schisme qui nous sépare, ot fermer une si grande plaie.
« Je lui ai dit que, de notre part, la disposition étoit plus irrande que jamais pour s'y appliquer et en chercher les moyens.
« Que le plus nécessaire de tous étoit de nous expliquer amiablement, et que le temps et l'expérience ayant muntnqu'il V a voit beaucoup de malentendu et de disputes de mots dans nos controverses, on a sujet d'esi)érer que par ces éclaircissements elles seront ou lermin('»es tou( à fait, ou diminuées considérablement.
{( Que pour cette raison, un grand nombre de nos théologiens étoient résolus de rechercher les occasions de conférer de ces matières avec les ministres que Ton croiroit les plus doctes, les plus raisonnables et les plus enclins à la paix, et que l'ayaui toujours cru tel, jaurois grande joie que nous puissions nous ouvrir à fond, comme aussi lui de son côté en a témoigné beaucoup.
« Il nous a semblé à tous deux qu'un siècle el demi de disputes devoit avoir éclairci beaucoup de choses, qu'on devoit être revenu des extrémités, et qu'il étoit temps plus que jamais de voir de ([uoi nous pouvions convenir ».
C'est apparemment par un effet de ce dessein (lue Bossuet écrivit à l'erry un mémoire qui forme la lettre II de cette correspondance (2), Explication de différents Ifoints de controverse; où il semble préluder à ce (lui sera plus tard {'Exposition dr la dnclrino dr HùiJisr.
(1- T. WII, p. ;}lî).
(i) P. -.{OS.
• HAfMTRK VIII 241
Il ne laul pas oublier que les calholi<iues étaient Ujujours d<îvant les protestants comme des accuses (jui soutenaient un procès sur leur doctrine, et qui étaient condamnés depuis longtemps par leurs adversaires avec les (lualilif^ations les plus outrageantes. Bossuet explique cette doctrine avec son égalité d'humeur ordinaire, et montre aux protestants Tinanité de leurs accusations par le simple procédé de rexi)osition, qui ne laisse rien subsister des injustes imputations de ses adversaires, et met en pleine lumière l'accord des deux partis sur les principes les plus importants. Mais aussi ne rencontret-on point, dans cet échange d'idées, de ministre farouche, épineux et rogue, tel que ceux à (]ui plus tard il dut prêter le collet.
Il ne refuse cependant pas de conférer avec qui l'un voudra. « S'il avoit eu les mêmes liaisons avec vos autres confrères (écrit Maimbourg à Ferry) (1), il leur auroit parlé sans difliculté et leur auroit dit les mêmes choses, même à M. Daillé, s'il le connoissoit : qu'il en chercheroit les occasions, et n'en perdroit aucune de s'expli(iuerde la même sorte avec tous ceux (jui voudraient y entendre ». Qu'on ne ^'imagine p;L< ici une sorte de chevalier errant, qui otTre de rompre une lance contre tout venant: non, sa gloire personnelle n'est |Miiir rien dans toute cette atTaire; mais c'est un homme persuade (jue tous les gens de bien désirent la paix religieuse, et qui souhaiterait de rassembler pour y travailler tous Ic"^ hommes de bonne volonté.
Cet essai d'entente, qui fit re^^sortir aux yeux de tous la loyauté et la modération de Bossuet, autant (lUC la
■Z\i IJOSSUKI' ET LK IMîOTKS'l'ANIISM H
capacitc Cl lii sji^iosse du niinislro l'^ciTy, ii'euL ci'ixmi- (lant aucun résulliit prati(iuo. Ce charnier, tout ou piutoslant (le sa bonne volont«'; pour arriver à la l'cunioti. s'en tint en délinitivc, avec ses collègues de Met/, à cette déclaration :
« (]oinint' notre é|.'lisc est unir en une uiTune ronfessinn 'li; loi el <li' discipline avec les autres du royaume, (H cprclle n'est (|ue particulière, elle n'a point de droit, et ne peul délibérer sur ecUo proposition ipuj conjointement avec li'S autres redises df; France; étant prêts en ce cas de ronlril)UL'r en une si bonne (L'uvre tout ce que la vérité et leur conscience peuvent permettre (1; ».
