‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 86 sur 96 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ce Père lui-même doit paraitrc .suspect? Pourquoi encore le mettre, contre toute raison, en opposition avec saint Jean Chrysostome, et faire ainsi de l'Eglise d'Orient une macliine de guerre contre celle d'Occident, là où elles sont pleinement d'accord ? N'est-ce pas toujours le même dessein de tout atTaiblirdans les croyances catholiques par des contlits inattendus, de tout ruiner, et de laisser la place libre au pélagianisme, au socinianisrae, et d'aboutir enfin à la tolérance ou à l'inditTérence universelle, comme à une conclusion inévitable? De tels desseins seraient d'une perfidie bien raffinée ; et pourtant l'on n'en peut pas supposer d'autres. R. Simon est donc l'introducteur dissimulé, non seulement du doute, mais de l'incrédulité absolue. C'est ce que Bossuet met en pleine lumière par tout son traité.

Il semble bien que l'objet capital de la haine de cet étrange oratorien est saint Augustin. Mais entraîner Bossuet dans la censure de ce Père, ce serait une entreprise qui dépasserait les forces d'un Richard Simou, fùtil le premier hébraisant et helléniste du monde. Quel homme pourrait enseigner quelque chose à Bossuet sur saint Augustin et tout ce qui se rattache à ce Père? Au besoin il le retrouverait de mémoire, car il en est tout nourri : on n'en pourrait pas dire autant de liichard Simon, qui ne l'a guère lu. Voilà un point ou l'avantage n'est pas du côté du savant orientaliste.

Voulant suivre et en (|uelque sorte poursuivre l'auteur des (Commentaires dans tous les détours de ses attaques sinueuses, Bossuet relève une multitude de reproches (ju'il croit devoir lui adresser, et entre autres celui de traiter les théologiens en général, et particulièrement les plus grands et les plus orthodoxes, avet^ un mépris

274 nossri-rr i:i' i.k i'kdti^'iantismi:

prêconrii. Si ces liiiiiières de rEf:çlise soiil en iiièiiie temps de puissants orateurs et de grands écrivains, à savoir les S. Augustin, les S. Chrysostome, les S Basile, les S. Cyprien, les S. Athanase; alors ce ne sont plus, selon R. Simon, des théologiens, mais des déclaniateurs et des sophistes. En un mot, il ne néglige aucun moyen ni aucun artifice pour les discréditer aux yeux du public un peu crédule qu'il veut gagner, tout en affectant de dire (ju'il n'écrit que pour les savants. Ainsi se manifeste sa double intention: éloigner de la foi catholique les érudits, ou soi-disant tels, par le prestige d'une science qui fait grand étalage; et la multitude par la séduction d'une critique libre et hardie, à qui l'autorité des plus grands noms n'impose pas, et qui dissipe aux regards de tous l'illusion de l'élo- (luence, autant que celle du raisonnement subtil; afin qu'en somme, désabusé des grands auteurs, chacun juge par soi-même des fondements des croyances, et ne s'en rapporte qu'aux lumières de la raison commune. Les Pères sont donc des déclamateurs, les docteurs des raisonneurs d'une subtilité captieuse; et le bon sens vulgaire est au-dessus des uns et des autres. On voit poindre ici la philosophie du xviii« siècle, avec sa méthode d'examen, qui consiste particulièrement à ridiculiser tout ce qui ne tombe pas tout d'abord dans l'entendement des esprits prompts et superficiels. Richard Simon se donne cependant des airs de gravite : il ne daigne pas, prétend-il, s'adresser aux femmes et aux enfants: si pourtant tel était son dessein, comment s'y prendrait-il? On a parlé de sécularisation de la science: qu'est-ce donc, si ce n'est pas cette assurance et ce ton de supériorité d'un écrivain qui tranche les

Page 1