A DIJON (?). — AU COLLÈGE DE XAVARRE. — A METZ. A PARIS. — A MEAUX
ARTICLE V'
Études patristiques de Bossuet à Dijon (?). (1627-1642.)
Ou sait que lîossuet fit ses premières études à Dijon, au collège des Jésuites, fondé en 1581 par le président Odinet (iodran, au nom de Jacques, son père, et au sien (1), et dès lors appelé du nom de ses fondateurs le collège des Godrans.
Cet établissement avait tant de succès que le 4 février et le 9 mars 1614 le vicomte maïeur et les échevins de Dijon manifestèrent la crainte que <( aucuns de ces écoliers ne vinssent à étouficr, sil n'y était pourvu, tant ils étaient en nombre excessif et pressés (2) ».
Les Pères Jésuites rccevaieni f/ra/t/ if pmr/i / les enfants des pauvres et élevaient les fils de Messieurs du Parlement, de
(i) Voir ce qu'en dit Floquet : IJludes sur la vie de Bossuet, t, I, p. iv el 'r2, d'après le Parlement île Bourgogne, pai' P. l'alliot (ItJl'J). et un Essai historique manuscrit sur les écoles et collè'/es de Dijon.
(i) Registres de l'Iiùtel de ville de Dijon . elles par Hmniot.
r.OSSl KT rT LES SMNTS PIIIKS.
la Chambre des Comptes, des bourgeois et des gentilshommes de la province, avec tant de zèle et de dévouement que plusieurs fois (1) on les loua en public « des grands soins dont tous ces enfants, sans distinction, étaient l'objet » dans leur collège.
Le futur évêque de Meaux, depuis le départ de son père en 1038 pour la ville de Toul, où il était conseiller au Parlement do Metz, habitait avec son frère Antoine chez leur oncle Claude Bossuet , rue des Jésuites , et n'avait que quelques pas à faire pour se rendre au collège des Godrans. Malgré le mot célèbre d'un régent en belle humeur, Bossuefus aratro, le jeune Jacques-Bénigne, « dès son enfance, fit briller son esprit et sa vivacité d'une manière qui donna d'abord de grandes espérances à sa famille. — Il fit paraître des dispositions naturelles pour les sciences, et surtout combien il avait la mémoire heureuse , en récitant des vers de Virgile sans nombre , son oncle l'excitant à l'étude et lui faisant ainsi cultiver sa mémoire de bonne heure. Comme il était homme de lettres . il prenait beaucoup de plaisir à ces exercices, et le neveu faisait les délices de l'oncle et l'admiration de ses maîtres (2). »
Le jeune écolier étudia-t-il alors les Pères de l'Eglise?
Il ne le semble pas, et voici pour quelles raisons.
Ce n'est que dans le cabinet de son père ou de son oncle, vers l'âge de quatorze ou quinze ans, (( étudiant alors en seconde ou en rhétorique, qu'il ouvrit les Livres saints » et « jeta la main sur une Bible latine , qu'il emporta avec la permission de son père ». Ce fait, qui nous est attesté à la fois })ar l'abbé Le Dieu (3) et par le Père de la Rue (4), établit clairement qu'au collège des Godrans on n'apprenait pas la Bible (5) : or, si la Bible n'était pas entre les mains des
I l'.'irtit^ulicieiiienlle 7 mai I»i42. où le conseiller Kyol leur rendit iiummagc en plein l'arlcnicnt (lieyixlres du Pailcnienl de Dijon).
(i) I.'al)l)C Le bieu. Mémoires, t. I. p. 11 et 12.
(.{) Mimoiitn, t. I, p. ii et i;{.
(4 Ornis'iii funèbre de IJossuct. prononcée à Moaux. le ■2;{ juillet 1704.
(.'jj Nous savons, au contraire. |)ar le Mcmoirr d'Arnauld sur le Uvrilemeut des Hludvs duii» les Lellrvu humaines, (|ue, dans cliaiiue classe de Port-Uoyal, on obligeait les élevés à lire en particulier, pendant une demi-heure, les Figures de la
LES ÉTUDIiS PATR\STIQUES DE BOSSUKT. 3
élèves, comment supposer que les saints Pères faisaient partie des livres classiques? La lîalio stidliorum ne le dit pas, et de récentes discussions ont établi qu'il n'en était rien.
La question des classicjucs païens et chrétiens, autour de laquelle on menait grand bruit il y a quelque quarante ans, alors que Louis Veuillot, l'abbé Gaume et le P. Ventura tonnaient contre <■< les œuvres abominables » des Homère , desCicéron, des Virgile, qui empoisonnent la jeunesse, et que l'abbé Landriot, l'abbé Charles Martin, le V. Daniel, le P. Cahour, de la Compagnie de Jésus, leur répondaient au nom des traditions séculaires de l'Église catholi<iue , — cette question des classiques païens et chrétiens a soulevé de nouveau en 1891-93 des débats passionnés, et tandis que l'abbé (iarnier anathématisait ces collèges libres et ces séminaires qui ne forment que des générations « païennes », l'abbé Victor Martin, professeur aux Facultés catholiques d'Angers (1), l'abbé E. Ragon, professeur à l'Institut catholique de Paris (2), l'abbé Delamarre (3) et l'abbé Dubourguier (4) défendaient des établissements calomniés à tort. Le P. Delaporte, docteur es lettres, publiait dans les Études religieuses (5) des articles remarquables, qui depuis ont été réunis en volume , et où il démontre que , non seulement à l'époque de la tentative classique des Apollinaire, sous Julien l'Apostat, mais encore à la fin du seizième siècle, on a essayé en vain de substituer les auteurs chrétiens aux autours païens dans l'enseignement secondaire.
Bible. Dans l'I'niveisité, les écoliers étaient tenus d'apprendre tous les jours quelques versets de l'Écriture sainte, et un arrêt du Parlement (!28 juin l"0;j) enjoisnait au pjincipal du collège dont il autorisait les statuts à tenir la main à l'observation de cette ])rescription. (Rollin, Traité des éludes. Discours préliminaire.) — Pourquoi les Jésuites ne suivaient-ils pas cette coutume au commencement du dix-septième siècle? Probablement à cause des défenses des évèques, qui, alarmes des jiériis (|ue faisait courir à la foi catholique le libre examen applique par les Protestants à nos saints Livres, ne voulaient pas i|u'oii les mit entre les mains des fidèles. Aujourd'hui encore, toute traduction catholique de la Itible a besoin d'une ai>proi)ation spéciale de l'ordinaire, ou èvé<|ue du lieu ou elle s'imprime.
{\) Reruc des Facullés calholiques d'Autjcrs, décembre isoi, février et avril 189-2.
(-2) i.'lJiiseigncment chrétien, i" janvier et l""' février isî»3.
(U) Bulletin de la société générale d'éducaliou et d'enseignement, l.'i février 1«!t3.
{'<) Question du lalia classique, Amiens, \Vf.H.
{."») Numéros de mal , juin , juillet wy.\.
4 BOSSl'ET ET LES SAINTS PERES.
« Le saint archevêque de iMilan, Charles Borromée, ou de son propre mouvement, ou par l'insinuation d'autrui, proscrivit à iMilan, par manière d'essai, dit le célèbre théologien jésuite Petau, les maîtres anciens, Cicéron, Virgile et tous les autres; puis il décréta renseignement des meilleurs auteurs du christianisme. Mais tout à coup, il changea d'avis, quand il eut constaté par expérience combien cette méthode était funeste aux études sérieuses ( 1). » Dans (( cette espèce de nouveau collège, raconte un autre auteur, saint Jérôme et saint Ambroise tenaient la place de Cicéron; Eusèbe et Sévère -Sulpice. de Tite-Live et de Tacite; saint Augustin était le supplément universel de tous les autres; les poètes y étaient tout à fait négligés... Les disciples n'en devinrent pas plus vertueux, mais très mal habiles » ; il fallut renoncer à ce malencontreux système et revenir aux païens. L'épreuve était concluante : si les .lésuites avaient eu un instant l'idée de protester contre le culte exagéré de la Renaissance pour les chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome, l'erreur de saint Charles Borromée les aurait bien vite détournés d'une tentative infructueuse. Mais il ne parait pas que ces excellents éducateurs de la jeunesse aient rien changé aux traditions des scolatiques et des humanistes, qui faisaient des auteurs païens la base exclusive de l'enseignement secondaire, comme l'établit le P. Delaporte. Il ne parait pas même que dans les collèges des Jésuites on ait mêlé les auteurs chrétiens aux auteurs païens, et Hossuet dut faire ses études classiques au collège des (iodrans sans avoir été initié aux beautés doctrinales et littéraires de ces Pères grecs et latins, qu'il devait tant admirer plus tard.
Kn tout cas, il n'acquit point chez les Jésuites de Dijon cotte connaissance approfondie du grec, que Lancelot donn;iit à Uacine et aux autres élèves des Petites écoles de Port- UoyaL hanslcs collèges de la Compagnie de Jésus, on insistait surtout sur le latin, comme on peut le voir par l'exemple
(I) 1'. Dion. l'clavii, Oralio do Icficinli delrcdi.
de Corneille opposé à celui de Racine : sans négliger le grec, on ne lui faisait qu'une place secondaire, et Bossuet aura besoin à Navarre d'étudier
Co langage soiuiro aux douceurs souvoraines,
Le plus lj(>au (iiii soit né sur dos lèvres humaines (1).
Il pourra, dès lors, lire dans le texte original saint Chrysostorae, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, et mieux remplir plus tard ses fonctions de précepteur auprès de son royal élève.
ARTICLE II
Études patristiques de Bossuet à Navarre (17 octobre 1642 — 9 avril 1652).
Du collège des Godrans Bossuet passa au collège de Navarre, à Paris, où il devait rester dix ans (16i2-1652) et où il arriva assez tôt, le 17 octobre 1642, pour voir « entrer dans Paris le cardinal de Richelieu mourant, ^^orté dans une chambre construite en planches, couverte de damas, ayant à côté de lui un secrétaire pour écrire sous sa dictée », et accueilli, disaient à l'envi les (iazettes, « avec tous les témoignages de la bienveillance et des vœux ardents pour le rétablissement d'une santé si chère (2) ». Le i décembre suivant, le grand cardinal était mort et le jeune Bossuet, après avoir défilé devant le corps de l'illustre défunt, exposé pendant trois jours avec une pompe inouïe au Palais Cardinal, assistait à ses funérailles et à son oraison funèbre prononcée par l'évoque de Sarlat, Jean de Lingendes. La forte imagination du jeune humaniste, déjà chanoine de Metz (3), devait garder de ces grands spectacles un souvenir ineffaçable.
(1) André Clicnicr.
(2) Histoire de Bossue l . par le cardinal de liausset, cl Études sur la vie de Bossuet. par Kloquet, t. I, p. ~l-~-2.
(3) Tonsuré dos l'âge de huit ans, Bossuet avait été nommé chanoine de Metz, à treize ans, par un intime ami de son père, le chanoine Jean Rover, tournnire ou semainier, au moment de la mort du chanoine Uertoti. Celui-ci avait un coadjuleur, Sainlignon, (|ui réclama une succession achetée d'avance. .Mais le Parlement adjugea à Bossuet le canonicat eu litige et interdit les coadjutoreries (-27 juin
Quelles furent à Navarre les études 'pnfristiques de Bossuet?
Lors de la soutenance de la thèse du P. de la Broise, M. Gazier a semblé dire que Bossuet jeune cultivait surtout les Pères et que c'est par leur intermédiaire qu'il devint pleinement l'homme de la Bible. Cette opinion n'a pas prévalu.
Bossuet étudia pourtant les saints Pères. Dans quelle mesure? Il est difficile de le déterminer avec précision. On sait qu'il eut pour professeur de philosophie et d'Écriture sainte Nicolas Cornet (1). « un docteur de l'ancienne marque, de l'ancienne simplicité, de l'ancienne probité »,le bras droit de Richelieu, puis de Mazarin ; pour professeur de grec, Nicolas Mercier, helléniste remarquable ('2); pour professeurs de théologie scolastiqup et positive le docteur Pierre Guischard . qui devait occuper cette chaire pendant cinquante-trois années, et le docteur Dussaussoy, qui enseignait la doctrine de saint Thomas; pour professeurs de controverse enfin le docteur Péreyret et le docteur Claude Lefeuvre , grand maitrc de Navarre. — Bossuet accordait peu de temps aux mathématiques, « les curiosités de ces sciences étant, disait-il, une étude trop abstraite, d'un trop grand attachement et de peu de fruit pour les gens d'Eglise (3) ». En revanche , il s'adonnait avec passion à l'étude de l'Écriture sainte ; mais « il semblait ne faire que jouer, tant l'étude lui était aisée. Ses compagnons étaient étonnés de le voir le premier et le plus vif à leurs divertissements, comme s'il n'eût eu d'autre inclination... Dès cet âge, il sut se rendre aimable à tous (4) »,
Les Pères de l'Église ne faisaient pas à Navarre l'objet d'un
uni). Les fruits du l)6nélicc furent perçus jusqu'en mai ir.'iS par le chapitre, If-nu seulemciil à payer une modi<iue pension aux clianoines étudiants.
(I) Les Mi'tnoires de l'abln; Le Dieu nous disent (juc Nicolas Cornet « connut d'abord le mérite de IJossuel et prit soin do ses éludes et de sa conduite. Sous un tel maître, il lit autant de pro;;rés dans la piété qu(! dans les sciences ».
(-2) ■ Il (iwissnet) apprit le grec à fond, dit l'ahbc Le Dieu; il lut tous les historiens grecs et latins, les orateurs et les poètes. »
(3) • Il les estimait poiirlaiil , dit I.e Dieu, en ceux à qui elles sont utiles dans leur profession. »
(4) Mémoiri's de l'alibi' Le Dieu, I. I. p. L-i.
enseignement à part : du moins, FEdit de 153ô, qui réglait les cours de la Faculté de théologie, VÉdit de Ré formation du 3 septembre 1598, lu à l'J^niversité assemblée dans la fameuse séance du 18 septembre IGOO ( 1 j , les S/ntu/s de la Falcidté de théologie, imprimés en 1715 et conformes à l'arrêt de 1598 et à celui de 1535, Tarticie du Mercurt' de 1709 sur le doctorat en théologie, V Histoire de r Université de Paris au dix-septième et au dix-huitième siècle (2) par M. Jourdain et son Index chronologicus chartarum (3) ne disent pas qu'il y eût des cours spéciaux consacrés à la Patrologie.
Bossuet dut apprendre la patristique soit dans les cours d'Écriture sainte, puisque, d'après VEdit de 1535, les lectures des Livres saints devaient être faites avec apparat , interprétation ou expositions des saints Docteurs anciens approuvez par l'Église; soit dans le cours de théologie scolas tique, puisque les quatre Livres des Sentences de Pierre Lombard, ({ui faisaient le fond principal de ces cours, ne sont que le recueil méthodique des textes les plus importants et les plus célèbres des saints Pères sur les dogmes de la foi catholique, et que la Som/ne théologique de saint Thomas d'Aquin, que commentait à Navarre Jean Dussaussoy, cite à chaque page saint Augustin et les autres docteurs de l'Église; soit surtout dans le cours de théologie positive (i) , qui ne devait être qu'un exposé de la doctrine des saints Pères sur les grandes vérités et les mystères augustes de notre religion; soit enfin dans le cours de controverse , fondé par ràclielieu en 1038, et qui avait pour objet principal de défendre la Tradition et les saints Pères contre les Protestants, qui les accusaient d'avoir faussé l'esprit de la primitive Église. — Il est vrai qu'il faut toujours distinguer entre les règlements et leur application, entre les titres des
(1) Voir la Rvformation de l'Université de Paris, petit vol. in 1-2, ])iil)li('' en KiOl.
(-2) lu iii-f". lSii-2-18(Je,
(3) i;n in-t". lS(i-2.
i't) C'est Fi(i(|uct qui parle de ce rours : Etudes sur la vie de Dossuel, t. l, p. 80 mais • il est incomplet et no cite pas toutes les sources », comme le lui reproche le P. de la Uroisc, Dossnet et la Bible . p. xvi. nnir.
chaires et l'enseignement qu'y donnent les professeurs. Voilà pourquoi les conclusions qui viennent d'être formulées restent un peu hypothétiques. C'est le cas de rei^retter, avec le P. de la Broise, que Y Histoire du colli'gc royal de Navarre, Régit Navarrae Gymnasii Parisiensis historia, par Jean de Launoy {1677 ), s'arrête au seuil du grand siècle et que la destruction totale des archives de Navarre empêche de la compléter (1).
Il nous manque encore d'autres documents précieux qui auraient pu nous renseigner sur l'étude des Pères faite par Bossuet à xXavarre. Ce sont ses thèses et ses discours : sa thèse de philosophie en 16V3, dédiée à Cospéan, évêque de Lisieux. qui prédit que u ce jeune homme, d'un extérieur si noble, serait une des plus grandes lumières de l'Église » ! 2) ; sa Tentative (3) dédiée à Condé, présent à la soutenance le 2i janvier 16i8 (V), et qui avait pour titre De Dec trino et uno et de Angelis {Jy)\ sa Sorbonique ^ 9 novembre 1650, d'où sortit un procès entre les docteurs de Navarre et ceux de Sorbonne, qui soutenaient la nullité de la thèse (6), parce que le candidat n'avait pas dit : Dignissime domine Prior, en s'adressant au Prieur de Sorbonne (7), « bachelier
(1) Bossuel et la îiible. p. xvii.
(•2) Bossuet fut reçu maître cs-arts le i> août l(i'ti [livgistres de la Faculté de théologie).
<3) Cette llièse conférait, avec le droit de lire \Gfi Sentences, le titre de bachelier sententiaire, ou haclielierde second ordre, ou encore de deuxième licence. — La lecture des Sentences devait se faire en l'une des maisons incori)orées à l'I'niversité et sous la direction d'un docteur régent de la Faculté. Elle commençait clia- (jue année le Hi se|)teml)re et se continuait jusqu'au -29 juin, anniversaire de la mort de l'ierre I.omhard, le Jlaitic «les Sentences.
(i) L'abbé Le Dieu a tort de donner la date du -Xi janvier l(i'»8 pour la Tentative de Bossuet [Mémoires, p. -20.)
(5) On a prétendu que le sujet de la Tentative de Bossuet fut ■ une comparaison de la gloire du monde et de celle qui attend le juste après cette vie. » — Mais le F'. Tabaraud et Floi|uet ont établi la fausseté de cette assertion par les renseignements très exacts, très détailU's et tiès curieux donnés par le Mercure, août et septembre 1709, sur Vllistoire du doctorat.
(<i) On i)eut voir à ce sujet dans Flo<|uet , Ktudc.i , t. I, p. 131-1 W, les curieux détails qu'il donne sur cet incident et sur la plaidoirie de Bossuet, qui parla en latin devant le Parlem(;nt à huis-clos et obtint gain de cause pour lui, mais non pas pour les docteurs de \av;irr(\ déboutés de leurs im-lentions.
(") C'fst probablement à cause de cet incident i|U(; lorsqu'on distribua les lieux ou les places entre les licencies de l(i:.()-l(>M, Itossiiel n'eut ()ue la troisième place : la première lut donnée à Arn'iand-Jcan le Bouthiliier de Uancé. neveu de larclie. véque de Tours , aumônier de Monsieur, et la seconde au prieur de Sorbonne, fiaslon Chamillart.
en licence, élu pour gouverner la maison pendant un an, pour régler et ouvrir les sorl)oniques, par une harangue (ou paranympho) du répondant et par neuf arguments (1) » ; sa Mineure ordhinJre, 5 juillet 1051 ; ^^Majcure ordinaire (2) ; son discours solennel de paranijmphe (3), que l'abbé Le Dieu place en 10^8, (|u'il faudrait rapporter, d'après le cardinal de Hausse! et Floquel , à l'année 1651 , et qui était le développement de ce texte de saint Pierre : « Deum timete, regeni honorificate » (4), d'une signification si haute et si généreuse au milieu des troubles de la Fronde, en 1651 comme en iCi-S; enfin les thèses auxquelles Bossuet présida dans la grande salle de l'archevêché , assis entre le grand maître Nicolas Cornet et le chancelier de l'Université, des mains duquel il reçut le bonnet de docteur, le 9 avril 1052 5); il lui répondit par cette magnifique harangue que plus de cinquante ans plus tard, au mois d'août 1703, l'évêque de Meaux répétait du ton le plus franc et sans aucune hésitation à l'abbé Le Dieu, qui, dans son admiration , l'écrivit sur-lechamp pour nous la transmettre : « Iho , te duce , ladm ad ■<anctas illas aras , etc. (6).