Il restait donc des arrière-pensées chc/. les mieux disposés des ministres : tous craignaient d'être engai;és dans des concessions contre leur conscience. Ferry luimémo croyait devoir se laver devant ses collègues de qiud(|ues soupçons.
« Je leur avois toujours dit (jue je ne me séparerois jamais de mes frères et collèi2:nes; (jue je ne quilterois jamais rien de la vérité; (jue tout ce qw je leur avois promis t'toit d'ouïi- les adoucissements ou l'claircissemenls (ju'ils me voudroicnt donm-r sur les controverses et explications <ni malentendu, et de lour en dire mon sentiment en bonne conscience et autant que la vérité le pourroit permettre, et sans aucun engagement; et qie j'avois toujours dit (jue cette airnire n'étoit pas pour être traiti'-e a part, mais en une grande assemblée du clergé avec les ministres de France, convoquée avec l'avis d'un synode national ; (jue c'étoit l'ouvrage d'un grand roi ([ui n'avoit plus rien à faire à Paris sous ses yeux... ("2) ».
On voit qu'outre la(juestion déforme, il y avait chez les protestants en général une extrême répugnance à
( iiAPiTut: VIII '243
lenoïKcr aux ^^ricfs de la Réforme contre la foi catholi(iue, et que les dissentiments (|ue Bossuet, dans la hauteur et la largeur de son esprit, croyait faciles à efîacer, ne l'étaient nullement : il y avait là autre chose que des pointillés de théoloj^iens ; il y avait les passions qui s'étaient acharnées sur des objets souvent débattus, et qui en avaient fait des énormités : il faut compter au nombre de ces monstres : ladoration dans la messe, l'invocation des saints, le culte des images, les prières pour les morts, etc. Les protestants zélés ne croyaient pas, au fond du cœur, pouvoir se mêler aux catholiques sans souiller la piiret<'' immaculée de la religion réformée. Ils demeuraient toujours comme les Juifs à l'égard des Égyptiens, tant ils s'étaient remplis des haines bibliques, ayant toujours les expressions hébraïques sur les lèvres et sous la plume.
Cependant comme on savait que le roi désirait cette réunion, quel(iues-uns auraient bien voulu faire quelque cho.se pour lui être agréables, mais à la prati<iue, ils trouvaient toujours (lue c'était la chose impossible.
Un ancien ministre de Mont[)ellier, du Hourdieu, se mit entête de rédiger un projet de réunion, qu'il voulut faire présenter au roi par le duc de Noailles, commandant du Languedoc, vers IGvS'mI'- Mais le duc, après avoir fait examiner ce projet, trouva (|ue ce mémoire « tendoit à rendre les catholiques huguenots, et non les huguenots catholi(iues (2) ». C'était bien en etTet l'esprit des protestants qui, sans le dire et peut-être sansse le
(îi Ro«nn«l. à qui le ilur de Nnai »«•.
(Syoci. uw;i. i. Wij. |i. av; . Il II. i m
le iiiiiii»trc iIjiis les llclualldc^ i|uc i cui|uc lui |ium Tuul lui dot i^iur le mumciil.
IIOSSIHT El LK l'hOltâTANTISMi: (7
2H HOSSUET KT LK IMlOTESTANTlSMl-:
iloclaror à cux-inômes, aspiraient, non pas à rentrer dans l'b'^u:lise catholi(iue, mais à la l'aire rentrer dans la Ivérurnio, comme si c'était elle qui se fût séparée. On put bientôt s'enconvamcre.
Art. 11.— UN PROJET DE RÉUNION DES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE A l'ÉGLISE CATHOLIQUE
Bossuet et Leibniz.
Ijouis XIV ne sentait pas toute sa puissance, ou il ne comprit pas par quels moyens il aurait pu sans violence hâter cette réunion des Eglises qu'il souhaitait si fort. D'autres le lui montrèrent.
