CHAPITRE IX
la philosophie, qui procède par la voie du changement, îîiuis non à la religion, (jui n'est rien, si elle n'est fondée sur la tradition, laiiuelie donne iimpression de l'immutabilité.
Deux esprits se discutent le monde : celui de stabilité et celui d'innovation. L'un croit (ju'il y a du divin dans l'ensemble des êtres et des idées, et que c'est par là (jue l'univers subsiste, c|uoique sans cesse en mouvement ; l'autre ne connaît rien (lue d'humain, ou de mécanique ou de fortuit, et par consétiuent ne voit que changement dans tout ce qui existe, et ne rêve que changements, que l on qualifie du terme pompeux de progrès, sans examiner sérieusemCEit si le changement se fait en mieux ou en pis.
Nous avons même vu de nos jours paraître un système de philosophie qui (confond le divin avec le progrès, attribuant la naissance et le développement des êtres à je ne sais (juelle puissance mystérieuse, qui fait avancer toutes chosL's vers un idéal où peut-être elles n'atteindront jamais. Cette sorte de ressort (jui pousse intérieurement l'univers à l'accomplissement de destinées que personne ne coimaît, s'appelle, dans cette philosophie, le Progrès. 11. a si bien remplacé l'ancien Dieu créateur et organisateur, adoré par le genre humain, qu'il régit Dieu lui-même, letjuel n'est plus (ju'un être obscur, dans la condition du devenir. « Dieu se fait », n'hésite pas à écrire Ernest Renan, avec d'autres auteurs ; et Dieu sera quand tout l'ordre dos faits compris dans le sein du IVogrés sera universellement accompli.
Nous ne prétendons pas exposer cette doctrine très correctement, tant nous l'entendons peu. Mais elle a
278 nossuKT et le protestantisme
cette consc'(iuenco forcée, que, pour ne pas nier le rôle (Je l'intollij^cnce ot de la volonté dans le développement de l'univers, c'est l'homme qui remplace Dieu, Non pas qu'on aille jusqu'à cet excès monstrueux et ridicule, de prétendre que c'est riioinme (jui a fait les étoiles et l'ordre dans lequel elles se meuvent, ou les espèces vivantes, leurs organismes et les lois de leur multiplication ; mais on s'y prend autrement. Comme on ne peut nier qu'il y ait de Tintellifirence dans l'univers, et qu'il faut bien en rendre compte, puisque, comme dit Montesquieu, il est absurde de supposer qu'une cause aveugle ait produit des êtres intelligents, voici ce dont on s'est avisé.
Renversant tout l'ordre de l'antique philosophie et de l'ancienue religion, au lieu de placer l'intelligence à l'origine, on Ta mise à la fin. Le Progrès, ce Dieu aveugle qui ne sait pas ce qu'il fait, et qui n'en agit que mieux, a procédé de degré en degré. Il a d'abord porté la matière informe à l'organisation, en y faisant travailler successivement les forces mécaniques, puis les forces physiques et chimiques, venues on ne sait d'où et par quel mystère (si ce n'est que tout est mystère dans ce rêve philosophique) ; et enfin, pour abréger, il a fait sortir de ce chaos l'être conscient, qui est le résumé et l'achèvement de tout, c'est-à-dire, l'Homme, en qui l'intelligence est apparue (sans origine et sans cause) ; et alors le système du monde s'est trouvé complet, sans plus de difficulté.
Telle est la genèse de l'intelligence dans le monde.
L'homme est le perfectionnement et la synthèse de tout
ce (jui Ta précédé ; l'etlet l'emporte infiniment sur la
cause, puisqu'il renferme ce qu'elle ne contenait pas.
V C est le renversement complet de la métaphysique.