Il est regrettable que le cabinet des Estampes, si riche en thèses de cette époque , ne possède pas celles de Bossuet. Déjà de son temps, le 1®' janvier 1703, l'abbé Le Dieu se plaignait d'avoir inutilement cherché chez les anciens doc-
(I) Dictionnaire de Tri'voa.c , arl. Prieur.
(-2) Ni le cardinal de Bausset ni Flo(|uel ne parlent de ces deux tlièses de Bossuet : elles claient [murtant rcglenientaircs et Bossuet les soutint comme tout le monde.
(3) On z[)\w\iv\\. Paranijmphe \(i discours solennel qui se prononçait à la Faculté «le tliéologic et de médecine à la (in de chaque licence et dans lequel l'orateur. le |iaranyni|ilic, adressait à clia(|ue licencié un compliment auquel se mêlait une cpisrammc" : le licencié r('|)()ndait pur (|uel(iu<ï trait du même genre. Cet iisa^e ayant dcmrié lieu à des abus, les Paranymplies se réduisirent à de simples harangues. — Klu paranympheà l'unaniniité par les licenciants de Navarre. Bossuet dut. au dire de I'lo(piet. aller inviter tous les cor|)s coiistiliiés à la solennitc des l'aïanymphes cl (ironoiiccr en un jour i|uator/e disi'ours latins. — Mais "SX. l'abbe Urbain, dans son Nicolas Cocffcleau, !«!);{, montre i|ue ce devoir incombait au Paranymphe des .jacobins.
(V) Le Dieu [Mémoires, p. U) apiielle ce discours de Bossuet • le panégyrique du roi et du collège de Navarre, tpi'il prononça en faisant les Par'inyhtji/ies ».
(.">) C'est la date donnée par l-lo(piei, d'après les catalogues des d<icteurs en théologie, l.e Dieu dit le Ki mai; Muréri. U: H> mai; de Bausset. le 18 mai. — C'est le 10 mai, <'ii ellcl. et non pas le 18, (|ne Bossuet prit le bonnet de docteur ;i la Faculti'; de théologie, après avoir été reçu ;i rarchcvéché le il avril.
(fi) Voir V Histoire de Bossuet, par le cardinal de Bausset.
teurs de Navarre les thèses de théoloeie et les harangues de Bossuet (1). Il n'existe, semble-t-il, qu'une seule thèse de Bossuet : c'est la Minrure ordinaire , qui a pour sujet l'Église (^2i. Elle faisait partie, il y a une vingtaine d'années, du cabinet de M. Kathery. et les Études religieuses des PP. Jésuites l'ont publiée en juin 1869. — La Mineure ordinaire, dont la soutenance durait six heures, se trouvait placée, dans les deux années de licence, entre la Sorhonique, qu'il fallait défendre de six heures du matin à six heures du soir, et la Majeure ordinaire, de huit heures du matin à six heures du soir.
Si la Sorbonique de Bossuet avait fait grand bruit, les documents contemporains sont muets sur sa Mineure ordinaire. Il l'avait dédiée à Henri de Bourbon, fils naturel d'Henri IV et de la marquise de Verneuil (Henriette de Balsac d'Entragues i , nommé évèque de Metz dès l'âge de six ans (3). Ce fut Pierre Bédacier ou Bédassier, administrateur du diocèse de Metz et évèque d'Augnste, qui présida la thèse, assisté des professeurs de la maison de Navarre On y trouve cités saint Irénée li), saint Cyprien '5\ saint Athanase (6j , saint Cyrille d'Alexandrie [1), saint Jean Chrysostome (8), saint Épiphane (9), saint Paphnuce (10) et quelques autres anciens Pères que Bossuet ne nomme pas (11). Il affirme même contre les Protestants « qu'on peut tirer de la doctrine des Pères des arguments très clairs » pour établir la légitimité « d'un culte modéré envers les images
(1) Journal, t. M, p. ;{.";8-3.";!).
(2) Quaestio Iheolorjica : Quaeitam est civilas Dei ? Psal. î*i>.
(3) La vie scandaleuse de cet évèque fait un triste contraste avec les éloges que lui décerne le haclielier licentiantde 16.">1. — Il est vrai que celui-ci devait ignorer les mœurs du prélat.
('•) « victoreui (juidein liac potcstate usuni tentavil Ircnarus ad lenitateni inflectere. »
(•'>)Adeux reprises : • Beatissimus Cyprianus...'S\\\\\ quidcm persuasum est abstentuni a Stephano fuisse Cyprianum. •
(ti) • Sancti Allianasii causaiii l'ontifex .lulius... tractavit. »
(7) • Cacleslini CuriUus in liplicsina parles egil. •
(8} . ( I saiictus Joanncs iUc Chrijsostnmus apud SuzonuMiuni tui'ril rcruni novarum auilior. ■
(!•) • Cacteruni sancti Epipliunii leniporc. ■
(III) « yucinadmoduin liistoriac l'nphnulii non onin(!ni penitus abrogarim lidcni. •
(II) • Qui/jundam r.r nnlii/uis PalriOus visuiii fuil... »
(lu Christ et des saints : Chris//, cl sanctorum in imar/litihi(s vencralio modcrata elici jiotest ex doctrina Patriim non oùsciiris <u'(jHnii'ntis ». Dès cette époque, on le voit, Bossuet était familier avec les œuvres des saints Pères. Toutelois, il reste toujours un doute sur la question de savoir si Hossuet citait ces autorités de première ou de seconde main.
Go qui laisserait croire ([uc Bossuct, dans cette thèse, se servait des citations insérées dans les auteurs de théologie quil étudiait, c'est le petit nombre des allusions aux saints Pères que Ton rencontre dans les onzo pièces oratoires que M. Tabbé Lebarq a recueillies pour l'époque de Navarre. 1G42-1652. Il n'y en a aucune dans XExordc d'un sermon sur le jugement dernier, prêché par Bossuet à l'hôtel de Vendôme en 16 V3, alors qu'il n'avait que seize ans, « en présence de l'évêque de Lisieux et de deux évêques de ses amis, dont ils furent si contents que M. Cospéan promit au prédicateur de le présenter à la Beine, afin qu'il lui récitât ce sermon-là même , tant il estimait son talent et avait envie de le faire connaître » (1)! Le Sermon résumé sur le péché dliabitude, qui semble n'être qu'une analyse d'un discours de M. de Sarlat, Jean de Lingendes, qui prêcha à la cour de 1647 à 16'i-9, contient un seul texte de saint Augustin : Deus impossibilia tion juhet ^ etc.
Les Méditations sur la brièveté de la vie et sur la félicité des Saints (1648) renferment un grand nombre de citations de l'Écriture, pas une seule des Pères. Le Panégijrique de saint Gorgon, prêché à Metz le 9 septembre 1649, ne contient qu'une comparaison empruntée à saint Basile (2), dans l'exorde, et une phrase de saint Cyprien dans le deuxième point (3). Dans le Sermon sur la félicité des Saints^ l"" novembre 1649, il n'y a qu'une ligne des Sermons de saint
(I) Mémoires de Le Dieu, t. I, p. 19. — L'évêque de Lisieux ayant eu ordre, sur ces entrefaites, de se retirer dans son diocèse, « au moment de la fin de la cabale des Importants (septembre tCi3). le dessein du sermon qui devait être récité devant la Reine man(]ua ».
{■i) « Tout ainsi, dit saint Basile, que les abeilles sortent de leur ruche, (|uand elles voient le beau temps, etc. •.
(.'{) « Riipla compage viscerum, torquebantur in serve Dei non jam membra, sed vulnera.
Léon (1). Aucun texte des Pères ni dans Y Allocution pour la veille de la fête de l Assomption de la sainte Vierge , 1650, ni dans le Fragment s/tr l'Assomption de la sainte Vierge
Saint Bernard est cité à trois reprises, « l'admirable saint Grégoire » une fois, saint Épiphane une fois, saint Augustin et saint Chrysostome sept ou huit fois chacun dans le long Sermon pour la fête du Rosaire, prêché à Navarre en IGôl et dont les théologiens admirent la profondeur. Le premier sermon de Bossuet prêtre, prononcé à Navarre le samedi saint, 30 mars 1652, contient plusieurs citations de Tertullien. du «grand saint Cyrille d'Alexandrie », de Clément Alexandrin, de saint Jean Chrysostome, d'Origène et surtout de saint Augustin, dont les textes fournissent à Fora teur tout le début du deuxième et troisième point. On voit par là que le génie naissant de Bossuet goûtait de plus en plus l'éloquence des saints Pères et qu'elle allait devenir, avec la Bible, l'aHment principal de sa prédication.
D'ailleurs , il nous reste de cette époque un écrit bien intéressant, dont l'abbé Le Dieu avait pris copie en 1683 et que M. Lâchât a publié pour la première fois dans le tome Ili" de son édition de Bossuet, pp. 581 et suiv. : c'est le Plan d'nn traité de théologie, qu'on suppose fait par Bossuet lui-même pour son usage personnel, vers 16i8. II est reproduit dans l'édition Guillaïune, t. X, pp. 458 et suiv., et dans l'édition Blond et Barrai (1879), t. XI, pp. 622-623 (2). On y voit un assez long catalogue, près de 30 pages à deux colonnes in-'i-'', des questions qu'on a coutume do discuter dans un cours de
(I) • Transeunt in honorem Iriumphi ctiam inslnimcnla xuppiicn. «
{'2] « Œuvres complcti's de Bosnuel . procédées de son Histoire par le cardinal de Ucausset et de divers éloiçcs; édition contenant tous les ouvrages édités jusqu'à ce jour. c(dlationnés sur les textes les plus corrects par une soci('tc d'ecclésiastiques. • — I>ai'-le-I)uc. Bertrand; Paris, liloud et Barrai.
C'est cette édition en dfmze volumes in-i" à deux colonnes, avec tables, que nous citerons toujours, sauf pour les Œuvres oraloirea de Bossuet; nous renverrons alors aux six volumes publiés par l'abbé Lebarq et qui contiennent seuls le texte délinltii'.
Ccltf! édition de Bar-le-I)nc a l'avantage d'être aussi com()lrte (|u'aucune autre: le texte de Bossuet y est moins altère (|ui; dans Lâchai: il n'y man(|ue que quelques variantes, et. de plus, elle contient des notices tlié(dogi(iues, Tort utiles i)our les recherches qui font l'objet de celle thèse.
LES ETUDES PATUISTIQIES DE lîOSSUET. l.J
théologie et surtout « des matières traitées dans la troisième [)artie de la Somme de saint Thomas (1) ».
Un passage seul concerne les Pères : De Pairum s/r/p(is, Palrumquc (tnctoritas, ubi sunt unanimes. Bossiiet y dit <[ue « l'autorité des Pères est encore plus grande, lorsqu'ils traitent des mo'urs et de la vie chrétienne cjue lorsqu'ils parlent des questions théologiques. Il faut lire et étudier les Pères assidûment, mais avec la docilité d'un disciple et non pas avec la hauteur d'un juge, pour les suivre et non pas pour les tirer à soi. Patrum de moribus et vita christiona l.raclantium, adhue cmctoritas major quam cum de rébus tJieologicis disscrunt. Patres assidue legendi et versandi, sed cum discipuli docililale , non judicis supercilio , et ut scquamur, non ut sequantur. » Bossnet parle encore « du suc et de la piété des Pères dans l'exposition des saintes Écritures : Patrum in exponcndis Script uris succus et pie tas » , et il les oppose « à la sécheresse des hérétiques et de ceux qui sont en quête de curiosités » (2), « Parmi les anciens Pères, ajoute-t-il, les uns, trop adonnés à la philosophie, n'ont pas pénétré profondément les secrets intimes de l'Évangile; mais les autres, élevés d'abord dans des écoles chrétiennes, ont parlé dune manière exacte et lumineuse des graves articles de la religion : E Patribus antiquis , alii, philosopliiac nimiutn addicti , interiora Evangelii non altius penetrarunt; sed alii in scholis christianis primum eruditi , pure et dilucide de gravibus religionis articulis disscrufrunf ». On voit par là que Bossuet préfère aux Pères apologétiques du second siècle, comme saint Justin et saint Irénée, les Pères du troisième et surtout du quatrième siècle, dont il fera ses délices.
Mais la partie la plus intéressante de ce recueil de notes est le début écrit en français : Traités des Pères les plus utiles pour commencer Vétude de la théologie. Ces deux
(I) Il n'y a là que des jalons, des indications sommaires, quelques vues générales : re n'est pas une exposition eompléte d'un plan de théologie, tel que Bossuet. parvenu à sa uialurité, aurait pu le concevoir. .Mais pour un projet d'études fait à vingt et un ans, il ne niainiuc ni de grandeur ni d'exactitude.
(i) Aridilas, c conlrario. haercliris cl curiosa venantibus.
pages nous montrent trop bien comment Bossuet s'adonnait à la lecture réfléchie des Pères, dès ses premières études théologiques, pour qu'il ne soit pas utile, nécessaire même de les reproduire ici.
Idée gi'u&i'aU' de la religion.
« Saint Augustin : I)e Catechizandis j'udibus; — ses quatre livres de la Doctrine chrétienne; — son traité de la Vraie Religion; — celui des Mœurs de F Église catholique : — son Enchiridion, adressé à Laurent.
Trinité.
« Le Symbole de Nicée; — celui de saint Athanase; — son Recueil des passages de l'Écriture, qui prouvent l'essence commune du Père, du Fils et du Saint-Esprit, t. I, p. 209 ; — sa Lettre. des décrets du concile de Nicée, p. 248, t. Il, p. 10, 16; — ses trois Lettres à Sérapion sur la divinité du Saint-Esprit, t. I. p. 173.
« Saint Grégoire de Nazianze , ses cinq Oraisons de la Théologie, XXX1II% XXXIV , XXXV% XXXVL, XXXVir.
(( Saint Augustin : Contre Maximin, arien; — les huit premiers livres de son ouvrage de la Trinité.
Incarnation.
« La Lettre de saint Athanase à Epictète.
« Celle de saint Augustin à Volusien; — son traité dr la Persérérance , particulièrement la fm où est expliquée la prédestination de Jésus-Christ.
« Les Lettres de saint Cyrille d'Alexandrie, ({ui furent ues au concile d'Ephèse, et celles ([u'il écrivit sur \ Accord avec les Orientaux.
« La Lettre de saint Léon à Flavien.
« La Définition du Concile de ChaU édoine.
« Les Arutthéiuatisiiies du V Co/icilr.
« La Définition du VL Concile.
« La Lettre de saint Bernard à Innocent II, contre Pierre Abailard, touchant la satisfaction de Jésus-Christ et la rédemption.
Grâce.
« Les huit Canons du Concile de Milet.
« Le livre de saint Augustin : De l'Esprit et de la lettre;
— ses deux ouvrages contre Julien; celui de la Grâce et du libre arbitre; — de la Correction et de la Grâce; — de la Prédestination des Saints; — du Don de la persévérance;
— ses Lettres ; — ses Sermons sur les Paroles de l'Apôtre.
(( Les Réponses de saint Prosper aux objections de Vincent de Lérins et du Collateur.
« Le Concile d'Orange.
((. La VP Session du Concile de Trente.
Sacrements.
« Les sept livres de saint Augus- ( Les uns et les autres Wm du Baptême contre les donatistes ; | sur l'efficace des sases livres Contre P arménien. ( crements en général.
<( Les Catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem pour l'Eucharistie principalement.
« Le traité de saint Ambroise de Initiandis ; — le traité des Sacrements qui est entre ses œuvres.
« L'homélie LXXXIII' de saint ( Chrysostome sur saint Matthieu; ) ces deux pour l'Eu-
« La XXIV sur la première E pitre ) charistie. aux Corinthiens^ ch. x; (
« Les Catéchèses de saint Gaudence.
« Les Catéchèses de saint Eucher.
« Le Concile de Trente.
Pénitence.
« Tertullien : De la Pénitence; — son traité de la Doctrine de l'Église; — celui de la Pudicité.
« Les Lettres de saint Cyprien; — son traité de Lapsis.
« Lettre de saint Pacien à Sernpronien, contre les Novatiens.
« Saint Ambroise, De la Pénitence.
« La dernière des cinquante Homélies de saint Augustin; — son Sermon XXXll" De Verbis Apostoli, sur la prière pour les morts ; — sou livre de Cura pro mortuis agenda. — Voyez aussi ÏEnchiridioîi, sur la nature de rame; — ses derniers livres de la Trinité, savoir les IX% X% etc.
Eglise.
« Les livres de saint Cyprien : De F Unité de i Église: — sa Lettre à Antonien.
« Le livre de saint Augustin : De l'Unité de l'Eglise; — sa Lettre CLXIL , et celles sur les Donatistes.
« Les Lettres de saint Ignace sur F autorité épiscopale.
« La plupart de celles de saint Cyprien sur le même sujet et pour le gouvernement ecclésiastique, particulièrement celles qu'il a écrites au pape saint Corneille, à Florentins Puppiénus, etc., sur t autorité du témoignage des Apôtres.
« Saint Jean Chrysostome : sa première Homélie sur saint Matthieu; — les deux premières sur saint Jean; — les quatrième et cinquième sur la première aux Corinthiens, I, 26. sur ces mots : Non multi nobiles; — sur la Force de la tradition et l'autorité des décisions de l'Eglise.
« Saint Irénée , livre IIP Contre les Hérésies.
« Tertullien : Des Prescriptions.
« Vincent de Lérins : Sur la forme des Jugements ecclésiastiques; — les premières Actions du Concile de Chalcédoine; — les Actes du V" Concile, du VP et du VIP.
Morale.
t de saint Justin, ( , ,, ., ,
, , . \ 1, . xi , \ ou 1 on voit les mœurs
" Apologe tiques l d Atnenag-oras, , i ,+•
; de lertulhen, (
« Le Pédagogue de saint Clément Alexandrin,
« Les Morales et les Ascétiques de saint Basile. « Le qualrième livre de saint Augustin De la Doctrine chrétienne.
Controverse contre les Juifs.
« Dialogue de saint Justin avec Tryphon. » On est étonné , quand on parcourt ces pages écrites par un jeune homme de vingt et un ans à peine, de trouver chez lui tant d'érudition , tant de connaissances patrologiques. Elles font honneur à la fois aux excellents professeurs de Navarre, qui guidaient si hien leurs élèves, et au génie précoce de celui qui apprenait à si bonne école à puiser dans les trésors des saints Pères toutes les richesses de la science théologique. « L'Écriture Sainte, dit l'abbé Le Dieu parlant des travaux de Bossuet à Navarre , sous les yeux de Nicolas Cornet, l'Écriture Sainte fut le fondement de ses études. Les saints Pères et les Conciles faisaient toute son application et l'occupaient beaucoup plus que les exercices ordinaires de la licence. 11 prit saint Thomas pour son maître dans la scolastique; il s'attacha de point en point à sa doctrine , et il se fît gloire toute sa vie de ne s'en être jamais écarté, parce qu'il en trouvait les princij)es plus suivis, plus sûrs et plus conformes à la doctrine constante de l'Église et de saint Augustin. C'est ce qu'on lui a ouï dire cent et cent fois, de sorte qu'il embrassa jusqu'à la prémotion physique de l'Ange de l'école (1). »
ARTICLE III
Etudes patristiques de Bossuet à Metz (mai 1652-février 1659).
Bossuet, prêtre (2) et docteur en avril-mai 1052, après une retraite faite à Saint-Lazare, sous la direction de M. Vin-
(I) Mémoires, t. I, p. 38.