Les circonstances étaient plus favorables c^u'on ne le soupçonnait. S'il y avait des esprits ardents et intraitables, comme Jurieu; il n'en manquait pas, d'autre part, même dans le protestantisme, que sollicitait un désir plus ou moins secret de fonder la paix religieuse, dont on était éloigné depuis si longtemps. Un correspondant de Paul Ferry, Théodore Maimbourg, qui deux fois (Quitta et reprit la foi catholique, qui combattit le livre de VExposition de Bossuet, qui fut précepteur en Angleterre d'un fils naturel de Charles JI, puis se trouva initié à titre de protestant aux négociations secrètes de l'archidiacre de Metz avec le ministre Ferry; écrit à celui-ci (le 8 septembre IGOô) (1), en lui vantant la bonne foi de l'abbé Bossuet et la sécurité des relations avec lui :
Ui (Kiivic'S (If Bossucl, l. XVll, |.. 3-28.
CHAIMTUE VIII "245
<( Il esl temps <lc penser sérieusement à la paix, et je serais fâché que, les premières ouvertures vous en ayant été faites, vous n'eussi'i/ pas ta |j:loin' tout entière de sa conclusion, pour couronner une aussi belle vie (|ue la vôtre. De tous côtés on nous quiltt', et ministres et gens de condition; car je dis qu'on nous quitte, quand Je sais qu'on est sur le point de nous quitter, et qu'oïl ne fait autre chose que chercher une belle porte pour sortir et pour s»- retirer. »
Si Louis XIV avait su, dès ce moment, organiser des conférences amiables et discrètes entre des hommes de honnc volonté, de savoir et d'autorité, pour aplanir les diflicultés entre les deux communions; il était possible d'amener les esprits au point où il n'aurait plus fallu qu'une déclaration solennelle pour conclure la paix iléjà préparée en secret. Mais le grand roi laissa cette cliose à faire à un autre souverain, l'empereur Léopold l*^"", qui la lit dans l'intérêt principalement de l'Allemagne (1).
(Il On lira sans doute avec inlénH ce que Leibniz érril sur la puiisjor<* de Louis XIV : Je ne désespère |>as i-nlièrenicnl du suulaiceinenl des maux de rKurope, ({uand je considère que Dieu peut nous le donner ea tournant roinme il faut pour cela le ru'ur d'une seule personne, qui semble avoir le bonlicar et le uiallieur des hommes entre ses mains. On peut dire qae cr monarque, car il est lise de ju^'er de qui je parle, (ait lui s-" ' • • • ■■ uson siècle; et que la f<licité publique |HJurraii nailrc Je q i
moments, quand il plaira a Dieu de lui donner un*- r ' . . Je
crois qur pour «Hre assez touché, il n'aurait bt*soin puis-
sance ; car il ne m imais de vouloir le ^
et si celle pruden. <■ et orrupuleusi'. <\
plus Kr.HwU SIK lis iluul un
dépendait lit- lui m-uI île rei. r
ce S4)it eût été en état de Ituipi
rait pas balancé un mumrtu . . I «
ce ((rand mi a besoin <i <-
qu'il peut faire. .. (.»ur. s
Kiorieux, que celui dout le
et même de la pan de IKgii- ! : i "*'
ItUil) daus les OEH^ret lic ItoisuettA. Vive», t. XVIII. p. I37i.
J46 nOSSUKT ET LE iniOTliSTANTlSMi:
[jO César gcriiuinique trouv^a le premier instrument dont il avait besoin dans un franciscain espaj^noi, Clirislophe deb^pinola, qui desaproj)i'e initiative entreprit de sonder, dans les cours d'Allemagne, les cœurs des prolestants capables de se rallier à des projets d'accord avec les catholiques. Puis il obtint à Rome l'approbation du pape, précédée de celle d'une commission de cardinaux. L'empereur alors l'appela près de lui, le lit évoque de Neustadt, en Autriche, et lui donna un ])lein pouvoir « pour travailler à la réunion des protestants <rAllema<jîne (1) ».
Cette sorte de commission ne portait guère de dispositions ou instructions plus précises cjue celle-ci : « Nous donnons aussi à tous protestants nos sujets, y compris encore leurs ministres ou prédicateurs, une pleine faculté de venir trouver ledit évêque au lieu où il pourra être, et d'envoyer à lui publiquemment ou secrètement». Ce n'était qu'une sorte de passeport.
