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Bossuet et les protestants

Jlvant de vous donner /'imprimatur que vous me demandiez pour votre nouvel ouvrage « "Bossuet et les "Protestants », j'ai dû, conformément aux Constitutions Apostoliques, le soumellre à f examen des censeurs diocésains.

Mgr Loth, chargé de cet examen, m'adresse la lettre ci-jointe^; publiez-la. Elle dit très bien les mérites éminents de votre livre, et je n'ai qu'à joindre mes félicitations à celles de votre très compétent censeur.

Je forme des vœux pour la diffusion de ces conférences vraiment remarquables. Je souhaite vivement qu'elles contribuent à réunir les esprits et les cœurs dans l'unité catholique, si nécessaire pour sauver le christianisme, menacé aujourd'hui d'être submergé partout par le rationalisme athée.

7{ecevez, cher Monsieur le Supérieur, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués.

f FjiÉDÉmc, arch. de T{ouen.

Lettre de Monseigneur Loth, Protonotaire

A postolique, Membre de la Commission d'examen

des Livres, à S. G. Monseigneur Fuzet

Monseigneur,

Votre Grandeur qui a le culte de Bossuet sait, autant que personne, que ce grand évêque a caressé, pendant soixante ans, ce beau rêve du retour des Protestants à l'unité catholique. Il a dépensé, pour le réaliser, toutes les ressources de son puissant esprit et les mouvements les plus généreux de son cœur.

Par là s'expliquent ses nombreux écrits sur le Protestantisme. A Metz, il entreprend la réfutation du Catéchisme de Paul Terry; à Paris il écrit VExposition de la doctrine de l'Eglise sur les matières de controverse, louée et approuvée en termes des plus expressifs par le pape Innocent XI et traduite dans toutes les langues; il publie ensuite son Traité de la Communion sous les deux espèces, et l'un de ses chefs-d'œuvre : VTlistoire des Variations des "Eglises protestantes, que Brunetière a appelée « le plus beau livre de la langue » française ». Plus tard, il adresse Six avertissements aux Protestants, auxquels succède la Défense de l'Histoire des Yariations. 11 correspond longuement, et toujours en vue de l'union, avec l'abbé de Lokhum et Leibnitz. Quelques années avant sa mort, il renouvelle

tous ses efforts en vue de la concorde dans son Instruction pastorale pour les nouveaux convertis, et jusqu'à son dernier soir, dans ses relations personnelles avec les Protestants, il continuera son apostolat. D'ailleurs, dans tous les temps, il usera vis-à-vis d'eux de tous les ménagements inspirés par la chanté chrétienne. M. Lanson reconnaît « que Bossuet garde dans la dis- » cussion une parfaite convenance de ton... Son raison- » nement est impitoyable, mais son cœur est sans haine, » sans aigreur, et sa parole sait unir la courtoisie avec » la force » ( j ).

Dans son diocèse où les Protestants étaient en nombre, il pouvait dire, sans recevoir le moindre démenti : « aucun de vous n'a souffert de violences, » ni dans sa personne, ni dans ses biens ».

Je rappelle ces souvenirs parce qu'ils ont inspiré le beau livre de M. le chanoine Julien, supérieur de l'I nstitution St-Joseph, du Havre : Bossuet et les Protestants, dont j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Grandeur.

Ce livre. Monseigneur, est une étude très documentée sur le Protestantisme, ses doctrines, son histoire au temps de Bossuet, mais qui vise aussi, par le développement donné par l'auteur aux questions les plus controversées alors et aujourd'hui, les Protestants de notre temps. M. l'abbé Julien a pris Bossuet pour guide et pour modèle. 11 s'est attaché à suivre pas à pas le grand évêque dans son apostolat vis-à-vis des Protestants. 11 a repris les controverses des Ferry, des Claude, des Jurieu, des Basnage, renouvelées de

(i) Lanson. Botsiiel, Paris. Oudin 1891. y. 347.

nos jours sous d'autres formes, il a remis en vive lumière la puissante dialectique de Bossuet et il y a ajouté parfois les arguments fournis par l'apologétique moderne. Deux siècles se sont écoulés depuis la mort de Bossuet. Que de chapitres à ajouter à VTiisloire des Varialions des Églises protestantes !

Une notable partie de ces Églises s'est éloignée de la révélation chrétienne pour évoluer, surtout en France et en Allemagne, vers le rationalisme. Une autre partie, en Angleterre, se rapproche chaque jour davantage de la doctrine et des institutions liturgiques de l'Église romaine.

M. l'abbé Julien, qui suit avec attention le mouvement des idées contemporaines, a tenu compte, dans son ouvrage, de ces divers changements et en a tiré des enseignements pleins d'actualité.

S'il m'est permis de le dire, il a dignement continué Bossuet.

Je ne puis. Monseigneur, entrer ici dans le détail de ce livre. 11 faudrait refaire l'histoire de Bossuet et celle du protestantisme, mais je dois rendre témoignage à Votre Grandeur de la profonde érudition, de la maturité de jugement, de la modération et de la sagesse avec lesquelles il a été composé et qui feront impression sur les esprits sincères.

C'est dans un désir de concorde et d'union que Bossuet avait multiplié ses efforts et ses écrits vis-à-vis des Protestants, c'est ce même esprit qui a ému le cœur et conduit la plume exquise de M. le chanoine Julien.

Je m'estime donc heureux de pouvoir recommander à votre bienveillance cet excellent ouvrage et d'appeler sur lui, comme sa plus précieuse récompense, le suffrage et les bénédictions de Votre Grandeur.

Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur,

De Votre Grandeur, Le très humble et très obéissant serviteur

Julien LOTH,

Protonotaire Apostolique.

Rouen, le ]8 juillet ]9]o

DISCOURS PRELIMINAIIIE Le retour des Protestants à Funité

Nous n'étudierons point la controverse de Bossuet avec les Protestants au point de vue de la critique et de riiistoire. Pour cette œuvre d'érudition, il faudrait une préparation qui nous manque, et, sans doute aussi, ce genre d'étude n'aurait pas convenu à l'auditoire auquel s'adressent les leçons d'où est sorti cet ouvrage (1). C'est plutôt une œuvre d'apologétique que nous avons voulu tirer des écrits de Bossuet dans sa longue polémique contre les Réformés.

Ce que nous y apprendrons avant tout, c'est l'ex-

(1) C'est devant un auditoire de dames qu'ont été faites les conférences qui composent ce volume.

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