(-2J 11 avait été ordonné sous-diacre le 21 septembre 16i8, à Langres par a son propre évoque » , Sébastien Zamet (Dijon n'avait pas alors de siège épiscopal), et
cent, comme on appelait alors saint Vincent de Paul (1), se vit offrir par Nicolas Cornet la grande maîtrise du collège de Navarre, dont le cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon. étaÀt grand provisci/r. Celte offre si honorable s'explique par les brillants succès qu'avaient obtenus à Navarre <( une infinité d'actions éclatantes (de Bossuet), qui méritaient d'être conservées à la postérité; ses thèses, ses disputes et le reste lui attiraient toujours Tadmiration des plus habiles gens : c'est le témoignage qu'en ont donné ses maîtres, MM. (iuischard, grand-maitre, et Dussaussoy, tous deux professeurs en théologie à Navarre d'autres docteurs, moins avancés en âge, (jiii l'ont vu briller dans la
licence M. Lefeuvre, professeur royal en théologie, à
Navarre, et le révérend père dom Jérôme Feuillant : l'nn et l'autre en parlent encore aujourd'hui avec admiration et savent des faits singuliers, surtout pour le succès de ses sermons et de son éloquence i2) ». D'ailleurs, la place de grand-maitre de Navarre, proposée à Bossuet, « ne pouvait , dit Le Dieu, nuire à son avancement, parce que, le faisant connaître au cardinal ministre (.î) , en travaillant avec luimême au moyen d'immortaliser son nom . il en devait attendre les plus grandes récompenses... L'abbé Bossuet ne
diacre le 21 septembre 1019, à Metz, où il était chanoine et où il passait les vacances, en donnant <ies preuves de sa piété par son assiduité à l'église. « Mesdames ses sœurs, dit Le Dieu, nous ont souvent raconté sa manière de saluer sa famille le soir en se retirant : Je m'en vais à Matines, disait-il. » {Mémoires , p. -2\.)
(I) « Cette retraite, dit Le Dieu, fut (pour Bossuet) une occasion de connaître intimement l'inslitueur de la Mission (des Prêtres de la Mission ou Lazaristes) et de se lier à lui d'une manière toute particulière. Ce saint homme, doué d'un discernement exquis, connut aussitôt le mérite de l'abhé Dossuet; il fut frap()é lie l'étendue et de la solidité d'un esprit si pénétrant et si lumineux, et encore plus de sa piété sincère, de l'innocence de ses mœurs, de sa simplicité, si on ose le dire, ou plut(U de sa candeur, de sa droiture, de son désintéressement, de sa modestie, qui était peinte sur son visage avec toutes ces vertus si chères et si estimées de .M. Vincent. Il voulut donc s'attacher l'abbé Bossuet et commença par l'associer aux Messieurs de la conférence des mardis. •
{■2) Le Dieu, Mémoires, t. I, p. 40. — Bossuet, à peine ordonné sous-diacre en 1»>'i8, avait clé reçu dans la Confrérie du llosaire. établie à Navarre. Il y prêcha cette anné(! même, en octobre, un sermon ((ui lit sensation. L'année suivante, après son diaconat, il devint directeur àa la Confrérie, qu'il èdilia pendant trois années par sa prédication élo<)uente.
(3) Il s'agit de Mazarin,qui aspirait avec passion, dit Le Dieu, à la gloire « de rcconsti'uire le collège de Navarre, conune Hichclieu avait re(;oDStruit la Sorbonne. Mazarin se lit nommer grand proviseur de Navarre en 1U.'>3, à la mort do l'archevêque de l.>oti t.
donna pas dans ce vain projet (1); mais, suivant naturellement sa vocation, il s'en alla à Metz, où il établit sa résidence , attaché au service de son canonicat et de son archidiaconé (2)... Il était le premier de jour et de nuit à tous les offices de l'Église, comme s'il n'eût d'autre talent <{ue de chanter les louanges de Dieu (3). «>
Bossuet, eu refusant la maîtrise de Navarre, pour aller remplir à Metz les fonctions de chanoine et d'archidiacre, « se conduisit, dit Sainte-Beuve, comme un jeune lévite militant, qui, au lieu d'accepter tout d'abord un poste agréable au centre et dans la capitale , aime mieux aller s'aguerrir et se tremper en portant les armes de la parole là où est le devoir et le danger, sur les frontières. » [Caxsfrtrs du Lundi, X, p. 187.)
« On ne voit pas, dit Lamartine dans son Portrait de Bossuet, 185V, on ne voit pas trace dun défaut dans son enfance ou d'une légèreté dans sa jeunesse ; il semblait échapper sans lutte aux fragilités de la nature et n'avoir d'autre passion que le beau et le bien. On eût dit qu'il respectait d'avance lui-même l'autorité future de son nom, de son ministère, et qu'il ne voulait pas qu'il y eût une tache humaine à essuyer sur l'homme de Dieu , quand il entrerait de plain pied du siècle dans le tabernacle. » Sainte-Beuve ajoute à propos du Sermon prêché par Bossuet à quinze ans dans les salons de l'hôtel de Rambouillet : « Il ne parait pas que Bossuet en ait été atteint en rien dans sa vanité , et il n'y a pas d'exemple d'un génie précoce ainsi loué, caressé du monde et demeuré aussi parfaitement exempt de tout amour-propre et de toute coquetterie. » [Causfrifs du Lundi, X, p. 187.)
Quand il avait prêché, pour se mettre à l'abri des ap-
(1) Nicolas Cornet lui ayant offert plus tard, une seconde fois, la place de i;rand-rnaître de Navarre, quand Mazariiieùt été nommé grand proviseur, Bossuet eut la modestie de la refuser de nouveau.
{-2) Il avait été nommé, par l'évêque de Metz (Henri de Bourbon, marquis de Verneuil), archidiacre de Sarrebouri;, en janvier 1052, et au mois de juin suivant, il prêta à Toul, devant le Parlement, le serment requis pour cette dignité ecclcsiastique.
(3) Mémoire.-^, t. I, p. li. Vi.
20 UOSSUET KT LKS SAINTS PKRES.
plaudissements, il se tenait caché chez lui, « rendant gloire à Dieu lui-même de ses dons et de ses miséricordes, sans dire seulement le moindre mot ni de son action ni du succès qu'elle avait eu... Il en usait de même dans toutes les autres occasions », ajoute Fahbé Le Dieu (1).
Bossuet allait passer à Metz sept années consécutives, 1652-1659. sauf quelques voyages à Paris et à Dijon, depuis le mois d'avril 1656 jusqu'à l'automne de 1657. Quelles furent alors ses études patristiques? Nous le savons par l'abbé Le Dieu, par Floquet, par iM. l'abbé Lebarq et par les œuvres mêmes de Bossuet.
L'abbé Le Dieu affirme que le jeune archidiacre de Sarrebourg et bientôt de Metz \^) « n'avait là d'autres occupations que la prière et que l'étude. Bossuet disait souvent que c'était à Metz , où , vivant sans distraction, il avait le i:)lus lu les saints Pères. . . Après les offices , il s'enfermait dans son cabinet et sur ses livres. Et c'est ainsi, qu'il a amassé ce fond inépuisable de doctrine dans la méditation de l'Écriture Sainte et dans la recherche de la Tradition (3)... Avec l'Écriture Sainte, l'abbé Bossuet lisait les saints Pères, à Metz, et principalement saint Chrysostome , saint Augustin : saint Chrysostome, pour y apprendre les interprétations de ses livres, propres à la chaire, pour se familiariser avec sa grande et noble éloquence et ses tons incomparables d'insinuation , qui lui faisaient dire que ce Père était le plus grand prédicateur de l'Église. Il louait aussi Origène, ses heureuses réiiexions et sa tendresse dans l'expression, dont il rapportait souvent cet exemple « qu'heureuses furent les tourterelles, dit Origène, d'avoir été offertes pour Notre Seigneur et Sauveur. Ne pensez pas qu'elles fussent semblables à celles que vous voyez voler dans les airs, mais sanctiliéespar le Saint- Esprit, qui descendit autrefois du ciel en forme de colombe,
(1) On a bien remai(|ué ()uo Bossuet s'approprie aisément ce dont il parle et ce sur quoi il s'appuie : mon texte, mon Évangile, mon niaitre, mon pontife, etc. — Mais ce n'est point chez lui personnalité ni arrogance; c'est que « sa personne propre est al^sorhéc et se confond dans la personne i>ublique du lévite et du prclre. Il n'est que l'Iioninie du Tios-llaut en ces nioinents. »
(-2) Il fut pioniu en août )<>.■)'* an grand arclildiaconc de Metz.
(.i) Mi'inoiirx. l. I, p. -il, V> cl VK
LES ÉTUDES PATRlSïlQUES DE BOSSUET. 21
elles ont été faites une hostie digne de Dieu. » M. de Meaux a pris d'Oi'igène une infinité d'endroits aussi doux et aussi tendres que l'on peut voir semés à toutes les pages du Commentaire de ce prélat sur le Cantique des Cantiques. Cette éloquence , douce et insinuante , a toujours été de son goût ; et tels furent les modèles de l'éloquence de la chaire qu'il se proposa dans sa jeunesse. Pour saint Augustin , il le lisait plus qu'aucun autre, afin d'y apprendre, disait-il, les grands principes de la rehgion. On voit, dans les Extraits de ce saint docteur, qu'il avait mis tous ses ouvrages par morceaux : tantôt il en remarque les principes de théologie, tantôt des desseins de sermons, des divisions, des preuves (1)... Saint Bernard était, à son avis, un des plus grands docteurs de l'Église après saint Augustin , son vrai disciple et très attaché à ses principes. Ce fut aussi celui auquel il s'appliqua davantage par la conformité de la doctrine, et il le possédait parfaitement... 11 n'avait pas moins étudié les autres Pères de l'Église dès le temps de sa longue résidence à Metz, et il y parut bien un peu après dans ses excellentes prédications, pleines surtout de saint Augustin et de saint Grégoire de Nazianze, qu'il mettait au-dessus de tous les Pères grecs (2) par la connaissance des mystères, quoiqu'il n'eût pas négligé les autres, qu'il savait employer si à propos (3). i>
Les Extraits et les cahiers des Notes, que l'abbé Le Dieu a eus entre les mains , nous manquent aujourd'hui pour apprécier les études patristiques du jeune orateur. Il n'en reste que des fragments épars dans les Cartons de Meaux, dans la collection Floquet et à la Bibliothèque nationale. Flo-
(1) Pourquoi faut-il «lue ces Extraits soient en grande partie perdus pour nous et qu'il ne nous en reste que quelques laniljeaux?
(2) Mémoires , t. I , p. 48-4<).
(3) S'il fallait en croire le ministre Jean Le Clerc , Bossuet aurait été incapable de lire dans l'original les Pères grecs, et il ne les aurait connus que par de médiocres et infidèles versions ou même par les tables des matières. Gandar, dans son livre Bossuet orateur, p. 99, prétend que Bossuet « n'était pas helléniste en sortant du collège , qu'il ne le devint que beaucoup plus tard (1670-1681) et qu'il citait les Pères grecs de seconde main, durant sa jeunesse. — Mais l'abbé Le Dieu nous affirme que Bossuet « apprit le grec à fond •, à Navarre, et, ûdin?, s&s Extraits , le grec est toujours soigneusement accentué.
22 HOSSUET ET LES SAINTS PEKES.
quet n'en parle pas dans le premier volume de ses savantes Etudes sur la vie di' Bossuet , où il consacre pourtant une douzaine de pages (1) à montrer « l'affection très vive de Bossuet pour les Pères de l'Église >» , durant son séjour à Metz ; son zèle ardent pour la eloire « de ces grands hommes, qui sont nourris de ce froment des élus, de cette pure substance de la religion , et pleins de cet esprit primitif, qu'ils ont reçu de plus près et avec plus d'abondance de la source même (2) » ; et sa prédilection pour saint Augustin , « l'aigle des Pères, le docteur des docteurs », comme il l'appelait dans un Sermon pour la vêture d'une postulante Bernardine , prêché à Metz en 1656. Cette prédilection ne lui faisait point négliger les autres docteurs de l'Église.
Gandar, dans l'excellent chapitre de son Bossuet oratfur intitulé Bu souvenir et de F imitation des Pères de iÉglise dans les Sermons composés par Bossuet à Metz (1652-1656) , ne parle pas plus que Floquet des Notes et des Extraits du jeune orateur, qui, apparemment, lui ont échappé.
C'est l'honneur de M. l'abbé Lebarq d'avoir « indiqué avec plus de précision qu'on ne Y avait encore ÎRit Jusqu'à lui, ce que l'orateur le plus prédestiné à la haute éloquence qui fut jamais, crut devoir s'imposer de soins pour se préparer, je ne dis pas à prononcer, mais à composer ses immortels discours.
« On nous l'a montré méditant la Bible, se plongeant tous les jours dans cette source sacrée, et s'en imprégnant si bien, si je puis ainsi parler, que son style en est devenu le plus antique des temps modernes, ou plutôt, comme celui des Livres saints eux-mêmes, le plus éternel, par ce caractère d'universalité qui le fait être de tous les temps et de tous les pays. On a aussi surpris, dès l'époque de son séjour à Metz, son ardente application à la la lecture des saints Pères, qui devait faire de lui un des grands continuateurs de la Tradition catholique, au moins dans son ensemble.
(1) Pages i!3l-2'»rj.
{•2) Défense de la Tradition et des saints Pères : liv. IV, cliap. xviii.
LES ÉTUDES PATRISTIQUES DE BOSSLET. 23
<( Mais nous pouvons préciser, eu le regardant de tout près à l'œuvre [i] . »
Et M. l'abbé Lebarq « entre résolument dans les habitudes studieuses de Bossuet » ; il ne craint pas de (( désenchanter au premier abord certaines imaginations légèrement romanesques, auxquelles ce grand homme pourra sembler amoindri, si on ne laisse pas supposer en lui une sorte d'érudition infuse et des pensées toujours subites et aussi imprévues pour lui-même que pour son auditoire ou pour ses lecteurs... La vérité, pour être un peu différente, n'en est pas moins belle. L'étude de documents irrécusables, puisqu'ils sont autographes, nous peut apprendre comment ces grandes pensées, qui nous saisissent autant peut-être par leur allure aisée et naturelle que par leur hauteur et leur portée incomparable, loin d'être en cette âme des accidents sublimes, faisaient, au contraire, son entretien habituel et s'excitaient en elle à l'occasion de son commerce presque quotidien avec les grands génies de l'antiquité chrétienne (2). »
M. l'abbé Lebarq montre ensuite que Bossuet, dans certains endroits de ses Sermons renvoie à des Extraits de l'Écriture, à des Remarques morales, qui n'étaient autres que des cahiers de Notes, rédigées les unes avant les stations de Carême et d'Avent fournies par notre orateur, les autres en vue d'une préparation plus lointaine à la prédication et au fur et à mesure que Bossuet, « cherchant avant tout à se nourrir dune doctrine pure et substantielle, dépouillait œuvre par œuvre les collections des saints Pères (3) ».
Ces cahiers étaient volumineux à l'origine; l'un d'eux, qui ne se compose plus que dune vingtaine de pages infolio, n'en comptait guère moins de deux cents, puisque la dernière feuille est cotée 192 par l'auteur lui-même (4). Il y a dans les Cartons de Meaux des Extraits d'Aristote, qui
(I) Histoire critique de la Prédication de Bossuet . 1888. Lille, Desclée , in-S'; Première partie; cliap. I", p. 3 el 4. (i) Iliidcm.
(3) Ibidem, p. 11.
(t) Ibidem , p. Ui.
2i B0S6UET ET LES SAINTS PERES.
remontent certainement à lépoque de Navarre, et qne M. Lâchât i^l), après M. Nourrisson ['2;, avait eu la malheu- *reuse idée de donner comme étant l'œuvre de Bossuet précepteur du Dauphin. II y a aussi, dans les cahiers autographes conservés à Meaux, « plusieurs feuilles où il est aisé, dit M. rab])é Lebarq . de reconnaître l'écriture de lépoque de Metz, si différente de celles de Meaux ou de Paris, qui contiennent des extraits et des analyses en latin et en grec de passages d'Origène, de saint Chrysostome, etc., sur le culte des images : il n'est pas douteux qu'elles n'aient été écrites à l'occasion de la Réfutation du Catéchisme de Ferry (3) ».
C'est donc avec un « formidable appareil d'érudition patristiqne » que Bossuet abordait la chaire chrétienne et la controverse dans cette ville de Metz, où le maréchal et la maréchale de Schomberg (Marie de Hautefort ) , qui l'honoraient de leur alfectueuse estime (4), l'assemblée des trois ordres 1 5j , qui le députa en 1653 à Stenay, auprès du grand Condé (6), et en 1658 à Sedan, auprès du maréchal Fabert (7) , le chapitre de la cathédrale 1 8) , le
(I) T. XXVI, p. '2i des Œuvres de Bossuet.
(-2) Essai sur la Philosophie de Bossuet, Paris. I8."."H.
(3) Histoire critique de la Prédication de Bossuet, p. 12;
(4) Bossuet, dans l'Épitrc dédicatoire de la Réfutation du Caléhisme du sieur Paul Ferry, dit au maréchal de Schomberg : • Certes , je serais peu reconnaissant de tant de bontés dont vous m'honorez, si je n'espérais l'appui de Votre Excellence que par des considérations générales. Tant d'honneurs que j'en ai reçus et que j'ai si peu mérités, tant d'obligations effectives, tant de bienfaits qui sont si connus me persuadent qu'elle favorisera cet ouvrage, que je vous offre comme une assurance de mes très humbles respects et de la perpétuelle fidélité qui m'attache inviolablement à votre service. » Bossuet parait avoir assisté le maréchal au moincnl de sa mort, à Paris, le 6 juin lti:iU. Il écrivait à sa veuve, <pii lui avait mandé un entrelien r|u'elle avait eu avec la reine-tncre : « .le ne vous ferai pas de remerciements de la part que vous m'y avez donnée; ce sont. Madame, des effets ordinaires de vos bontés; et j'y suis accoutumé depuis si longtemps qu'il n'y a plus rien de surprenant pour moi dans toutes les grâces (|ue vous me faites. »
(';) C'était un conseil permanent de députés de la /jourr/eoisie , du clergé, de la nolilesse, qui veillait aux intérêts du pays.
((;) Il s'agissait d'obtenir que la saurvgardr de Metz, qui coûtait lo.ooi) livres par an, ne fût pas augmentée par les agents de (".onde, qui voulaient rançonner la ville. Kcpoussée par Caillet, secrétaire des commandements de M. le Prince, la de- Mjande de Bossuet fut accueillie favorablement par Condé lui-même.
("j Cet illustre enfant de Metz venait d'être nommé maréchal par Louis XIV, le 2(»juin lti:is.
(«) Dés I(i.i4, le chapitre avait voulu que Bossuet fût d'un conseil composé de qui'hpies chanoines et chargé de décider des affaires de l'église de Metz. Le 29 mai de la même année, les chanoines le nommèrent à l'unanimité solliciteur de leurs
clergé (1), révêqiie (2) et son siiETragant , Pierre Bédacier, évèqiie d'Auguste (3), les Protestants (4) et les Juifs euxmêmes (5) rendaient hommage à la science, à la piété/ à la mansuétude, à l'éloquence du jeune et brillant archidiacre.
La Réfutation du Catf'cJiisme du sieur Paul Ferrij, ministre de la religion pré fendue réformée, que ses coreligionnaires appelaient le ministre à la bouche d'or, nous apparaît dès l'année 1655 comme une preuve éclatante des études patristiques de Bossuet. — La Première vérité qu'il établit : Que Von peut se sauver en la communion de VÉqlise Romaine (6) , est bien prouvée par les principes du ministre (7) ; mais elle ressort surtout de ce fait que « la foi du Concile du Trente touchant la justification et le mérite des bonnes œuvres nous a été enseignée par l'ancienne Eglise et qu'elle établit très solidement la confiance du fidèle en Jésus-Christ seul (8) ». Les chapitres iv, v, vi, [Belle doctrine de l'apôtre, très bien entendue par saint Augustin), les chapitres vii-xi, xm, xiii, et dernier de cette Section deuxième sont remplis de textes de saint Augustin, tirés de son livre Contra dnas Epistolas Pelagi, de ses Lettres 89 (157), 23, 105, et 106, de son traité De Pec-
aflaires : il devait plus tard être élu syndic (-20 avril l()o8). — Voir Floquet, Études, t. I, p. 373-0.