11 n'en fallut pas plus: l'affaire marcha d'elle-même, tant les esprits étaient déjà préparés. La première démarche qui {)0uvait être décisive, du coté des protestants, vint de la cour de Hanovre. Là régnait une fille du malheureux électeur palatin Frédéric V; sa sœur ainée Louise-Hollandine, ayant embrassé, après diverses aventures, le catholicisme, était devenue en France abbesse de Maubuisson.
Cette dernière princesse avait déjà mis en rapport lieux hommes bien choisis pour s'expliquer sur les (questions contentieuses des deux religions ; c'était Pellis^on et le génie prodigieux que possédait alors
(1) Œiarc.s lie liossuct, l. XVJ1,|). 258.
THAPITRE VIII ?4T
rAllema«^ne, le grand Liebniz : une correspondance du plus haut intérêt se soutint entre eux pendant plusieurs années. Un tel commerce ne pouvait demeurer sans fruit. I.e vaste génie et l'immense érudition do Leibniz ne lui ijcrmettaiont pas de s'enfermer dans levues «Hroites des protestants fanatiques, il était d'ailleurs naturellement enclin aux conciliations légitimes, et pouvait à lui seul tenir lieu de plusieurs théologiens. Le duc et la duchesse de Brunswick étaient eux-mêmes des princes très éclairés. C'est sous leurs auspices «|ue révoque de Neusladt, ayant rencontré à Hanovre i'ahbc (le Lokkum, Molanus, directeur des églises consistoriales, le plus modéré des théologiens luthériens, lia partie avec lui ; et tous deux entreprirent, par la méthode d'exposition sans controverse de Bossuet, un exposé des points sur lesquels catholiques et protestants pouvaient convenir, moyennant «ertains éclaircissements de part et d'autre (I). De là naquit un projet de réunion (pii fut rédigé en latin, et dont nou^ traduisons le titre : lUglfs pour In réunion de toutes les Eglises chrétiennes, tirées tant de la sainte Kcrituri que des prescriptions de r Eglise universelle et de la Confession d'Augsbourg, et rédigées par quelques professeurs dows l'intérêt de la paix, et soumises aux rnrrfrtiou^ et à la piété de tous les chrétiens (2).
C'étaient doncî des membres et des professeurs de la confession dWugsbourg, qui prenaient l'initiative des propositions pour une entente générale des deux I«]glises. Leurs desseins étaient assurément pleins d»*
(1) Ce (IrAsein fui approuvé du Pap« lanoefnlXI. aprf$ l'euDirn d'anr rniiiinissioii il«> ranliiiaut. i|ui lurrnl le mOmoirt* de (VTriiuc dr Nru«ladi .;>! Uluires, XVII, p. MU».
2AS UOSSUET KT Li: l'UOTKsTANTlSMF.
droiture ol de charité ; mais le l'ond du ca'Ui- dos rélormés ne pouvait manquer de s'y laisser voir, en dépit de leurs excellentes intentions. Dès que les protestants se sentirent sollicités par les catholiques de rentrer dans Tunité, ils ne purent considérer cette réunion (lue conmie une conquête qu'ils faisaient du catholicisme : ils pensèrent (]u'il leur appartenait de dicter les conditions de la paix et d'imposer leurs lois aux catholi(iues comme à des vaincus. C'est comme les Romains faisant entrer les Albains dans leur cité. Ils veulent, il est vrai, établir l'égalité entre les partisans des deux croyances; mais leur langage les trahit ; à chaque ligne on lit qu'à telle condition les catholiques seront tolérés i\) : il semble donc que ce n'est jamais que par grâce que ce peuple, qu'on suppose dompté, est souffert dans la cité religieuse qu'il s'agit de former entre eux et les anciens dissidents, qui se regardent comme la famille légitime. On leur offre bien quelques avantages (assez illusoires d'ailleurs) ; mais on en réclame bien d'autres, et Ton n'oublie pas les temporels (2) : les usurpations des princes sur les domaines ecclésiastiques de
(1) Voir par exemple, t. XVIl. c. XI, p. 379-38), 138, etc.
