CHAPITRE IX
Si Bossuet avait pu connaître ou deviner ce système do pfiilosophJL', on i)tMit se li;4iirer (juel i;ùi été son émoi, (^uoi '( La Providence remplacée par une force impersonnelle, (jui n'a ni substance propre, ni siège concevable et nommable; qui agit dans les choses sans èire ni dedans ni dehors, (jui les meut, les transforme, sans être par soi-même rien de défmis.^able ; et qui les conduit sriremcni à une fin que personne n'a conrue ni détcriiiirn'c, et (}ui se trouve être le mieux du mieux, la perfection absolue, quoi(iue personne ne puisse entrevoir ce que c'est ? Mais d'où cette force a-t-elle pris naissance ? (jui lui a tracé cette matclie (|u'elle accomplit infailliblement sans guide, sans dessein, sans conscience? Pourcjuoi agit-elle dans le sens du bien plutôt (jue (lu mal? En un mot, cjui est-ce cjui mène le Progrès, qui gouverne tout? Car enfin ce mot de progrès n'exprime (ju'une abstraction : c'est le passage d'une chose d'un état à un autre; et ainsi ce passage, cette mutation est la loi qui gouverne ces changements d'état? Mais pourijuoi y a-t-il mutation ? Pou- (|U()i les choses ne demeurent-elles pas toujours dans le même état 'j* Si c'est une condition inhérente à leur nature de se mouvoir, il faut remonter à l'origine de leur nature: il n'y a pas eu progrès apparecnment avant (ju'ily eût rien; et la fjuestion de l'origine des êtres demeure toujours posée. On a donc promené notre esprit dans une multitude d'aflirmation.N dont pas une n'est intelligible ; on s'est joue de notre raisjii ; <»t voilà le système (ju'on nous donne à digérer, pour remplacer rantKjue h\ pothcM' dun litre intelligent et toui-puissanl, (jui a iTéé toutes choses, et qui les gouverne toutes ! Admettons pour un moment ipTelle^ s*avai»fi*nt
en ell'ot dans la voie du proj^^rès, c'est-à-dire qu'elles se perfectionnent sans cesse et sans fin : ce ne peut être (lue celui (jui les a créées qui leur a tracé cette voie, (jui les y maintient, et les conduit à une perfection finale dont il a le secret. Alors tout redevient intelli- Liible, sinon complètement saisissableà l'esprit humain. Mais nous retombons dans l'ornière de la sai::esse des siècles, et la philosophie nouvelle n'est plus qu'un rêve in forme, qui se dissipe dans les régions nébuleuses delà fantaisie, d'où il n'est jamais bien sorti .
Mais aussi que devient c^ette belle conception de la merveilleuse intelligence de l'homme, venu dans le monde pour comprendre ce qui jamais n'a été perceptible pour aucun des êtres existants? Après tout, il faut nous consoler de cette décej)tion au sujet de l'iiomme. Car enfin on ne nous a pas dit qu'avec cette sublime intelligence il eûtreçu le pouvoirde faire toutcequ'ilpeut concevoir. 11 ne peut régler ni le mouvement des étoiles ni l'ordre des saisons, ni les fonctions de ses propres organes, ni les conditions de sa vie et de sa mort, ni les actes fondamentaux de son entendement ; il ne peut refaire ni les mathématiques ni la physique, ni la logique. Il est l'esclave des formes, par exemple, de raisonnement, et nesaurait faireque le contenu soit plus grand que le contenant, ou que la somme des angles d'un triangle, quel qu'il soit, ne soit pas égale à deux angles droits. Le Progrès lui-même est dénué de toute puissance dans ce domaine de la raison, comme dans celui de la physique générale. Et peut-on assurer que sa puissance soit illimitée dans le domaine moral ? Admettra-t-on jamais (lue la justice doive céder à l'intérêt, et non l'intérêt à la justice ? On nous promet tout dans un