(1) Bossuet et son pcre prirent part à la fondation du Grand Séminaire de Metz, après la mission prêcliée par les I.azaristes en 16.j8, et achetèrent le terrain où devait s'élever cet établissement.
(•2) C'était Henri de Bourbon , marquis de Verneuil, qui estimait beaucoup Bossuet et qui ne donna sa démission que le .'} mai 16."i9, très probablement grâce à l'influence de l'archidiacre de Metz, alors à Paris.
(3) Bossuet, en IG'iS, prit parti pour lui dans le conflit survenu entre le doyen du chapitre et le sulTragant : le chapitre approuva liauteinent la conduite de Bossuet. " Pierre Bédacier, dit Le Dieu, aimait tendrement l'abbé Bossuet, se servait fort de son conseil et de ses lumières, et l'appliquait à toute sorte de fonctions, mais principalement à la controverse avec les Calvinistes. ->
{'() Il eut le bonheur de recevoir l'abjuration de l'avocat Gaspard de Lallouette (-21 avril 1K)3); il devint supérieur ou directeur de l'asile de la Propnçjation de la Foi, établi à Metz pour les jeunes filles protestantes ou juives converties.
(5) Bossuet en convertit deux, les frères de Veil (I65't); mais ils devinrent protestants l'un et l'autre.
(6) Paul Ferry, dans son Catéchisme général de la Réformation (1634), s'efforçait de prouver • qu'on avait pu anciennement faire son salut dans l'Église catholique romaine, mais que, absolument, on ne l'a pu faire depuis la Réforme, surtout après l'année VUS ».
(7) C'est le titre môme de la Section première.
(8) C'est l'intitulé de la Section deuxième.
2G BOSSUEÏ ET LES SAINTS l'EUlîS.
cato oi'iginali , de ses livres Des mêrllos cl de la rémission des péchés, De l'esprit de la lettre , « où il traite excellemment la question » de la justification par la foi, du Traité sur saint Jean , du De naturn et gratta , du De correctione et gratia^ de La Cité de Dieu, du De gratia et liber 0 arbitrio. iN"est-ce pas là une érudition étonnante pour un jeune homme de vingt-sept ans? Il ne craint pas de dire, chap. xii, que « le seul témoignage de saint Augustin est capable de convaincre les plus obstinés. Car qui ne sait que ce grand évêque est celui de tous les saints Pères qui a disputé le plus fortement contre ce mérite pélagien qui s'élève contre la gloire de Dieu? Et toutefois cet humble docteur, ce puissant défenseur de la grâce , dans les lieux où il foudroie les pélagiens, prêche si constamment le mérite qu'il est impossible de ne voir pas que le mérite établi par les vrais principes, bien loin d'être contraire à la grâce, en prouve clairement la nécessité et en fait éclater la vertu ». — La Seconde vérité, que le « salut est impossible dans l'Eglise réformée » , est bien établie encore par l'autorité de saint Augustin [Traité du Baptême, Sermons, Lettres, Enchiridion, etc.); mais Bossuet allègue de plus des textes de Tertullien chap. ii), du « grand saint Basile », de « saint Grégoire, évêque de Nysse, frère de cet admirable docteur », de saint Jérôme [Épttre à Marcelle) , de saint Optât, « qui vivait au quatrième siècle, et qui était « un grand évêque, écrivant contre Parménian, donatiste » (chap. m), du « grand Cyprien, plus ancien qu'Optât » chap. iv), de saint Bernard, de Gerson, de Pierre d'Ailly i chapitre dernier). — On comprend qu'appuyé sur le témoignage de tant de Pères et de docteurs, Bossuet dise dans son Avertissement : « Je conjure nos adversaires de lire cet ouvrage en esprit de paix et d'en peser les raisonnements avec l'atteution et le soin que méritent des matières de cette importance. J'espère que la U.'cturc leur fera conoaitre que je parle contre leur doctrine, sans aucune aigreur contre leur personne; » et dans sa Conclusion éloquente : « Votre nouveauté s'égalera-t-elle à cette antiquité vénérable, à cette constance de tant de
siècles, à cette majesté de l'Église? Qui êtes-vous et d'où venez-vous? à qui avez-vous succédé? et où était l'Eglise do Dieu, lorsque vous êtes tout d'un coup parus dans le monde? Et ne recourez plus désormais à ce vain asile d'Ég-lise invisible, réfuté par votre ministre; mais recherchez les antiquités chrétiennes ; lisez les historiens et les saitifs docteu7's. »
Si Bossuet, dans son premier livre de controverse, se faisait ainsi le défenseur de la Tradition et des saints Pères , il s'inspirait encore d'eux dans les Sommons de cette époque, les Sermons de Metz (1652-1659), dont il nous reste cinquanle-sept pièces : trente et une de 1652 à 1656, treize de l'interruption du séjour à Metz, 1656-1657, et treize de la lin de l'époque de Metz, 1657-1659.
Gandar a pu dire en toute vérité , dans son Bossuet orateur, p. 80 : « Il est curieux de mettre à part et de lire avec attention les sermons composés à Metz : on y ressaisit en quelque sorte la trace des lectures de Bossuet et on voit avec quelle ardeur il étudiait alors les Pères , avec quelle vénération toute filiale il se glorifiait de reproduire , sans y rien changer, « l'excellente doctrine », les « admirables raisonnements », les « belles paroles », de ces « grands personnages. »
Ce qui prouve le mieux que le jeune orateur écrit ses discours sous l'impression de ses récentes lectures des saints Pères, ce sont les défauts mêmes des Sermons de Metz , les longueurs, les digressions, les hors-d'œuvre, auxquels il se laisse aller, avec l'intempérance de la jeunesse , pour faire entrer dans ses développements un passage qu'il vient de lire pour la première fois et qui lui a causé une émotion profonde.
Ainsi, le Sermon sur la bonté et la rigueur de Dieu envers les pécheurs, prêché dans la cathédrale de Metz le 21 juillet 1652, contient, au début, deux grandes pages — édition Lebarq (1) — sur « la doctrine si extravagante des
Marciouites, les plus insensés hérétiques qui aient jamais troublé le repos de la sainte Église ». Bossuet ^lent de lire le traité Con/rr Marcion , Adversm Marcionem , et il veut « recueillir entre autres une leçon excellente du grave TertuUien (1) ».
Le premier point roule encore en partie sur des paroles de Tertullien, « ce grand homme.... qui dit fort à propos,... qui dit très bien... De suo optimus ^ de nostro juslus (2) »,
Tertullien et le traité Contre Marcion reviendront à la fin du discours, après « la belle réflexion que fait le docte saint Jean Chrysostome » et trois ou quatre pag-es qui sont le résumé du De Bello judako et du siège de Jérusalem, avec des souvenirs de « la Vie dWpollonius Ti/ancus » par Philostrate.
D'ailleurs, les pages qui suivent ce sermon dans les Manuscrits de Bossuet contiennent des extraits de Josèphe et des Pères, écrits en vue de ce discours : il y a d'autres extraits de Josèphe, rédigés plus tard, à l'épocjue du Discours sur r Histoire universelle, pour la seconde partie duquel Bossuet relut son ancien sermon, qui remontait à vingtcinq ans (3).
Dans le Sermon sur la Nativité de la sainte Vierge, prêché le 8 septembre 1652, devant le maréchal de Schomberg, nous voyons défiler et « les saints Pères qui ont assuré » , et saint Jean Chrysostome dans le premier livre du Sacerdoce, et « l'admirable saint Grégoire, qui dépeint en ces termes la conception du Sauveur », et saint Bernard, et « le docte saint Thomas » (dans la question XIP de sa première partie) », et « la doctrine de saint Augustin , que vous trouverez merveilleusement expliquée en mille beaux endroits de ses excellents écrits », et « une belle pensée de saint Epiphane, qui assure (dans Y Hérésie, lxxviii) etc., et « un i)assage célèbre de saint Augustin dans le livre de la Sainte Virtjinilé, où ce grand docteur nous enseigne que la Vierge,
M) Voir plus loin, cliap. m do cet ouvrage, p. 1:20-2.
(•2j Ces paroles sont tirc(!s du Df rnsurrrctionr car)iix, I i.
(."îj Leijarq, Œmi'. nrnl. <lf Boxs. t. ï, p. 13-2; et Gandar fîos-. ornt.. p. 70.
selon le corps, est mère du Sauveur qui est notre chef, et, selon l'esprit, des fidèles qui sont ses membres », et ce même saint Augustin qui dit que c'est par le cœur que Marie nous a enfantés. — Il est vrai que ce sermon a quatre points , chose unique dans les œuvres oratoires de Bossuet. Il est vrai aussi que dans le Panégyrique de saint François d'Assise, prêché à Metz, le 4 octobre 1652, Bossuet ne cite que quatre fois le grave Tertullien , une fois « l'admirable saint Jean Chrysostome », et une fois « l'admirable saint Augustin ». Il est vrai entin que dans le Sermon pour la veille de la Fête de la Conception de la sainte Vierge , 7 décembre 1652, saint Augustin ne parait qu'uue fois et « le grave Tertullien» lui-même n'occupe que deux pag-es, avec une « remarque très bonne », avec « une autre doctrine excellente, merveilleusement expliquée... au livre II Contre Marcion, où ce g-rand homme raconte, etc.. » ; avec cette « belle doctrine d'où l'orateur tire un raisonnement qu'il supplie ses éditeurs de comprendre » ; avec « ce beau passage,... qui explique si bien cette vérité » ; enfin avec « les conséquences que Bossuet prétend tirer de ces savants principes de Tertullien ». Il s'agit du dogme de l'Immaculée Conception, dont Bossuet dit deux cents ans avant sa définition : « Après les articles de foi, je ne vois guère de chose plus assurée. »
Dans les dix Sermons qui nous demeurent de l'année 1653, « l'admirable saint Jean Chrysostome est cité deux fois, saint Grégoire le Grand une fois, « le grand saint Thomas » une fois, saint Jérôme une fois, saint Léon deux fois, « le saint évêque de Lyon, le grand Irénée, l'honneur des églises des Gaules », deux fois, « fadmirable, le docte, l'incomparable saint Augustin », vingt fois, et « le g-rave, le docte Tertullien » , trente fois. Le Sermon sur les démons débute par des extraits de Tertullien et de saint Augustin sur les démons.
Nous avons de l'année 165i huit Sermons, où l'on relève une fois le nom de saint Jean Chrysostome, une fois celui de saint Jérôme, une fois celui de saint Cyprien, « cet il-
30 BOSSUET ET LES SAlMS PERES.
lustre défenseur de T unité ecclésiastique, » une fois celui de saint Ambroise , « ce grand évèque avec son éloquence ordinaire », une fois celui d'Eusèbe deCésarée, une fois celui de saint Pacien, sept fois celui de Tertullien avec « son merveilleux apologétique, » et dix-sept fois celui du « grand saint Augustin ». Le texte du Smiion sur r Ascpiision est écrit en grec par Bossuet.
La lecture des six Sermons qui restent de 1655 permet d'y constater une citation « du grand saint Basile, l'ornement de rÉg-lise orientale , le rempart de la foi catholique contre l'hérésie arienne » , une de saint Thomas , deux de saint Eucher, deux, « du saint martyr Irénée, cet illustre ornement de l'Église gallicane », dix du grave Tertullien et une trentaine de « l'incomparable saint Augustin ». Tout le verso de l'une des feuilles du Sermon pour la fête de fAnnoncialion est couvert de textes latins de Tertullien (1), de saint Augustin, de saint Eucher. Le texte d'un Sermon de véliire est encore en grec.
En 1656, onze Sermons, où l'on trouve Origène, saint .lérôme, saint Fulgence, saint Thomas, saint Ghrysostonie, saint Grégoire de Tours, saint Bernard, cités une seule fois, Tertullien vingt-sept fois et saint Augustin trente-trois fois. A la suite du Sermon pour une postulante Bernardine , Bossuet avait transcrit des textes de saint Bernard dont il s'est inspiré pour la péroraison.
En 1657, cinq Sermons ou Pané(/)/rirpies, où Salvien, Origène, saint Épiphane, « le grand saint Ambroise », saint Basile de Séleucie, saint Chrysostome sont nommés une fois, le grave Tertullien douze fois et « l'incomparable saint Augustin » dix fois.
De 1658, il nous reste onze pièces oratoires, où nous trouvons une citation de saint Prosper. de saint Eucher, de saint Basile de Séleucie, de saint Grégoire le Grand, de saint liernard, trois de saint Paulin de Noie, « ce digne prélat » , <juatre de saint Jean Chrysostome, dix du grave Tertullien et dix-sept du grand, de l'incomparable saint Augustin.
O.'tte îinalysc nous montre qu'à l'époque de Metz Bossuet
LES ÉTUDES PATRISTiQUES DE BOSSLET. 31
ne lisait guère les Pères f/recs et ne citait que rarement saint Chrysostome, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, Origène et saint Épiphane.
C'est l'étude des Pères latins qui absorbait alors à peu près complètement l'esprit de Bossuet : il admirait saint Cyprien , saint Fulgence, saint Paulin, saint Optât, saint Bernard, saint Thomas, saint Grégoire le Grand, saint Léon le Grand, le « merveilleux Apologétique du docte, du grave Tertullien », (c ce célèbre prêtre de Carthage », dont le eénie ardent et foueueux avait sédait la jeune imae,'ination de Bossuet, si bien que W Freppel a pu dire : « Bossuet est l'écrivain des temps modernes qui s'est le plus inspiré de Tertullien (1) ». — Toutefois, même dès l'époque de Metz, c'est saint Augustin que Bossuet cite le plus souvent : il ne se lasse pas d'admirer « la profonde théolog-ie, la belle doctrine merveilleusement expliquée du grand, de l'admirable, de l'incomparable saint Augustin ». Mais ce n'est pas en 1658, comme l'ont dit Floquet, Études, t. I, p. 233, ^SV, et Gandar, Bossuet orateur, p. 100, que le jeune archidiacre de Metz a appelé l'évêque d'Hippone « le père et le maître de tous les prédicateurs de l'Evangile, le docteur de tous les docteurs ». M. l'abbé Lebarq a établi que le Sermon ch^ rêture cV une postulante Bernardine où se trouvent ces belles paroles est du 28 août 1659 : « Si la date liturg'ique est certaine , dit-il , l'année me parait l'être aussi, après un examen plusieurs fois répété du manuscrit ». Quant à « la g-rande ville » dont parle l'orateur, on ne sait s'il s'agit de Paris ou d'une capitale de province comme Metz. Quoi qu'il en soit, à Metz, comme à Paris, Bossuet était convaincu que l'autorité de saint Aug-ustin suffit à trancher toutes les difficultés. Le 8 septembre 1652, il prêchait pour la première fois devant le maréchal et la maréchale de Schoniberg- et il osait dire (second point, I, p. 177, édit. Lebarq) que Jésus « en recevant d'elle (Marie) la vie, lui est redevable et d'une partie de sa gloire, et même en quelque
(I) Terlidlien, t. H, p. 100.
façon de la pureté de sa chair ». Il comprenait bien que cette proposition pouvait « paraître un peu extraordinaire, du moins au premier abord )> ; « mais, ajoutait-il aussitôt, je prétends l'établir sur une doctrine si indubitable de l'admirable saint Augustin que les esprits les plus contentieux seront contraints d'en demeurer d'accord ». Et après avoir expliqué cette doctrine, il disait : « Comme ce n'est pas ici le lieu d'éclairer cette vérité , je me contenterai de vous dire, comme pour une preuve infaillible, que c'est la doctrine de saint Augustin, que vous trouverez merveilleusement expliquée en mille beaux endroits de ses excellents écrits, particulièrement dans ses savants livres contre Julien le Pélagien. »
Voilà comment, dès la première heure, vibraient, pour ainsi dire, à l'unisson la grande âme de Bossuet et celle de l'illustre évoque d'Hippone.
ARTICLE IV
Études patristiques de Bossuet à Paris (février 1659-7 février 1682) (1).
C'est au commencement de 1659, très probablement au mois de février (2) , que Bossuet quitta Metz et vint s'établir à Paris, où il devait demeurer vingt- trois ans.
Il devait y traiter, au nom du chapitre de Metz, d'affaires ecclésiastiques importantes. D'ailleurs, les souvenirs qu'avaient laissés ses prédications de 1G57 à Navarre (3) dans
(1 ) C'est la date de rcnlrôe do lîossuet à Ulcaiix : il avait été nomme évêque de ce diocèse le -1 mai KiSi et préconisé le 17 novemhre de la même année.
(2) Cela ressort d'une lettre que Colljertde Croissy, intendant d'Alsace , accorda au conseiller Bossuet pour son lils, l'abbé Bossuet, et qui devait lui servir d'introduction chez le futur minisire de Louis XIV, le s'and Colbert. Celle lettre est datée du 4 février •!(>;)!> : « i»uoique les mérites de M. l'abbé Bossuet, dit-elle, soient assez connus pour trouver partout un favorable accueil et que je sois bien persuade que mes lettres ne pourront ))lus rien ajouter à l'estime que vous en faites, Je ne laisse pas de le prier, etc.. .
(.'!) « i:n 1(m7, dit Le Dieu , i)arlant sans doute d'après les Registres de Navarre, un dimanche fctc du Kosain;, à l'occasion de cette Confrérie, il fit un discours <lonl on parl(! encore avec admiration. » — C'est le second Sermon pour la fête du Ko.iaire : Lcban], t. Il, p. .iia et suiv.
l'église des Jacobins églises
1), aux Feuillants (2) et dans d'autres
(3) le faisaient réclamer partout à Paris (i). Saint
(I) Bossuet y avait prononcé (rue Saint-Honoré) le Panégyrique de saint Thomas (l'Aquin. ie 7 mars IG.-;7, et le gazelier Loret l'avait célébré avec entliousiasme dans ces vers macaroniques :
Monsieur l'abbé Bossuet, Que d'ouïr on est Ijien aise....
T'uisqu'enfin c'est son élément De discourir divinement.
Le jour du Docteur Angélique, Cet orateur évangélique .
Mais orateur, s'il en fut onc, Dans les Jacobins prêcha donc Et du saint publiant la gloire, Charma si bien son auditoire Contenant plusieurs gens lettrés Et (lu moins six ou sept Mitres, Que tout de bon la voix publique Loua tant son panégyrique Qu'il fut. étant de tous prisé.
Lui-même panégyrisé.
L'un soutenait à sa louange
(-2) Il s'agit Ici des Feuillants de la rue second Panéç/yrique de saint Joseph . le sa Muze historique du 24 mars l(i.">7 :
Bossuet, ce jeune docteur, Cet excellent prédicateur.
Et dont l'éloquence naissante Est si pressante et si puissante, Lundi, dans les Feuillants, prêcha Et plus que jamais épancha Dans les cœurs de son auditoire Le dégoût de la fausse gloire Et de ce grand éclat mondain Que les sages ont à dédain Et(iui n'est qu'une piperie.
Qu'il possédait un esprit d'ange.
Alléguant ce raisonnement
Qu'il prêchait plus qu'humainement.
L'un disait : .4 voir son visage ,
Il est encor tout jeune d'âge.
Et pourtant où voit-on des vieux
Édilier et prêclicr mieux?
Bref, sa harangue finie ,
Toute l'illustre compagnie
De l'exalter prit de grands soins ..
Je sentais «lue son éloquence
Avait touché ma conscience.
Dissipé presque ma langueur.
Et réchauffé mon tiède cœur.
Il jiresse . il enflamme , il inspire.
... Ce jeune prédicateur
Est une lumière nouvelle...
Saint-Honoré, où Bossuet avait prêché son 19 mars 1G,">7 : le gazetier Loret disait dans
Alléguant l'époux de Marie, Qui se plut, exempt de péché.
D'être un trésor toujours caché.
