CHAPITRE IX
sion ? Mais de quoi se plaindrait-il aujourd'hui f N'estil pas le maître partout ïNest-il pas respecté et favorisé par ceux-là même qui ne peuvent endurer ni comprendre aucun esprit leligieux ? N'est-il pas vraisemblable que les athées de profession le favorisent, parce (ju'ils y croient voir un acheminement à l'abolition du christianisme, abolition qu'ils ne se défendent pas d'appeler et de préparer par tous les moyens ? Ils font injure, nous le savons, aux plus respectables, aux plus convaincus des protestants ; mais ils ne comptent pas à tort sur leur indulj^ence, qu'ils prennent à tort pour a|)probation et complicité. Ils savent vajjuement (pie le proteï-tantismea produit indirectemont Voltaire et directement ilousseau ; que Richard Simon, que l'on ne connaît {j;uère, mais qui est empreint de protesumtisme, a inauguré la critique anticatholique, dont les protestants se sont emparés en ce siècle-ci dans les écoles audacieuses de l'Allemagne ; (}uo de là est venue à pas lents cette philosophie nouvelle, (jui pour ruiner [)lus complùtemtMit la foi catholicpie, a renversé loutj la mét<iphysiipie, mis l'inconscience à l'origine de la création, fait de Dieu même un être inachevé, qui attend sa perfection du tout-puissant I^rogrês, force aveugle et impersonnelle, qui seule accomplit tout ce qui est bien, avec ou sans son associé et son ministre l'Homme, le(juel est l'être suprême de ce monde nouveau, rêvé par des philosophes d'une imagination et d'une logique inconnues avant ce sièclr.
IJossuet est donc vaincu après sa mort par ces puissances in^urgcos iju'il a combattues viclorieusoment pcnilant toute ^a ;,'lnni'u>»' vie. Mais «le même qu'il est ranlipode de la plnlosophie muderue, il peut être encore
•288 nOSSUET ET LE PROTESTANTISME
Tantidole de la folie qui s'est emparée du monde, et le soutien d'une multitude d'esprits solides, (jui déplorent à bon titre ranar'chie des idées, la dissolution de la morale et la décomposition évidente de la société. Quand on voudia retrouviM- le bon sens é<^ai'é, ranimer des idées d'autant plus accessibles à l'esprit humain qu'elles ont été celles des plus grands hommes et des foules même^depuis Socrate jusquà nos jours, on se remettra à lire Bossuet; et si l'on ne partage pas entièrement ses croyances sur certains articles atïaiblis par le travail des derniers siècles, on sentira du moins qu'on marche avec lui sur un terrain solide, et qu'il n'y a pas de pro- «^rès souhaitable et inte'ligible de l'esprit humain qui ne se puisse concilier avec une doctrine si haute, si ample, et qui a satisfait tant d'admirables esprits, parmi lesquels il faut comprendre les Platon, les S. Augustin, les Descartes et les Leibniz. Qu'on fasse les réserves qu'on voudra sur chacun de ces auteurs, ils sont au moins plus intelligibles que les docteurs de l'apothéose de riiumanité. Ils sont assurément plus conformes au génie français, qui ne peut se nourrir toujours de nuages et de paradoxes outrageants pour la raison. Car enfin, de quoi s'agit-il? De professer qu'on ne croit plus rien que ce qu'il est impossible d'entendre, et qu'ayant rompu avec la tradition de tous les siècles et avec les lois de la raison, l'on marche résolument vers un idéal que l'esprit humain ne peut concevoir. De telles idées sont inconciliables avec la clarté et la logicjue du génie de Bossuet, qui est le résumé toujours simple et lumineux des qualités (lui ont fait si longtemps la puissance de l'esprit franrnis, et auxquelles on ne saurait l'cnoncer sans préparer la déchéance de la nation. Quand même