(2) Regtilœ, etc., Rég/efi traduites en français (t. XVII, p. 387). Dixième règle : c 11 est d'une nécessité absolue de laisser aux princes ccclésiasliunes et séculiers des deux partis, aux pasteurs de l'K^lise, aux nobles, eu un mol aux laM|ues de quel(|ui' état et condition (|u'ils soient, les prééminences, droits et rétributions dont ils ont joui par le passé et doni ils sont encore en liossession, pourvu que ces choses ne soient pas contraires au droit divin, <|u"on puisse les leur conserver en conscience, et qu'ils paraissent dans la disposition d'en user licitement... Secondement, la noblesse protestante sera déclarée habile à posséder beaucouj» de i)rébendes et de principautés ecclésiastiques ; 3» les ministres protestants, non seulement conserveront les bénéfices dont ils sont pourvus, mais encore la réunion leur ouvrira la porte, et à leurs enlants, à des bénélices sans nombre, à des prélaturcs dont ils pourront joair sans être obligés de résider sur les lieux, et même a des évêchés ; 4° les ratlioliqiies romains perdront une partie de leurs biens temiiorels, puisiiu'ils seront obli^^és de parta^'er avec les protestants les bénéfices et les princi|)aulés
cii.MMTiip: vin 249
tout ordre seront consacrées par le pape ; on enlèvera au clergé catholique d'autres biens, pour en doter les ministres protestants ; on reconnaîtra tout le clergé réformé, quelle que soit son orij^nne ; on consacrera tous les mariapfes de ses prêtres ; on considérera les surinlfudauts {)rotestants en toutes choses et en tous privilç<^es comme les é^^aux des év«'ques, bien qu'ils n'aient aucune institution canoni(]ue ; ils auront voix au concile à convo(|uer, etc. ; en un mol, tout ce qui est protestant entrera bannières déployées dans la nouvelle Kglise à orpjaniser ; et ce qui est catholltiue y sera; en revanche, toléré (1). Que dira-t-on du pape f Les rritnùiscurs ont cru sans doute faire un prodige de tolérance et de magnanimité en conservant ce souverain tant détesté par t(jus les réformés ; mais à quel titre le conservent-ils 1 Ils lui accordent sur tous les évéques une primauté, mais non de droit divin; c'esta-dii*e qu'ell(^ lui sera déférée par les canons ecclésiastiques, lesquels apparemment en deliniront les prérogatives et l'autorité. Kn d'autres termes, on vise à organiser une monarchie dont le pontife romain
crriï-xia5li(|u(*!( qu'ils poss^ilent seuls aujourd'hui, mais rn K'compensc leur liatriarrhf (le pape) recouvrera son anrieiine auioriU^ par II soumission de reux i|iji ('■laienl autrefois svn enfants ».
Ce «lernier trait m particulier n'est-il pas d'une belle ironie'.' Kl les pro testants ne pr<Vlient-ils pas Kalaniment aux ->• -i><(ies le détartiemrnl des biens temporels? Au moins il» se prt^srnteiit rnt pour les en soulager.
Si l'on ignore quelle part a eue dans l'tHal n réforme en Alle-
magne le désir lie s'emparer des domaines . il suffit de lire le
runiiiienremcnt de lu fiuerrf de lrfnte ««« d«' >. : im r vu on parcoure au**i W r«rit des cunlisculKiiis du roi Henri Vlll en Angleterre i//i«/. de» Vitr., I, Vll.r. Xl\ .
(h "3* les autres erreurs des eatholi«|ues romains, «nr la lrans<Qh<lanli«tion etc.. mériteront aus*i d'être tolérées suivant lr^ ■ ^sus.
pourvu qu'ils ri-)«-tt»Mit riilolalrli' <le 'i msni.'rr i] .car
Luther lui-même croit que ces irrrurs . et il Oïl que le» qies-
tions asiiées a ce su|ft sont purement ^ I*. 3Si>i.