Il débita cette matière Avec tant d'art et de lumière, .Avec tant de capacité , Avec tant de moialité , Que l'Éminence Baberine Admirant sa rare doctrine Et plus de vingt-deux prélats De l'ouïr n'étaient jamais las!
(3) Allusion surtout à l'Hôpital général, où Bossuet avait prononcé, le 30 juin 1(>,")7, le Panri/yrique de saint Paul qui nous reste et qui n'est pas le fameux Surrexit Paulus. Gandar et M. Gazier placent Inen ce Panégyrique en Ki.';;»; mais M. l'abbé Lebarq revient à l'opinion de Floquet.
(4) Ou savait, d'ailleurs, à Paris le succès extraordinaire qu'avait obtenu le jeune archidiacre de Metz, préchant pour la première fois devant la cour. Louis XIV, âgé de dix-neuf ans , était entré solennellement à Metz le 18 septembre 1057. Anne d'Autriche avait voulu entendre Bossuet prêchant le Panégyrique de sainte Thérèse, to octobre : le gazetier Loret racontait ainsi la chose, le -2!) octobre suivant :
Bossuet, docteur signalé,...
Prêcha , me dit-on , l'autre jour Devant notre Reine et sa cour.
.\yant pris pour matière et téze (sic) Les vertus de sainte Thérèse , Cette reine, dit-on aussi, L'ordonnant et voulant ainsi.
Outre la dite Majesté Ayant Monsieur à son côté ,
Multitude de personnages Savants, qualiliés et sages Qui l'oyant attentivement Firent de lui ce jugement Qu'un jour son éloquence exquise Ferait un grand bruit dans l'Église...
Ce sermon, beau par excellence.
N'étant ni trop long ni trop succinct Tous se louèrent du prédicateur,
\'inccnt de Paul l'avait prié de donner la retraite à Saint- Lazare pour l'ordination de Pâques, en 1659, et Bossuet allait prêter l'appui de sa parole déjà célèbre à diverses œuvres, fondées ou développées par l'inépuisable charité de l'homme de Dieu (1).
Nous savons par l'abbé Le Dieu que Bossuet « choisit son logement au doyenné de Saint-Thomas du Louvre (2) , avec M. de Lamet, son ancien ami, docteur de Navarre, comme lui. et doyen de cette église, depuis curé de Saint-Eustache,' avec l'abbé du Plessis de la Brunetière , depuis grand-vicaire de Paris et évêque de Saintes; l'abbé d'Hocquincourt, depuis évêque de Verdun; l'abbé Janon, son parent (3); l'abbé Tallemant, l'aine, prieur de Saint-Irénée de Lyon; et Saint- Laurent (4), alors introducteur des ambassadeurs auprès de Monsieur, et mort depuis faisant les fonctions de gouverneur de M. le duc d'Orléans d'aujourd'hui. C'était une agréable société (5) de gens de lettres et d'une probité bien connue (6) ».
Dans ce miheu si distingué, si intelligent, si bien en harmonie avec la piété profonde du digne ami de saint Vincent de Paul, Bossuet, âgé de trente-deux ans à peine, consacrait tout son temps à la prière et au travail. « Tout occupé
De sa rare et sainte métliocle. Le cardinal,..
De son discours net et coulant. Qui goûte fort les belles choses,
De sa bonne grâce en i)arlant. Que l'on prêche, écrit, dit ou fait,
De sa douceur insinuante. 8e déclara plus que satisfait.
(1) Le jeune archidiacre de Metz n'oublia pas les œuvres analogues fondées en Lorraine. « AL l'archidiacre Bossuet a procuré une partie des bienfaits de la Reiiie- Jlére », dit le Cartulaire de la Propagation de la Foi à Metz. Il mentionne également les dons personnels de l'archidiacre. (Floquet, Études. 1. 1, p.Vi"-'*;;!).) — Le 10 septembre Kitit, Bossuet fut élu doyrn du chapitre de Metz, à l'unanimité moins une voix, la sienne.
(2) Une circulaire imprimée des chanoines de Metz à tous les chapitres du royaume (12 seplcmljre H>">!t) dit <|ue toutes les réponses doivent être adressées à l'aris, où les recevra « M. l'abbé Bossuet, chanoine et grand archidiacre de Téglise de Metz, logé au Doyenné de Saint-Nicolas du Louvre, vis-à vis de réglisc collégiale de ce nom ».
(3) Compatriote de Bossuet, issu comme lui d'une famille parlementaire de Dijon, il était grand obédieiu;ier de la collégiale de Saint-.Iust de Lyon.
CO Ce l'arisot de Sainl-Laurent. Iaï(iue, a cic l'ami d(' Kaciin; et de Boileau, comme on le voit par leurs lettres d'août 1(>8".
("i) Des aj/prohalioiis données par Bossiuît à bon nombre <le livres (|u'il avait eu à examiruT, des actes notariés où il (igure. de umo à Kii!!'. élabiisstmt (pi'il habitait encore le Doyenné de Saint-Tliomas du Louvre lors(iu'il fut nomme évé(iue de Condom, le 8 septembre l(;ti!».
(ti) Mnnoirrs de Le Dieu , t. L |>. <'8.
de ses études et des fonctions de son saint ministère, il ne pensait pas à faire fortune. Ses amis y songèrent pour lui. On voulut alors le faire curé de Saint-Eustache de Paris. M. de Verneuil, auparavant évêque de Metz , qui connaissait particulièrement notre abbé, lui destina la cure de Saint-Sulpice, dont il était patron en qualité d'abbé de Saint-Germain des Prés. On le jugeait capable de tout et on lui souhaitait toutes ]es places (1) ». Pour lui, il n'accepta que le doyenné de Gassicourt, près de Mantes, dont Pierre Bédacier, suffragant de Metz, se démit en sa faveur (octobre 10(j0) , et le doyenné du chapitre de Metz en 1664.
Il prêchait avec un succès de plus en plus grand en 1659, chez les Filles de la Providence (2) , aux Grandes Carmélites (3), à l'Hôpital général (4), aux hicurables (5), aux Petits Augustins (6), aux Feuillants (7), aux Nouveaux Convertis (8). — L'année 1660 est Tannée du Carême des Minimes (9), la première station que Bossuet ait prêchée dans la capitale (10), l'année du Sermon pour la fête de la Visitation, à Chaillot , devant la reine d'Angleterre, du Panégyrique de saint Jacques, du premier Sernwn pour VAssomp-
(I) Le Dieu : Mémoires , t. I . p. (>9.
(-2) Où il donna le beau Sermon sur l'éminenle dir/nité des Paunres.
(3) Où il reprit, sur l'ordre d'Anne d'Autriche, le Depositum custodi (premier Panégyrique de saint Josepli).
(4) Où il prèciia le jour de la Compassion.
(.'>) Il leur donna le Sermon sur la Natirilé de la sainte Vierge, le premier des éditions ordinaires de Bossuet.
(0) Il y prêcha à roccasion de la canonisation de saint Thomas de Villeneuve. Loret disait dans la Muse historique du 31 mai 1659 :
Mais ce qui fut plus à la gloire Que ce docteur presque angélique.
De ce saint, d'heureuse mémoire L'éloquent abbé Bossuet,
Et dont si grand est le renom , Digne un jour d'avoir un rochet.
Fut un admirable sermon , Fit en l'honneur de ce saint homme
Ou plutôt son panégyrique Le dernier qu'on ait fait à Uome.
(7) Il y donna le -2 octobre \in Sermon sur les Anges Gardiens, à l'occasion de rinauguration de l'église du noviciat des Feuillants, rue d'Enfer, et non pas prés des Tuileries, où était le grand monastère de ces religieux.
(8) Il y prêcha le quatrième dimanche de l'Avent.
(!») " Le Carême des Minimes, dit Gandar dans son Bossue/ orateur, p. 204. ]iréché, en 1(>:>8 d'après Le Dieu, en IU.'>9 d'après Deforis et tous ceux qui l'ont copié, l'a été, en I(i»iO, comme M. Floquet l'a solidement établi. » M. l'abbé Lebarq est aussi de cet avis. Histoire critique, p. 180.
(10) Ce n'était qu'un petit Carême, c'est-à-dire qu'il ne comportait (ju'un sermon par semaine. Bossuet eut auparavant à prêcher trois jours consécutifs, les 13, 14, l.'i lévrier, aux Nouvelles catholiques, auK Nouveaux Convertis et aux Minimes. — Nous avons onze Sermons du Carême des Minimes.
lion et de la Y Hure de M'" de Bouillon de Château-Thierry aux Carmélites. — L'année 1661 fut marquée par le Carême des Carmélites et par les Panégijriques de saint Pierre et de sainte Catherine (1). — En 1662, Bossuet donna à la cour sa première station (2), qui lui valut les éloges du roi (3) et « marqua pour lui, et d'une façon plus générale, pour l'éloquence religieuse en France au dixseptième siècle, ce point si difficile à saisir, qui est celui de la maturité et de la perfection (4) ». — En 1663, d'où il faut rejeter, comme Gandar (5) et M. l'abbé Lebarq (6) l'ont définitivement établi, « ce que tous les biographes, tous les critiques, tous les éditeurs de Sermons ont pu dire, sur la foi de l'abbé Le Dieu , de dom Deforis et de l'abbé Maury, d'un Carême que Bossuet aurait prêché dans ce couvent des Bénédictines du Val- de-Grâce où la reine mère aimait à se retirer » , les monuments authentiques de la prédication de Bossuet sont ses Semions aux Nouvelles Catholiques (7), aux Nouveaux Convertis (8), à l'Hôpital général (9), au Val-de-Grâce (10), à Saint-Nicolas du Chardonnet (il), Toraison funèbre de Nicolas Cornet (27 juin) et l'Avent partiel aux Carmélites de la rue du Bouloi (12). — De 166V, année moins féconde, il ne nous reste qu'un Sermon sur la Circoncisio7i , un Sermon pour le 2" samedi de Carême, le Panégyrique de saint Sulpice , prêché devant la reine mère , et les Sermons de vêture de
(I) Voir ral)l)é Lebarq, Histoire critique, p. 18i-l!).S. — il nous reste huit Sermons du Carême des Carmélites.
("2) Sur di\-liuit Sermons qui furent prêches à la cour, douze et un fragment nous sont parvenus.
(3) On sait(|ue Louis XIV lit écrire au père de Bossuet par le conseiller Uosc " une lettre fort belle » , où il le félicitait d'avoir un tel lils.
(4) Gandar. Bossuet orateur, x>. -408. — Rossuet prêcha encore, eu \Wfl,YOraisoii funèl/rc du P. de Bourgoing (i décembre) et le Ptinéfjyric/ue dv, saint François de Sales {'28 décembr(^).
(.">) Bossuet orateur , p. l'Ji et 3U.
(()) Histoire critique , p. lin et suiv.
(7) Troisième vendredi de Carême.
(s) Sermon sur la Femme adultère (quatrième samedi de Carême).
(9) Le jour de la Compassion de la Sainte Vierge.
(10) Le l.'i août, devant la reine mère.
(II) Le Dieu nous apprend que Bossuet y fit, en I»;(i:î, « les Kntreticns. plusieurs seniaiiHis de suite , pour la bourse cléricale ».
(\-2)\.-A Liste fies j/rédicateurs nous apprend que » M«' l'cvêtiue d'Amiens (François Faure) prêchait concurremment « avec .M. l'abbé Bossuet ».
LES ÉTUDES PATRISïlQLES DE BOSSUET. 37
iM"" d'AUjert à Jouarre et de la comtesse de Rochefort aux Carmélites. — En 1665, après le Panéfjyrique de saint Pierre Nolasque dans l'église des Pères de la Merci (31 janvier) et quelques autres Sermons, perdus pour la plupart, Bossuet donna la station du Carême à Saint-Thomas du Louvre et celle de l'Avent au Louvre (cinq Sermons). — En 1666, il prêcha à Saint-Germain 11 son second Carême royal, 12 Sermons, dont la plupart sont des chefs-d'oeuvre (2). — De 1667, « année maigre », dit iM. labbé Lebarq, il ne nous reste qu'un Sermon pour la Quinquagésime, trois autres pour Y Exaltation de la Croix, pour la Vêtiire de M"" de Beauvais (3) et pour la Noël. — En 1668, Bossuet prêcha la Circoncision à Dijon , devant le grand Condé , et l'Avent à Saint-Thomas du Louvre (4) , avec un Sermon pour la Toussaint (le h^ des éditions ordinaires), le Panégyrique de saint André et celui de saint Thomas de Cantorbéry. — En 1669 , après plusieurs Sermons isolés aux Nouvelles Catholiques, à l'Oratoire, en présence de Madame, Bossuet prononça V Oraison funèbre de la reine d'Angleterre, à la Visitation de Chaillot (16 novembre), et donna sa dernière station devant la cour, l'Avent de Saint-Germain en Lave (5) , dont Robinet, plus médiocre encore que Loret , disait le 4 janvier 1670 que Bossuet ,
Bornant ses sermons de l'A vont , Leur fit avec un style tendre Encore des merveilles entendre Concernant le Verbe incarné , Et dedans une crèche né.
— Enfin en 1670, il se fit entendre aux Nouveaux Convertis et à Saint-Denis pour V Oraison funèbre de la du-
(I) La station avait été annoncée pour le Louvre; mais la mort d'Anne d'Autriche, survenue au commencement de rannée, fit quitter à Louis XIV Paris pour Saint-Germain.
(i) Il ne nous reste aucune autre œuvre oratoire de cette année ir.Gii : Bossuet partit pour Metz, dés le mois de mai.
(3) Cette Véture fut prêclice à Chaillot devant la reine d'Angleterre.
('*) C'était l'église collégiale de la paroisse dont il était l'hôte.
(•')) Évéque nommé de Condom depuis le 8 septembre, il s'était démis de son decanat de Metz, dès le -H) octobre : il ne devait être sacré évéque que le 21 septembre lt>70. dans r.Vssemblée du clergé de France, à Pontoise.
chesse d'Orléans, Henriette-Anne d'Angleterre (21 août), à Saint-Germain-en-Laye, où il officia pontificalement pour la première fois, le i octobre, dans la chapelle des Uécollets, et prononça le Panégyrique de saint François d'Assise (1).
« Quand il était appelé, dit l'abbé Le Dieu, il prêchait devant le roi et les évêques avec l'applaudissement que l'on sait. Sa mission finie, et simple particulier, il se retirait de la cour et se renfermait avec ses amis et sur ses livres (2). »
« Ses livres », c'étaient, comme toujours la Bible et les saints Pères.
Il les étudiait avec amour, avec passion, pour faire passer dans son éloquence toute « la substantifique moelle » et toutes les beautés de leur doctrine.
§ I. — Place plus grande faite aux Pères grecs.
La première chose qui frappe , quand on étudie les OEiivres oratoires de Bossuet à cette époque, c'est la place de plus en plus grande qu'il y fait aux Pères grecs.
Ainsi, en 1659, dans les onze ou douze pièces qui nous restent, on trouve cités saint Léon, saint Cyprien, saint Pierre Damien, saint Bernard, le « grand saint Thomas », Salvien, saint Paulin , « l'éloquent Pierre Chrysologue » , saint Grégoire le Grand, Origène; TertuUien, ce grand homme, avec ses « belles paroles », avec ce qu'il disait « si éloquemment j>, parait une quinzaine de fois; le « grand saint Augustin » , avec « les ouvertures admirables qu'il nous donne », n'est pas invoqué moins de trente-quatre fois. Mais — chose remarquable — Bossuet, après s'être « aidé d'une forte expression de TertuUien », se sert « d'un excellent discours d'un autre docteur de l'Église : c'est le grand saint
(I) Kn somme, de l(w!>à nno, dans l'espace de onze années. Bossuet a donné à Paris neuf stations, dont (|uatie à la cour — Carême de l(>0-2, Avcnt de lt>05, Carême (le lOiHi et Avent de l(l<i!> — el cinq en ville. Carême aux Minimes, ItitiO. aux Crandes Carmélites, UiGI : Avcnt partiel aux Carmélites de la rue du lîouloi, IWi.'î ; Carême de Kiti.'; et Aveiitdc ItiOS à Saint-Tliomas du Louvre. Il nous reste de ces prédications 1.1-2 pièces oratoires.
(i) Mcmoins, \t. "o et 71.
Grégoire de Nazianze, qui a mérité, parmi les Grecs, le surnom auguste de Théologien, à cause des hautes conceptions qu'il a de la nature divine. Ce grand homme invite tout le monde à désirer Dieu (1). » « Le docte et éloquent saint Jean Chrysostome » fournit à Bossuet presque tout le premier, tout le second et tout le troisième point d'une Esquisse d'un Sermon de charité prêché en 1659 à l'Hôpital général : le jeune orateur cite en latin plus d'une page des Homélies de ce Père '2). 11 s'en inspire aussi pour les deux premières pages du premier point du célèbre discours sur YÉminente dignité des pauvres dans l'Église (3).
Dans les dix-neuf Sermons de Bossuet qui nous restent de Tannée 1660, on remarque que saint Grégoire de Xysse, saint Grégoire le Grand, saint Fulgence, saint Paulin, saint Irénée, Salvien, Eusèbe de Césarée, sont cités une fois, saint Basile de Séleucie deux fois, saint Gyprien trois fois, saint Léon et saint Thomas cinq fois, saint Jean Chrysostome douze fois [k], Tertullien 50 fois et saint Augustin 78 fois.
Si l'on étudie les quinze Ser77ions de 1661, on trouve une citation de saint Ambroise, deux de saint Bernard, trois de Salvien, de saint Léon, cinq de saint Grégoire le Grand, six de saint Pierre Chrysologue et de saint Grégoire de Nazianze, qui parle « excellemment » , dixàe saint Jean Chrysostome, presque autant que de Tertulhen, qui n'est plus invoqué qu'une quinzaine de fois, tandis que saint Augustin Test 77 fois, plus que tous les autres Pères ensemble. Il est vrai que saint Chrysostome peut se consoler d'être cité moins souvent; Bossuet dit de lui dans le Sermon sur la parole de Dieu : « J'ai observé à ce propos qu'un des plus illustres prédicateurs et sans contredit le plus ('loqwnt qui ait jamais enseigné l'Eglise, je veux dire saint Jean Chrvsostome, reproche souvent à ses auditeurs, etc. (5). « Voilà un éloge à rendre jaloux , s'il se pouvait , un saint Augustin ,-
(I) Sermon pour la Visitation de la sainte Viet-Qe. Édition Leliarq, t. III, p. 10. (-2) Édition Lebarq. t. Il, p. :>55-a>!).
(3) Édition Lebarq, t. III, p. 1-20-I-2I.
(4) Voir surtout le Sermon sur l'honneur du monde : premier ot deuxième l'oint. Édition Lel)arq, t. lll, .«--.'i-il.
(5) Édition Lebarq. t. lll, p. .-iSii.
et ce qui en accentue l'intention, comme le fait remarquer l'abbé f^ebarq , c'est que cet éloge est une addition interlinéaire.
§ II. — Los Sniniim'n-e^ do 1(J6'2 et les études patristiques de Bossuet.
Un fait plus important et qui nous renseigne encore mieux sur les études patristiques de Bossuet, à Paris, c'est la rédaction, faite au commencement de 166*2, des Sommaires des Sermons que Bossuet avait déjà prêches.
Au moment de paraître dans la chaire du Louvre , en présence de Louis XIV et de la cour la plus brillante qui fut jamais, Bossuet était si profondément convaincu de la gravité de la mission qui lui était confiée qu'il se condamna à un effort de travail, unique dans sa vie laborieuse. « Non content, dit l'abbé Lebarq, d'avoir par devers lui ces volumineux Extraits des Pères, ces Commentaires et ces Dissertations, où il avait consigné depuis longtemps déjà l'impression produite par ses lectures, il voulut, pour ainsi dire , se ressaisir tout entier. Il repassa, la plume à la main , toute sa prédication antérieure, cherchant, non des développements tout faits, mais un moyen assuré, grâce aux Sommaires, rédigés tous à cette époque , de retrouver aisément la trace des vérités exposées par lui aux différents auditoires qu'il avait évangélisés (1). »
Quand on lit ces Sommaires , on est frappé de la place qu'y tiennent les saints Pères, comme si leur seul nom devait éveiller dans la merveilleuse mémoire de Bossuet tout un monde de souvenirs et de développements, inspirés par leurs (( belles paroles » et leur « excellente doctrine ». Ce fait , que ni (iandar ni M. l'abbé Lebarq n'ont suffisamment mis en lumière, deviendra évident par quelques exemples, pris au hasard dans les Sermons de 1652 à 1662.
Voici le Sommaire d'un des premiers Sermons de Bossuet, le Sermon sur la Bonté et la Rif/iieur de Dieu envers les pécheurs, prêché à Metz, le 21 juillet 1652.
(1) lOililidii l.rl,:iii|, (/ùirrr.s nrnh.irrx ,1,' ltnss)irl . l. 1\, InlroduCliOil, V- VI Ct Ml
LES ETUDES PATRISTIQUES DE P.OSSUET. 41
« Sommaire. — Justice de Dieu , suite de sa bonté , quelle elle est. Teriullien (p. 3,4).
\"' point. — Deus ex suo optinms. Iw^Xiceàe, Dieu, quelle. Non habemus pontificeni, etc. (li »
Ou remarquera que le premier texte cité est de Teriullien et que c'est de lui que Bossuet a tiré tout un développement.
Autre Sominaire d'un Sermon de 1652, le Sermon sur la Conception de la sainte Vierge, 7 décembre (2),
Sommaire. — l'ota pulchra es.
« Quod natum est ex carne ., caro est (p. 3, 4). — Dieu fait des choses contre l'ordre commun (p. 4, 5). — Les grâces faites à Marie sont sans conséquence (p. 6, 7). — Faut distinguer Jésus-Christ d'avec Marie, mais aussi Marie d'avec les autres (p. 8); — et que le péché soit vaincu partout (p. 9). — Le futur, présent à Dieu [Tertull.) (p. 10, 11). — Il agit en homme avant l'Incarnation [Tertull.)] donc en fils avant qu'il le soit (p. 11, 12).
Ces indications, inintelligibles pour nous, rappelaient à Bossuet deux passages du Livre contre Marcion : « Comme remarque très bien le grave Teriullien, il est bienséant à la nature divine, qui ne connaît en soi-même aucune différence de temps, de tenir pour fait tout ce qu'elle ordonne, etc.. Kt je fortifie ce raisonnement par une autre doctrine excellente des Pères, merveilleusement expliquée par le même Tertullien. » Suivent deux pages entières, « tirées de ces savants principes de Tertullien (3) ».
Autre Sommaire d'un Sermon de 1655, le Sermon pour r Annonciation de la sainte Vierge.
Sommaire. — Benedicta tu in mulieribus.
« La promesse de notre salut aussi ancienne que la sentence de notre mort (p. 1).
Aemuln operatione (p. 2, 3, 4).
<( Double fécondité : par la nature , par la charité ; toutes deux à Marie (p. 5, 6).
(I) Édition Leharq. t. I, p. l3-.>.
(-2) Édition Lebarq. t. I, p. -2-28.
(3) Édition Leljarq.»t. 1, p. -2;W--241.
Multa ex Tertulliano , de Incarnatione ; — ex Eucherio Lugdunensi , de Maria; — de Poenitentia : « La pénitence renverse Ninive (p. 10) (1). »
Ces simples mots « Aemuh) operatione » , qui résument trois pages de Bossuet , sont de Tertullien dans son De Carne Christ i.
Ces « nombreux passages de Tertullien, de saint Eucher de Lyon » , que signale l'orateur, se trouvent, non pas dans le sermon lui-même, mais dans une page toute couverte d'Extraits des Pères, sans rapport avec l'Annonciation et que Bossuet voulait utiliser pour ses compositions ultérieures.
he Sommaire du Sermon pour la fêle du Rosaire , prononcé à Paris, au collège de Navarre, en octobre 1657. contient les passages suivants :
« V point. — Nature féconde; charité féconde. Caritas mater est, saint Augustin (p. 5, 6)...
« 2° point. — Deux enfantements de Marie; l'un sans peine, l'autre douloureux : Apoc. (p. 11).
« Souffrances de Marie à la croix. Cœur d'une mère : Chananée. S. Basil. Seleuc. (p. 12). »
Encore des noms et des paroles des saints Pères, qui éveillent dans l'esprit du jeune orateur tout un monde de souvenirs.
Le Sermon sur la médisance , prêché pendant la mission de Metz en 1658, n'est malheureusement qu'une esquisse; et pourtant, Bossuet en a donné le résumé à l'époque des Sommaires , à cause, sans doute, des nombreuses citations des saints Pères qui s'y trouvent, comme on va en juger :
Sommaire. — Médisance.
« \" point. — Par haine, par envie, sa cause ordinaire. L'amour de la société parait seulement en ce qu'on a horreur de la solitude ; au reste , nous no nous pouvons souffrir. Cela parait par l'inclination à la médisance. Facilius falso malo quamvero bono creditur (leviuW., ad Nat., 1. T.).
M) liditioii Lel)aiq. l. 11. p. 1.
Felicius in acerbis atrocibusquc mentitur (p. 3). — Ancilla fur maledicciitia i^. Chrysost.). — On médit pour montrer qu'on pénètre bien dans les choses cachées : Omnes celpene omnes amatmis nostras suspiciones vd (licore vcl existimare cognitioiies. (S. Aug., p. 6).
« i' point. — , La cliarité se maintient par l'inclination et par l'estime . Elle est respectueuse : Ho?io?'e invicem praevenientes. Vous dites peu de choses; mais cela s'accroît ingcnita quibusdam menticndi vol up talc. (Tertull., Apolog., p. 7). »
« 3' point. — Le monde hait les médisants, et tout le monde leur applaudit : Mule tant quos laudant (p. 8). »
Encore une parole de TertuUien, que Bossuet cite autrement dans le texte du sermon : Amant quos mule tant , dcpretiant quos probant (1).
Le Sommaire de la reprise du Sermon sur la loi de Dieu, prêché à Paris, en 1(359, chez les Sœurs de l'Union chrétienne, maison mère de la Propagation de Metz , dont Bossuet était le supérieur, se ramène presque à un texte de saint Augustin.
Sommaire. — La nature a donné des bornes : aux enfants la faiblesse, aux hommes la raison, « Le méchant, robustus puer. — Posse quod velis , velle qiiod oportet... »
C'est l'analyse d'un texte de saint Augustin , que l'on peut résumer ainsi : « Beatitudo in duobus sita est : posse quod relis, velle quod oportet. Ut beati simus , non est prius eligendum posse quod volumus , ut pravi homines faciunt ., sed velle quod oportet. » Bossuet reprendra ce texte du livre XlIPde la IVinité eiil en tirera, en 1661, presque tout le premier point du Sermon suj' rambition, dont voici le Somnmire , en partie du moins :
« r '■ point. — Félicité en deux choses : pouvoir ce qu'on veut, vouloir ce qu'il faut. — Ici, le temps de bien vouloir; au ciel, de pouvoir. Saint Augustin, De Trinitate. — Puissance nuit, si la volonté n'est bien réglée. Pilate, exemple. De Spiritu et littera (p. 1, -2, 3, V, 5, 6, 7, 8)... (2). »
(I) Édition Lcbarq. t. il, p. W" et ii,i.i. (■2) Édition Lebarq, t. lll, p. (CJT.
44 BOSSUEÏ Eï LES SAINTS PERES.
Encore un livre de saint Augustin, dont Bossuet s'inspire dans le Carême des Carmélites et dont il s'inspirera dans le Carême du Louvre, en 1662, pour le Sermon sur V ambition, qui ne se compose guère que de réminiscences de ceux de 1661 et de 1660 (1 1 pour le IV dimanche de Carême.
Tantôt, c'est tout un exorde que Bossuet, dans ses Sommaires de 1662, ramène à la parole d'un Père : voyez, par exemple, \q Sermon pour la vêturf (V un (^ postulant*' Bernardine (2).
€ Exorde. — Liberté. Le monde, une prison (Tertullien). »
Il y a là l'indication d'un texte très long de Tertullien. « Ce grand homme , c'est Tertulhen, leur représentait tout le monde comme une grande prison, où ceux qui aiment les biens périssables sont captifs et charg-és de chaînes durant tout le cours de leur vie, « Il n'y a point, dit-il, une plus obscure prison que le monde , où tant de sortes d'erreurs éteignent la véritable lumière , ni qui contienne plus de criminels , puisqu'il y en a presque autant que d'hommes; ni de fers plus durs que les siens, puisque les âmes mêmes en sont enchaînées; ni de cachot plus rempli d'ordures par l'infection de tant de péchés et de convoitises brutales. Majores tenebras habet mundus ^ quae hominumpraecordia excaecant; grariores catenas induit mimdus, quac ipsas animas hominum constrinr/unt ; pejores immunditias exspirat mundus, libidines hominum. Tellement, poursuivoit-il. ô très saints martyrs, que ceux qui vous arrachent du milieu du monde, etc. i3i.
Voyez encore le Sermon sur les souffrances , prêché aux Carmélites le dimanche des Hameaux, 10 avril 1661 (V). ((Exorde : Calvaire; trois crucilîés. Saint Augustin. )> Il s"ag"it encore ici d'un texte très important de ce Père : (( Voici un mystère admirable. Nous voyons , dit saint Au-
(I) C'est, d'après M. l'abbi; Lebai^i, le Sermon sur nos dispositions à l'cgard drs nëcessilés de la rie, (|ui a été préclié aux Minimes le (|uatrième (liiiianclie de Carême.
(■!} Kdition Leliani. t. III, j). ii.
(H) Voir la suite, é<iiti(m Lchani . t. III. \>. -m.
CO Édition l.cbar(|. t. III. p. ii:iO.
gustin, trois hommes attachés à la croix : un qui donne le salut; un qui le reçoit; un qui le perd. Ti'('s crant in cnicc; Kims Salvafor, alias salcandus, alius damnandus. »
Tantôt, c'est tout un point, toute une partie de sermon que Bossuet résume dans la parole d'un Père, qu'il ne cite même pas toujours, tant il est familiarisé avec des textes dont il fait sa nourriture quotidienne.
Prenez le premier point de V Esquisse d'un sermon au.r Nouveaux Convertis, prêché le IV" dimanche de l'Avent , 1659 ou 1660.
« V point. — Péché sort de la volonté humaine contre la volonté divine. Double contrariété : à Dieu, comme mauvais; à l'homme, comme nuisible : saint Augustin, p. 2, 3. — Pourquoi nuisible? Ennemis impuissants, montrent leur inimitié résiste ndi voluntate , non potestate laedendi [^d\i\.i Augustin; de Civit., xii, in.)...
(( Le péché est sa peine soi-même. La peine ne vient pas de Dieu : Nec putemus , etc., saint Augustin (1). »
Prenez encore le second, le troisième point du Sermon sur les Dénions et du Sermon sur les rechutes, prêches pendant le Carême des Minimes, février-mars 1660 :
« -1" point. — Jalousie des anges. Pharaon, Ezech., xxxii. Moyens imperceptibles du malin esprit; TertuUien. Comparaison du serpent : TertuUien, [Adv.] Valent. — Condescendance du diable. Saint Chrysostome. Exemples (2). »
« 2" point. — Pénitence est une précaution. Autrement l'indulgence et 1 3j la miséricorde divine l'exposerait au mépris (p. 8). TertuUien. [Notez].
« S'' point. — Eau du baptême, eau de la pénitence : TertuUien. Rigueur et miséricorde dans la pénitence (p. 12). Dieu se rend toujours plus rigoureux. (^Notezi ^^^p. 12, 13) Ci-'). »
(I) Le texte de saint Augustin est celui-ci : » Nec putemus illam (mnquillilalon et ineffabile lumen Del de se proferre unde peccata inmiantur. (In Ps. VII, n. lii). — Bossuet se servira de nouveau de ce texte dans un Sermon de TAvent du Louvre de lC6o sur la Nécessité de la pénitence.
(-2) Édition Lebarq. t. III. p. -214.
(3) Il senilile qu'il laudrait lire de au lieu tic et.
(i) Édition Leharq, t. III, p. -lii-l.
On pourrait multiplier les exemples et citer le Sommaire du Sermon sur les vaines excuses des péc/teurs , Carême des Minimes, li mars 1660 (1), ou celui du Sermon pour la fêle de r Annonciation, prêché le 5 avril, le lundi de Quasimodo 1660 (2).
Mais on a vu suffisamment par ce qui précède comment l'attention de Bossuet , repassant sa prédication antérieure, se portait de préférence sur les textes des saints Pères, dont il pourrait se servir à la cour. Il s'en servit, en effet, beaucoup plus que de ses Sermons eux-mêmes, puisque, comme le dit très bien M. l'abbé Lebarq, « les discours prêches au Louvre sont bien des œuvres nouvelles, même lorsqu'ils reviennent sur un sujet déjà traité dans d'autres auditoires... On admire l'indépendance de ce puissant esprit par rapport à lui-même; on s'étonne et on se félicite qu'il se soit emprunté en somme si peu de chose. Deux sermons sur dix-huit qui furent alors composés peuvent passer pour des reprises... En dehors de ces deux exemples, les emprunts ne porteront que sur des détails (3). »
L'examen à^s Sermons , ou Fragments de sermons, ou autres OEuvres oratoires de Bossuet qui nous restent de 1662 à 1670 inclusivement — seize de 1662 [k), sept de 1663 (5), six de 1664 (6), treize de 1665 (7), douze de 1666 (8),
(1) Édition Lebarq, t. Ill, j). 30S.
(2) Ibidem, p. 428.
(;?) Édition Lebarq, t. IV. Introduction, p. VII.
(i) 11 y a 4i citations de saint Augustin. -2\) de Tcrtullien, !i de saint Grégoire de Na^ianze, « le théolosien d'Orient », .'> de saint Jean Chrysostome, .'> de saint Grégoire le Grand, i de saint Cyprien, i du grand saint Paulin, une de saint Amhroise.de Laclnncc, A'Arnohr, Ae Tlirodoni . de saint .lérùmc. — Les noms en italique sont ceux des Pères que Bossuet n'avait pas encore cités.
(.■>) On y trouve ;{0 citations de saint Augustin. 10 de Tcrtullien. 4 de saint Grégoire le Grand, ,{ de saint Basile et de saint chrysostome, ."> de saint Cyprien, H de saint Bernard , 2 de saint Ambroise, une de saint Thomas et de saint Charles Jiorromée.
((i) On y relève 20 fois le nom de saint Augustin, r> fois celui de Tertullien, 4 fois celui de saint Grégoire le Grand, 2 fois celui de saint Ambroise et de saint Bernard et une fois celui de saint Basile, d'Origcne, de Salvlen, de saint .lérôme et de saint Thomas.
(7) On y remarque 14 passages de saint Augustin, 7 de Tertullien. 2 de saint <;régoire de Nysse, 3 de saint Grégoire le(irand,un de saint Chrysostome , de Salvien, du Pape Innocent I'-', de Thcodorct , de Julien Ponière, du « grand .svn;// llilnirr » cl ■ du grand saint Thomas ».
(K) Il y a -2(i textes de saint Augustin, (> de Tcrtullien :> du » docte, éloquent et
quatre de 1667 (11, dix de 1668 (-2 , douze de 1669 (3), et trois de 1670 (4), — l'examen de ces pièces montre que les études patristiques de Bossuet étaient , avec les études bibliques, sa grande préoccupation à Paris comme à Metz.
§ 111. — Pères (le l'Église dojit Bossuet s'inspire alors pour la première fois.
Le nom de Tertullien revient moins souvent sous sa plume , au fur et à mesure que le grand orateur avance dans la vie : c'est saint Grégoire de Nazianze , « le théologien d'Orient », c'est le « docte, l'éloquent et judicieux saint Jean Chrysostome », c'est « le grand Pape » saint Grégoire , c'est Salvien , c'est a le grand saint Ambroise » , le « grand saint Bernard , le grand saint Thomas » , que Bossuet cite le plus souvent après saint Augustin , « le docteur des docteurs », en qui est (( toute la doctrine ».
Les lectures de Bossuet s'étendent de plus qn plus . et il s'inspire à partir de 1662 de Pères dont le nom n'avait pas encore paru sous sa plume : saint Denys, « le grand Aréopagite » , Lactance , Arnobe , Théodoret , le Pape Innocent V\ « le grand saint Hilaire » de Poitiers, Julien Pomère , dont le traité De la vie contemplative se trouve parmi les œuvres de saint Prosper, « Hésychius, prêtre de Jérusalem », « le grand Pape saint Hormisdas », saint Ignace et sa Lettre aux Romains, «. Eusèbe Émissène » ou d'Émèse.
judicieux saint Chrysostome. » (> de saint Grégoire le Grand . ."> de saint Grégoire de Nazianze, 3 de Salvien. ^ de saint Thomas , î de saint Ambroise, de saint Hilaire , de saint Fulgence, de saint Paulin, de Théodoret et de saint Isidore.
(I) Saint Augustin est cité -21 fois, Tertullien i fois, saint Amliroise 3 fois, saint Justin -2 fois, saint Bernard -2 fois, saint Grégoire le Grand, saint Grégoire de N\sse. saint Léon, saint Ambroise, Salvien. Sulpicc Sévère, Hésychius. le grand Pape saint Hormisdas. Eusèbe d'Emèse une fois.
(•2) Il y a 30 citations de saint Augustin, 17 de Tertullien. 3 de saint Grégoire le Grand. 3 de saint Ambroise, 3 de saint Chrysostome. 2 de saint Grégoire de Nysse, une de Clément Alexandrin, une d'Eusébe Émissène on d'Emèse.
(3) Saint Augustin y est cité -28 fois. Tertullien 7 fois, » legrand saint Ambroise » 8 fois. Salvien 3 fois, saint Clirjsostome 2 fois, saint Grégoire le Grand 2 fois, saint Grégoire de Nysse 2 fois, le Philosophe martyr saint Justin, saint Hilaire, saint Ignace, Julien Pomère, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Pierre Chrysologue, saint Eucher, saint Bernard , saint Thomas une fois.
(4) Ces 3 œuvres oratoires ne contiennent que i textes de saint Augustin. 3 de Tertullien, un de saint Ambroise. de saint Hilaire et de Lactance.
48 BOSSUET ET LliS SAINTS PERES.
Il serait difficile de trouver quelque Père de FÉg-lise un peu connu que Bossuet n'ait pas un jour ou l'autre mis à contribution . en même temps qu'il citait Sénèquc , Tacite et Pline le Jeune, à plusieurs reprises.
Bossuet pourtant ne donne pas toujours le texte latin des Pères dont il invoque l'autorité , surtout quand il s'adresse à la cour. En revanche, comme le fait remarquer l'abbé Lebarq dans le tome V des OEuvres oratoires de Bossuet, (( les manuscrits de l'orateur sont surchargés de notes marginales, textes de l'Écriture et des Pères, qu'il cite quelquefois de mémoire en ajoutant, comme dans le Canevas cVune conférence à l'hôtel de Longueville 1668 : Non longe àproprio. En elfet, il serait possible de compléter la citation en comblant quelques lacunes; mais il n'y a rien à rectifier (1). » Deforis a trop souvent fondu avec le texte même de Bossuet ces notes marginales , dont il a donné des traductions où il n'y a pas un mot du grand orateur.
§ IV. — Des Extraits et des Remarques morales rédigi'ïs alors par Bossuet en lisant les Pères.
Il était si habitué à lire les Pères la plume à la main qu'en 1666, il rédigea de nouvelles Remarques morales, auxquelles il renvoie dans les Sermons de cette année, comme cinq ans plus tôt dans le Sermon sirr la Pénitence, premier dimanche du Carême des Grandes Carmélites, 1661, on lisait : Vicl. Ejct?riits de l'Écriture, p. -26, 27, et Vifl. Bemarq. mor., p. 9. M. Gazier a le premier soupçonné , dans son édition critique des Sermons choisis de Bossuet, Sermon sur la justice , 1666, que ces Remarques morales étaient un cahier de notes. M. Tabbé Lebarq a retrouvé en Basse-Normandie, dans la collection Floquet, à Fromentin ' 2i, la page même à laquelle Bo.ssuet se reporte dans le passage cité par M. (îazier. Il montre, dans le chapitre premier de sa savante Histoire critique de la Prédication de
(I) Kdition Lebarq, Œuvres oratoires tie Bossuet. t. V, p.;J8â.
(-2) Elle a ulc vendue dejjuis peu et ai)i)arliciit à M. Gastc et à M. l'ahljé Follkiley.
Bossuet, p. 5 et suiv. , comment Deforis et les autres éditeurs, après lui, ont reproduit en les défigurant, dans les Pensées chrétiennes et morales ^ les Remarques que le grand orateur avait rédigées à diverses époques, particulièrement avant les stations de Carême et d'Avent qu'il devait prêcher. Une feuille de ces Remarques nous a été conservée avec le Sermon sur la justice (du Carême royal de Saint- Germain, 1666 1, auquel elle sert d'enveloppe. C'est précisément la table des Extraits contenus dans un cahier certainement écrit en vue de la station que Bossuet avait à fournir à la cour. Voici le contenu de cette table et de ce cahier d'après M. l'abbé Lebarq (1) :
« Mss. 12.823, f. 233. — Diverses remarques et extraits des Pères. — Glem. Alexand., Paedag., p. 1, 4. — Ex Greg. 7. Ep. 1-2. Greg. Nyss., de Prof, christiana. — Item de Perf. christiani forma, p. 2, 11. — Ex Hilar., p. 5, 6, 7, 8, 9. — Greg. Naz., Orat. 15, p. 12. — 17, p. 13. — Ex Synesio. — Greg. Naz. — Basilio, — CyrilloHieros., p. 15, 16. — Basil., de sancta Virginitate , p. 16, 17, 18, 19, — et au bas de la page : Les remèdes des chrétiens mourants. Le triomphe des funérailles chrétiennes. »
« Cette feuille, dit M. l'abbé Lebarq, ainsi que les débris du cahier, présente une entière ressemblance matérielle avec tous les sermons de 1666. Il y a plus. En face des extraits se lisent des numéros d'ordre, ajoutés après coup. Or, ces chiffres ont été mis pour indiquer à l'avance les sermons du Carême de Saint-Germain pour lesquels ces extraits ou ces remarques pourraient être utiles à l'orateur (2). » M. l'abbé Lebarq l'établit invinciblement pour le Sermon sur le culte dû à Dieu [it 10), pour le Sermon du premier Dimanche de Carême (n° 2), pour le Sermon n° 7, fête de l'Annonciation, et le Sermon n° li, pour le Dimanche des Rameaux.
On est frappé, quand on examine la table précédente, de voir que sur dix-neuf pages d'Extraits, il y en a onze qui sont tirés des ouvrages des Pères grecs, Clément d'Alexan-
(I) Histoire critique de la prédication de Bossuet, p. 7, note 2. (•2) Ibidem , p. 7 et 8.
:,0 150SSUEÏ ET LES SAINTS PEUES.
(Irie, saint Grégoire de Nysse (1), saint Grégoire de Nazianze, Synésius, saint Basile et saint Cyrille de Jérusalem. « Dans ces notes, les trois langues se marient : une phrase . commencée en français ou en latin , se continue en grec , ou réciproquement (2). »
On remarque aussi qu'il y a tel paragraphe sur la Clémence, d'après saint Grégoire de Nazianze, dix-septième discours, dont Bossuet se souviendra dans le troisième point de son beau Sermo?i sur la justice. L'abbé Le Dieu ne s'était donc pas trompé en disant que Bossuet « se servait particulièrement de saint Grégoire de Nazianze pour donner au roi et aux princes des instructions convenables à leur état et à leur cour (3). »
M. l'abbé Lebarq signale encore des Extraits des Oraisons funèbres prononcées par saint Grégoire de Nazianze et saint Basile et suppose avec raison qu'elles ont été relues après la mort de la reine mère (1666), dont Bossuet devait prononcer l'éloge, en janvier 1667. Les Extraits et les Remarques morales que Bossuet n'utilisa pas en 1666 lui servirent plus tard et il y renvoie dans les Sermons de 1668 et de 1669, en particulier dans l'Esquisse sur la vigilance chrétienne, 1668, où M. l'abbé Lebarq relève avec raison des allusions à des textes de Clément d'Alexandrie et de saint Grégoire de Nysse, recueillis deux ans plus tôt (4).
Ce n'est pas seulement, en 1666, avant le Carême de Saint- Germain-en-Laye, c'est àMetz (1652-1659), comme le prouve « l'abondance à'Ecrtraits vraiment étonnante qu'il avait
(1) Saint Grrr/oirc de Ni/ssc (3;{-2-;5'J(i ou 400/), né à Sôbaste, dans le Pont, était liére de saint liasile. Il se maria, quitta sa femme i)our le sacerdoec, la prédication ])our la rlictoriciue, renseignement pour la solitude, enlin la solitude pour l'épiscopat, 37'2. Il détendit la doctrine d'Atlianase, fut persécuté sous Valens , protégé sous Théodosc, parut avec éclat dans les conciles, à la cour, et |»rononça dans Constantiiiople les Oraisons fiinéhrcs de l'inipératrice l'Iaccille et de sa liile l'ulcliéric. « H n'avait pas, comme saint Basile, U; don de tout embellir par l'imaginalion et le sentiment. Sa mélliode est sèche, ses allégories sont sulitiles... Uu reste la supériorité de sa raison est remarquable. » - Nous avons de lui des traités de la Formalion de l'homme, de la Virginitc, des Uomvlies sur l'Ecclrsiaste , sur le Cantique des Cantiques, Panrgyriqwjs, des Oraisons funèbres, etc.
(-2) Édition l.ebarq, Ilisl. critiq.. p. i.i.
Oi) Mrmoircs , p. ;)8.
Ci) Édition l,cban|, Oiuvrcs oniloirrs de Bossuet , t. Y, p. ;t8:2.
déjà par devers lui au commencement de l'époque de Paris (1659) », c'est en 1660, avant le Carême des Minimes, en 1661, avant le Carême des Grandes Carmélites, en 1662, avant le Carême du Louvre (1), que Bossuet avait noté, en les accompagnant de réflexions personnelles , certains passag-es des Pères où il voyait quelque rapport avec les sujets qu'il méditait de traiter. Pour les trouver ainsi sans peine et sans hésitation , il fallait qu'il n'en fût pas à sa première lecture. Il fallait surtout qu'il eût pris l'halîitude de lire la plume à la main, habitude à laquelle il resta fidèle jusqu'à la fin de sa vie , aux époques surtout où il composait y Histoire des Variations (2) et où il discutait avec Jurieu , avec Basnage, avec Fénelon, avec Richard Simon.
« On s'étonne, dit le savant auteur de V Histoire critique.de la Prédication de Bossuet (3)^ on s'étonne de l'abondance et de la sûreté de l'érudition , qui fait une partie de la force victorieuse de ses ouvrages; on en a le secret en se rappelant les ressources que lui ménagèrent à toutes les époques de sa vie les habitudes laborieuses et sa méthode de travail. » Il jouit toute sa vie « de la meilleure santé du monde », dit Le Dieu (4), sans avoir jamais eu aucune maladie dangereuse, mais seulement une fièvre tierce deux ou trois années de suite, en 1677, en 1678 et 1679... Son tempérament était admirable : de là cette facilité merveilleuse pour le travail et pour l'application continuelle dans laquelle il a passé sa vie. Maître de son sommeil , il l'interrompait pour prier Dieu au milieu de la nuit , ce qu'il a fait tout le temps de son épiscopat à Meaux ; et pour travailler dans le silence et le recueillement , tant que sa tête y pouvait fournir; il retrouvait ensuite le sommeil et se reposait encore suivant le besoin. » — Nous avons une preuve authentique de ces habitudes de Bossuet dans cette page du Traité
(I) 'I y a des cahiers dont l'écriture est contemporaine des Sommaires ^(\ni sont tous de" 160-2.
(iJ) Les ciiations innombrables de cette Histoire n'ont pu être prises en défaut par les intéressés, parce que Bossuet avait écrit des cahiers entiers, encore subsistants, d'Extraits des auteurs Protestants.
(3) Page 37.
{i) Mémoires, p. "213.
52 HOSSUET ET LES SALNTS PERES.
de la Concupiscence , que M. Lanson trouve « merveilleuse », comme « la sereine et candide poésie des Grecs, qui dans la nature aimaient surtout à exprimer la transparence des profondeurs aériennes et l'immortelle beauté de la lumière infinie (1) ». « Je me suis levé pendant la nuit avec David « pour voir vos cieux qui sont les ouvrages de vos doigts , la lune et les étoiles que vous avez fondées » : qu'ai-je vu , ô Seigneur!... Le soleil s'avançait et son approche se faisait connaître par une céleste blancheur qui se répandait de tous cùtés; les étoiles étaient disparues, et la lune s'était levée avec son croissant d'un argent si beau et si vif que les yeux en étaient charmés... : à mesure qu'il approchait, je la voyais disparaître; le faible croissant diminuait peu à peu ; et quand le soleil se fut montré tout entier, sa pâle et débile lumière s'évanouissant se perdit dans celle du grand astre qui paraissait, dans laquelle elle parut comme absorbée... Et la place du croissant ne parut plus dans le ciel, où il tenait auparavant un si beau rang parmi les étoiles (2) ! »
§ V. — Éludes patristiques de Bossuet, précepteur du Dauphin (1670-1682). Les saints Pores au PelU Concile.
Lorsque Louis XIV déclara dès les premières jours de septembre 1670 au duc de Montausier, gouverneur du Dauphin, qu'il avait choisi (3) M. de Condom pour précepteur du royal enfant (i) et Huet pour sous-précepteur, Bossuet objecta ses devoirs d'évèque, inconciliables avec les fonctions de précepteur, qui devaient l'éloigner de son diocèse, alors que le Concile de Trente faisait de la résidence une
(I) Bossuet, p. ."iO-.-il.
{■2) On comprend, à la lecture de cette page, que M. Lanson s'écrie : « Faut -il après cela laire honneur au Vicait-e Savoyard d'avoir inventé dans la littérature française le lever du jour? »
(.'<) Ce choix de Louis MV fut tout spontané et ne vint pas du duc de Montausier, coniniu l'a affu-nié dans la ]'{'(■ de ce personnage le P. Le Petit, jésuite : Montausier préférait Huet.
('.) Le Père Dom Denis de Sainte-Marthe disait, en l()8."i, à Bossuet dans VEpiln' ilédicnluirc de son Trriilè de la Confession : << Tant d'excellentes qualités vous ont lait choisir par Louis le Grand pour le dépositaire de son plus précieux Iresor, et s'il m'est permis de parler ainsi. i)our le second père d'un lils digne de lui >.
oblig-ation. Le roi comprit ses honorables scrupules; il engagea M. de Condoin, dont les bulles étaient arrivées depuis la fin de juin, à se faire sacrer et à suivre l'inspiration de sa conscience. Bossuet consulta quatre docteurs, dont l'un était le coopérateur du vénérable M. Olier, Raguier de Poussé , curé de Saint-Sulpice, et l'autre l'ami de saint Vincent de Paul, Hippolyte Ferret, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet. Ils furent unanimes à déclarer que Bossuet devait au moins essayer de concilier ses devoirs d'évêque avec les fonctions si importantes pour le royaume et pour l'Église que Louis XIV voulait lui confier. Le prélat répondit en ce sens à Sa Majesté qui, le jour même, le 5 septembre, le nomma précepteur du Dauphin (1). Il ne devait entrer en charge qu'au mois de décembre suivant; en attendant, il fut sacré évêque (2) le 21 septembre, à Pontoise, en présence de l'Assemblée générale du clergé de France, qui y était réunie depuis le mois de juin , et dont l'abbé de Fromentière, plus tard évêque d'Aire, se fit l'interprète heureux en disant à Bossuet: « Il ne faudrait. Monseigneur, d'autres sujets de vous estimer que le choix que fait de vous le roi du monde le plus pénétrant et le plus judicieux, pour remplir des places aussi importantes que celles où il vous élève... Mais l'approbation de tout le royaume s'est jointe à celle du roi (3). »
Bossuet prit possession de l'évêché de Gondom le 21 novembre 1G70; mais sa conscience l'obligea à donner sa démission, dès le mois de juillet suivant (4). Il avait prêté serment comme précepteur du Dauphin, le 23 septembre 1670 (5) , et il devait rester à la cour jusqu'en février 1682,
(1) Le brevet royal n'est pourtant que du 13 septembre. Le roi s'y félicite d'avoir « choisi le précepteur de son fils entre tous les prélats de son royaume ».
{'2} Le prélat consccrateur fut Cliarles Maurice Le Tellier, coadjuteur de Reims, assisté de l'évéque de Verdun. Armand de Mouchy d'Hocquincourt , ancien commensal de Bossuet au doyenné de Saint-Tliomas du Louvre, et de l'évéque d'Autan, de Roquette, « du clergé de M. le Prince ».
(3) La Gazette de France du HTi septembre 1070 disait que « l'abbé de Fromentiéres avait fait un très beau discours sur le sujet de celte action », le sacre de Bossuet.
(4) Elle ne devint officielle qu'après l'agrément d'Innocent XI et la nomination de rahl)é de Thorigny (de Goyon de Matignon) au siège de Condom (oct. 1671).
(o) En décembre 1071 , Louis XIV donna à Bossuet le prieuré de Saint-Étiennc
pendant plus de onze aniv'ics ^ soit à titre de précepteur, jusqu'en 1G80, soit à titre de premier aumônier de Madame la Dauphine, à partir de 1680.
Pendant ces onze années, Bossuet fut « un évêque au milieu de la cour », comme devait le dire plus tard xMassillon, prononçant en 1711 l'Oraison funèbre de Monseigneur le Dauphin (1). C'est assez dire qu'il continua sa vie laborieuse et édifiante, que la lecture de l'Ecriture sainte et l'étude des Pères demeurèrent sa passion favorite.
Gui Patin nous a conservé le souvenir (2) d'un discours prononcé par M. de Condom, le 14 décembre 1670, sur l'éloquence des livres sacrés, à l'Académie Lamoignon, en présence de Boileau, Pellisson, Fléchier, Ménage, Huet, Fleury, Bouhours, Rapin, Gilles Gossart, Blondel , Baillet, Tavernier, Ducange, Gui et Charles Patin et les deux Lamoignon. Il aurait parlé tout aussi savamment de l'éloquence des saints Pères.
On sait d'autre part, par les Mémoires de l'abbé Le Dieu (3) , « qu'il était alors appliqué tout entier à former Monseigneur le Dauphin » , que « l'antiquité grecque et latine repassa sous ses yeux, poètes, orateurs, philosophes et historiens » ; « qu'entre les poètes grecs, il ne s'attacha qu'à Homère ; qu'il le savait aussi bien que Virgile et Horace, et qu'il en récitait des vers avec la même facilité « ; qu'Homère « était un de ses délassements » et que , « tout endormi, il fit un beau vers hexamètre grec »; que « Virgile et Horace ne lui étaient pas moins familiers » ; qu'on n'allait jamais à la campagne sans Virgile ; « qu'il ne cessait de vanter la douceur de ses vers » , et qu'il faisait « des fables latines dans le goût de Phèdre (4) ».
Mais « quelque occupation que l'évèque de Condom eût à la cour, dans l'instruction des Nouveaux Catholiques, avec
de Plessis-Grimoult, prés de Caen, diocèse de Rayeux, un bcnénce de ;>,000 livres. Kn juin iti'H, il le nomma encore titulaire de l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais.
(1) Dans la Sainte-Chapelle de Paris.
(4) Lettre du 15 décembre KiTO. — Voir aussi Huet. liayle, Floquet.
(:j)T. I. p. l.>2, I'p2et suiv.
(i) Ibidim, p. I'.l.
son travail ordinaire pour Monseigneur le Dauphin », avec « ses occupations extérieures et de grand éclat (i) », « il s'en faisait de particulières avec ses amis, qui n'étaient ni moins édifiantes, ni moins utiles ». « Il lui vint cette bonne pensée de faire entre eux, en commun, une lecture publique de l'Écriture sainte, où chacun fournirait ce que Dieu lui donnerait. » Le dessein « fut exécuté pour la première fois à Saint-Germain, en 1673, un premier dimanche de l'Avent, après le sermon, pour tenir lieu des vêpres, qui ne se disaient pas au château... Quelqu'un dit : Ceci fst un Concile; et depuis, on a toujours ainsi nommé cette assemblée, qui parut encore plus vénérable par ce beau nom. » C'était trop peu de parler de la Bible, d'haïe, par lequel on commença, du Pentateuque , de Job , des Psaumes , des Cantiques, des Prophètes, sous les ombrages de Saint-Germain, ou à Versailles, dans la célèbre « allée des Philosophes » : on se réunissait à jours fixes « chez M. de Condom » et « il y avait aussi à diner pour ceux à qui leurs emplois permettaient de faire au prélat l'honneur de prendre place à sa table ». Le -Concile était brillamment composé de Pères laïques, comme La Bruyère, Pellisson, Caton de Court, Cordemoy, le comte de Troisville , le maréchal de Bellefonds; de rabbins, ainsi qu'on appelait les Orientalistes, Eusèbe Renaudot, Barthélémy d'Herbelot, les deux frères Veil, Nicolas Thoynard; et de théologiens, d'érudits, comme Huet, Fénelon, Gallois, Mabillon, enfin l'abbé Fleury, secrétaire, et Bossuet, président, àme du Concile : tous les amis du prélat lui avaient décerné le nom de Père grec (2). « C'est l'ouvrage de plusieurs siècles, que de joindre ensemble, une seconde fois, un aussi grand nombre d'hommes extraordinaires. »
Dans une réunion si pieuse et si savante , les saints Pères ne pouvaient être oubliés : on les citait comme des oracles. « On avait recours à saint Jérôme et aux plus célèbres commentateurs... M. de Condom consultait les saints Pères avec
(-2) Lettre de l'abbé Le Dieu. 5 nov. ififKî, citée par Floquet, t. I, p. 237.
les plus habiles interprètes , et sans même oublier les critiques [i). » Ceux qui ont vu la célèbre Bible du Concile, annotée par Bossaet lui-même et par l'abbé Fleury sous la dictée de Bossuet, affirment « quiuie foule de Pères y sont cités, spécialement saint Jérôme et Théodoret (2) ».
§ VI. — Los saints Pères dans les discours et les autres œuvres de Bossuet, précepteur du Dauphin.
Les ouvrages composés par Bossuet à cette époque (1G70- 1G82) attestent qu'il se nourrissait de plus en plus de la lecture des saints Pères.
Les années consacrées au préceptorat du Dauphin furent, au point de vue de la prédication, des (( années d'un perpétuel silence », à peine interrompu par cinq discours très remarquables qui nous sont parvenus et deux ou trois allocutions perdues (3). — Les cinq Sermons qui nous restent sont: celui de la Pentecôte, 5 juin 1672, dont l'abbé Le Dieu nous « raconte l'eCPet merveilleux à Saint-Germain, en présence de la reine (le roi étant à sa campagne de Hollande), oiî ce prélat (Bossuet) attendait son auditoire jusqu'à lui faire répandre des larmes de joie, en expliquant les dons du Saint-Esprit (4) » ; celui de la Profession de M^'° de la Vallière (/^ juin 1675) (5), dont M"'= de Sévigné, qui n'en parlait, il est vrai, que par ouï dire, écrivait à tort à sa fille qu'il n'avait pas été « aussi divin qu'on l'espérait »; celui de Pâques 1681, quatrième des éditions ordinaires; le fameux discours sur r Unité de l'Eglise et le Sermon de Vêlure de iMarie-Anne de Saint-François Bailly (5 décembre 1681).
Dans ces cinq discours, on relève quatorze citations de saint
(1) Mémoires de Le Dieu. I. I, p. Kid-ltiK.
(2) Ce sont les paroles du P. de la Broisc, écrivant à l'auteur de ce travail, le 7 février 18!»2.
Ci) Il s'agit des Exhortations prononcées le jour de la première Communion du Dauphin (Noël, 1074) et d'une allocution aux liahitants de Grandvilliers (diocèse , de ISeauvais), après l'incendie de ce bourg (sept. IG80).
(4) Mr7noi7T.1, t. 1, J). Km.
(.■>) Uossuet y dit dans l'cxorde : « .le romps un silence <lc tant d'années, je lais entendre une voix que les chaires ne connaissent plus. •'
Augustin, cinq du « docte Tertullien, ce grand homme»; cinq de saint Bernard, trois de saint Grégoire le Grand, deux de saint Irénée, deux de saint Cyprien, deux de saint Optât, une de saint Jean Chrysostome, d'Origène, de saint Théodoret, de saint Pierre Chrysologue, de saint Léon, d'Eusèbe de Césarce, de saint Hilaire de Poitiers, « du grand saint Prosper », de saint Grégoire de Nazianze, « du grand pape Innocent I" ». On y remarque surtout des noms de Pères dont Bossuet n'avait pas encore invoqué le témoignage : saint Jean Climaque, « le grand Cyrille de Jérusalem », saint Yves de Chartres, saint Césaire d'Arles, saint Avile, « ce docte et saint évêque de Vienne, ce grave et éloquent défenseur de l'Église romaine », saint Rémi, et Hincmar, archevêque de Reims. Bossuet cite encore dans son Sermon sur r Unité de l'Église , qui est un véritable monument de science et d'érudition, les papes Ânastase II, Pelage II, Adrien \% Alexandre III, Innocent III, Grégoire IX, Urbain VI , Pie II , les Capitulaires de Charlemagne et de Louis Le Pieux, les Lettres d'Henri II d'Allemagne et d'Edgar d'Angleterre, enfin, un nombre infini de Conciles, tant généraux que particuliers, en qui il voit comme dans les Pères les organes de cette Tradition, dont il est le défenseur jaloux, « l'Afrique, les Gaules, la Grèce, l'Asie, l'Orient et l'Occident unis ensemble (1). »
Certes, jamais aussi Bossuet n'avait tant mis à contribution dans ses discours les œuvres des saints Pères.
Il invoquait encore leur témoignage à la même époque dans ses travaux de controverse : — V Exposition de la doctrine de l Église catholique , dont la première édition parut à la fin de 1671 (2) et la seconde en 1679 avec un Avertissement « très notable (3) », où l'on remarque, outre
fl) Sermon xiir rUnitc de l'Église, premier point, versus médium, t. VII, p. 88(» de l'édition Bloud et Barrai.
(2) On sait que VExposition avait circulé d'abord en manuscrit, de la fin de I(î(i8 à ItiTl. ébranlant Paul Ferry, ramenant le marquis de Courcillon. de Dangeau, Turenneet ses neveux, le comte de Lorge et le comte de Rozan. Bossuet ne la publia que parce que deux minisires protestants, Jean Baillé et Philippe du Bosc, l'avaient attaquée. (|uoique inédite encore.
(3) Le mot est de Floquet : Bossuet précepteur, p. ^i.
58 BOSSUET ET LES SAIiNTS PERES.
une foale de citations des Conciles anciens et modernes, des passages de « saint Athanase (1) et saint Hilaire (2), les deux plus illustres défenseurs de la foi de Nicée » (3), de saint Augustin, dont le nom revient souvent (iv, à plusieurs reprises, VI, vil), et les noms de saint Basile, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome , saint Grégoire le (irand, et plusieurs autres « grandes lumières de l'antiquité » ; et surtout saint Grégoire de Nazianze, qui est appelé « le Théologien par excellence (III) »; — la Conférence avec M. Claude, ministre de CJiarenton, sur la matière de r Église, « conférence fameuse dont l'Église, dont le monde ont retenti (4) », dont Fénelon disait, en 1705, que c'était <( l'ouvrage le plus célèbre que Bossuet eût composé dans sa vie tout entière (5) », et dont la Relation, « faite sur l'heure (6) » par le grand évèque (commencement de mars 1678), quoiqu'elle n'ait paru qu'en 1682, contient des allusions aux divers Conciles contre les Ariens, et à l'autorité de « saint Athanase , de saint Basile , de saint Grégoire de
(1) Saint Athanane (291-373), né à Alexandrie, fut élu par le peuple patriarche de cette ville, après avoir mené la vie ascétique auprès de saint Antoine et rédige en partie les décrets de Nicée. Ses combats, son génie servirent plus à l'agrandissement du ciiiistianisme que toute la puissance de Constantin. Cet homuie lutta tour à tour contre les païens, les sectaires, les évéques jaloux de sa gloire, les empereurs (Constantin, Constance, Julien, Valens) ofl'ensés de son altière indépendance; et dans cette orageuse carrière (Il fut chassé cinq fois violemment de son siège patriarcal) pas un moment de repos, ou de faiblesse. Un de ses retours à Alexandrie, sous Julien, fut en Egypte une fête telle que l'empire romain n'en connaissait plus, depuis l'abolition des triomphes. — J>es Œuvres de saint Athanase ont été publiées par Montlaucon avec une traduction latine, Paris, 3 vol., 1098. « C'est le dialecticien des mystères, dit Villemain... I/intrépidi;, le magnanime Athanase » a un a génie précis et impérieux... On dirait, à l'entendre, un législateur plutôt qu'un apôtre, tant il analyse et discerne avec une subtile rigueur les élémenls de la croyance dont il éclaire les âmes »... C'est le grand docteur de la foi... Il semble qu'il ne veut pas être un orateur, mais le dépositaire impassible de la vérité. Sa puissance et sa gloire sont placées plus haut que les tribunes de la terre. »
(-1) Saint IlHairc de Poitiers (300? — 3(i7), né de iiarents nobles, mais païens. se convertit à la foi catholique dont il devint le défenseur intrépide contre les Ariens, après son élévation à l'épiscopat vers 330. Orach; des conciles de Milan, de Béziers, de Séleucie, pendant son exil en Phrygie, il a laissé des Traités (de la Trinité, des Synodes, sur saint Matthieu), qui i'ont fait surnommer par saint Jérôme le Rhône de l'éloquence latine. U a été l'Athanase de l'Église d'Occident.
(3) AvertisKrment.
('*) Ce sont les paroles de l'abbé Anselme dans VOraison funèbre du maréclial rie I.orge, il novembre 1703.
(■>) Instruction pastorale sur le cas de conscience. 20 avril 170:i.
((i) I'"lo(|uet : Bossuet précepteur, p. 380. — Voir aussi l'Avertissement de la Conférence.
LES ÉTUDES PATRISTIQUES DE lîOSSUET. 59
Naziaiize, de tant d'autres saints évèques », d'Origène, de Justin Martyr, de saint Ambroise, de saint .lérôme, de saint Chrysostome , de saint Aui;ustin, avec lesquels « nous avons treize cents ans, de l'aveu de notre adversaire, pour la prière des saints et pour Tlionneur des reliques (1) ».
Les œuvres pédagogiques de Bossuet (2), le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, publié après sa mort, en 1722 (3); la Logiqiw (1828) (4), le Traité des causes (5), le Traité du liljre arbitre (6), V Histoire abrégée de France (7), le Discours sur lliistoire universelle (mars 1681) et la Politique tirée des propres paroles de T Écriture sainte, parue en 1709, ne comportaient pas, semble-t-il, de nombreuses citations des saints Pères. — Néanmoins, Bossuet, débordant en quelque sorte « des belles paroles » des Docteui*s de l'Église, les fait intervenir à chaque instant, jusque dans sa Logique, où il invoque six fois saint Aug"ustin et ses ouvrages De Magistro, de Vera Religione, De Cicitate Dei, etc. — Le Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-mémr cite plusieurs fois « saint Thomas et les autres docteurs de l'Ecole », à propos de l'âme des bètes et de l'immortalité de l'àme (chap. v). Une note relevée dans le manuscrit de Bossuet (chap. iv") signale une démonstration oubliée de saint Augustin, Boèce et saint Thomas ». — Dans le Traité du libre arbitre , saint Augustin est cité
(I) Bossuet cite encore, vers la fin de sa Relation [suite de la Conférence), deux textes importants de saint Augustin et de Tertullien.
("2) Nous ne pailons ni de la Grammaire lat.i/ie, composée par Bossuet pour le Dauphin et recopiée en IWtO pour le duc de Bourgogne, ni d'une Prosodie perdue, ni des Modèles d'('critii,re pour le Dauphin, une trentaine de phrases, publiées pour la première fois en 1881 par M. Aug. L. Ménard [Œuvres inédites de Bossuet, t. l, Préface XLV et suivantes), ni des Sentences pour M^'' le Dauphin choisies par AP' l'évéqve de Condom , au nombre de 109, 55 tirées des philosophes et historiens grecs ou de Cicéron, et 54 de la Bible.
(3) Il fut alors attribué à Fénelon. il reparut en 1741 sous le nom de son auteur, mais plus altéré et plus défiguré qu'en 1722. l.'abi)é Pérau en 1743 et les éditeurs de Versailles en 1818 reproduisirent ce texte fautif. C'est à l'abbé Caron, de Saint- Sulpice, que revient l'honneur d'avoir donné en 1846 la première édition exacte de ce chef-d'œuvre.
(4) C'est Flo(|uet qui l'a publiée.
(5) C'est Nourrisson qui l'a édité d'après une copie de Floquet.
(6) Il a été publié en 1731, par le neveu de Bossuet, évoque de Troyes.
(7) Elle fut publiée en 1747, sous le nom du Dauphin; mais Bossuet s'en était déclaré l'auteur dans la Controverse du quiotismc : Remarque sur In Réponse d'- Aï, de Cambrai à la Relation.
60 BOSSLliT ET LES SAINTS PERES.
chap. m, IV, v, surtout à propos de la prescience divine , et Bossuet défend Topinion de saint Thomas, le Docteur angélique , dite de la prémotion ou prédéterminât ion physique. — Le Discours sur T Histoire universelle , qui renferme tant de citations d'auteurs profanes et des textes de tous les historiens grecs, latins et juifs, comme Josèphe et Philon , fait une large part aux Pères de l'Église : on y rencontre plus de vingt fois le nom d'Eusèbe de Césarée, treize fois celui de saint Augustin , dix fois celui de Tertullien , neuf fois celui d'Origène, six fois celui de saint Irénée, cinq fois celui de Lactance, quatre fois celui de saint Jérôme, trois fois celui de saint Justin et celui de saint Grégoire de Nazianze , deux fois celui de saint Jean Chrysostome et de saint Épiphane , une fois celui de saint Basile, de saint Âtlianase, de saint Grégoire le Grand, de saint Cyprien, d'Arnobe, de saint Théodoret, de saint Denis d'Alexandrie et de Grégoire de Tours. — Dans la Politique tirée des propres paroles de V Écriture sainte, saint Ambroise est cité douze fois, saint Augustin dix fois, Tertullien sept fois, saint Irénée deux fois, saint Grégoire le Grand, saint Jérôme, Grégoire de Tours, Eusèbe, Lactance, saint Denis l'Aréopagite, « le docte et pieux Gerson » une fois; de plus, au liv. VII, Bossuet énumère tous les Pères des Gaules depuis saint Pothin et saint Irénée, jusqu'à saint Hilaire, saint Martin, saint Rémi, saint Avite, qui ont cru à la primauté de rÉglise romaine, et tous les Papes qui, comme Anastase II, Pelage II, Paul I", Alexandre III, ont rendu hommage à la foi catholique des Français et de leurs rois. — Enfin, nous savons parla célèbre lettre de Bossuet à Innocent XI, De histitutione Delphini , 8 mars 1679, que Tillustre précepteur, s'il n'expliquait pas à son royal élève les ouvrages des Pères, comme la Bible, surtout V Evangile, les Actes^ des Apôtres et les Épitrcs de saint Paul, lui faisait apprendre les actes des Martyrs les plus illustres et les Vies des Pères , Vitas Patrum.
On peut donc dire en toute vérité que Bossuet et les .saints Pères étaient inséparables à l'époque du préceptorat
du Dauphin, comme à l'époque de Navarre, de Metz et de la prédicatiou à Paris.
ARTICLE V
Études patristiques de Bossuet à Meaux '8 février 1682 - 12 avril 1704 .
L'épiscopat de Bossuet dura vingt-deux à vingt-trois ans et le vit mêlé aux plus grandes affaires — soit dans son diocèse, où la prédication de la parole de Dieu était sa grande occupation (1), avec l'instruction et la conversion « des frères errants » ou des nouveaux catholiques (i2) , et avec les soins de prédilection qu'il croyait devoir aux âmes pures et ferventes qui s'étaient spécialement consacrées à Dieu dans la vie rehgieuse (3 1 ; — soit en dehors de son diocèse, au sein des Assemblées du clergé de France, dont il fut, la
(I) Nous savons par l'abbé Le Dieu, Mémoires, p. 18-2, que Bossuet, ayant pris possession le dimanche, 8 février l(i8-2, de l'évêclie de Meaux, auquel il avait été nommé le -2 mai l(j8l et préconisé le 1" novembre, prêcha dans sa cathédrale dès le mercredi suivant, jour des Cendres, et « déclara qu'il se destinait tout à son troupeau et consacrerait tous ses talents à son instruction. Il s'engagea « à prêcher toutes les fois qu'il oflicierait pontilicalemcnt el jamais aucune affaire, quelque pressée qu'elle fût, ne l'empêcha de venir célébrer les grandes letes avec son peuple, et leur annoncer la sainte parole. » —Ce témoignage est confirme par celui de Rochard, lieutenant des chirurgiens du roi , à Meaux, dans son Journal historitjue ou Grand Recueil, dont le prieur de Saint-laron, Dom René Gillot, nous a conservé ce qui concerne la prédication du grand orateur, et par celui de Raveneau, curé de Saint-Jean les Deux-Jumeau\. qui ne va malheureusement que jusqu'en ItMiS. Bossuet. d'ailleurs, a tenu admirablement sa promesse, et M. l'abbé l.ebarri a relevé la mention ou même l'analyse de plus de trois cents discours ou exhortations, prononcés en vingt-deux ans d'épiscopat.
{•2) M. l'abbé Lebarq , dans son Histoire critique de la Prédication de Bossuet, deuxième partie, chap. ni, p. Si'i-S-i", signale les nombreuses missions que Bossuet filou fit faire soit pour les anciens, soit pour les nouveaux catholiques, dans sa ville épiscopale et dans les paroisses du diocèse, avant et après Iol Révocation de l'édit de Nantes (-20 octobre U»:i). Ces missions sont celles de Meaux (lti84),de Coulommiers (I08.">). de la Ferté-sous-Jouarrc, de Lizy. de Nanteuil-les-Manteaux, (IG8,'>), de Claye. de Mesnil-Amelot (KiSii), de Nanteuil-le-Haudouin ( 168" ). de Joui-le-Chatel, de Crouy (l(j88), de Bouleurre, de Silly (168!»), de Meaux (l(iO-2). de Faremoutiers (1000).
(3) Il faut voir les visitandines de Meaux exprimer dans leurs Mémoires leur reconnaissance et leur admiration pour ce prélat , qui s'était élevé si haut dans l'estime de son siècle « par la sublimité de sa science et par son génie prodigieux », et(iui. pourtant. « semblait venir du fond d'un désert pour apprendre à aimer Dieu souverainement et à mépriser le monde et ses maximes •. Que de sermons de vêture, d'allocutions, d'exhortations, do conférences, d'élérations Bossuet jjrononça à Meaux, à Jouarre , à Faremoutiers. à Coulommiers. à Collinances, à Rosoy, à Crécy, à Pont-aux-Dames . et même à Paris, aux Carmélites, aux Bénédictines, à Torcy. à l'Hôtcl-Dieu. etc.:
gloire et l'oracle, sinon en 1682 (1), du moins en 1700 (2) ; — soit dans les discussions avec les protestants de France (3 , d'Allemagne (V j et d'Angleterre (5}, discussions que Bossuet dirigeait comme « le grand maître dans l'art de combattre les hérésies (6), » le docteur « tout-puissant dans la dispute et à qui il était impossible d'échapper » i7) , ainsi que parlaient les catholiques, ou comme « le plus à redouter de tous les controversistes pour la Réforme (8) » , « le plus dangereux ennemi » des Protestants (9 ) , ainsi que le reconnaissaient Basnag'e et Jacques Spon; — soit enfin, à l'é-
(I) L*attitude de Bossuet dans la fameuse assemblée de lnHi lui a valu de nombreuses attaques de la part de l'abbé Rolirbacher, de l'abbé Réaume. etc. — Ils oublient que l'évcque de Meauv empêcha alors un schisme, une rupture de l'Église de France avec l'Église romaine, schisme et rupture dont ne s'eirrayaient nullement des prélats courtisans, comme M. de Harlay, archevêciue de Paris, Le Tellier, archevêque de Reims , de Choiseul, évêque de Tournay, etc. Ils en auraient même pris l'initiative, et c'est pour les en empêcher que Bossuet rédigea la déclaration du 19 mars l(i8-2 au lieu et place de M. de Tournay, qui niait l'indéfeclibilité et du Pape et de l'Église elle-même.
Ci) Il fut mis à la têie de la commission chargée d'examiner 162 propositions, qui furent réduites d'abord à M't. puis à 1-2" : quatre étaient jansénistes, cincf pélagieunes ou semi-pélagiennes, et les autres résumaient la morale relâchée. Bossuet rédigea le rapport sur ces pi-opositions avec tant de précision et de clarté que six jours suflirent à l'assemblée pour se mettre en état de prononcer son jugement. Ce jugement fut porté à l'unanimité, malgré les divergences d'opinion des evê(iues. « C'est peut-être, dit le cardinal de Baussct, une des circonstatices de la vie de Bossuet, où il montra avec plus d'éclat combien il était supérieur à toutes les petites passions, qui dégradent trop souvent des hommes et des caractères d ailleurs estimables. » (Histoire de Bossuet , liv. XI, il.)
(3) Bossuet publia contre eux, après la Conférence avec M. Claude, les Réflexions sur un écrit <le M. Claude, le Traité de la Communion sous les deux espèces, la Tradition défendue sur lu matière de la communion sous une espèce , Explication de quelques difficultés sur les prières de la messe, à un nouveau catholique, l'Histoire des Variations (I<i88), la Défense de l'Histoire des Variations , 16!>l , et les six Avertissements aux Protestants, 1089-i)l.
(4) Bossuet fut consulté par le pape Clément XI sur un projet de réunion des Luthériens à l'Église catholique, il y a dans ses Œuvres, à cote des Pièces concernant un projet de réunion des protestants de France, un Recueil de dissertations et de lettres, composées dans la vue de réunir les Protestants d'Allemagne de la Confession d'Augsbourg à l'Église catholique, des Règles à ce sujet, un Projet de réunion, etc. — Ou connaît la Correspondance échangée à ce i)ropos entre Bossuet et Leibniz, qui y renonça pour des motifs politiques, afin de ne pas compromettre les droits de la maison de Hanovre au trône d'Angleterre.
(.')) Dans les |)icces justilicatives qui accompagnent le livre Vil de son Histoire de Bossuet, le cardinal de Bausset montre comment Bossuet convertit des protestants illustres, entre autres niilord Perth, grand chancelier d'Ecosse {lG8.";),et milord Lovât, gentilhomme écossais (ITOH).
(0) c'est l'évêque de Saintes. Guillaume du Plessis Geste de la Brunetière qui parle ainsi dans {'approbation du livre de l'abbé de Cordemoy : Éternité des peines de l'enfer, l(>!>7.
'') Saurin, ïilogc de M. l'évêque de Meaitx, Journal des Savants, 8 sept. 1704.
(8) Cet aveu de Basnage est rapporté par l'abbé d'Artigny dans ses Nouveaux Mémoires ; 1 749.
(9) Lettre de .Jacques Si)on à l'abbé Nicaise. 1 1 avril l(i,"<l.
LES ÉTUDES PATRISTIQUES DE BOSSUET. Gâ
poque des débats passionnants de la querelle douloureuse du Quiétisme (1) et des longs démêlés avec Richard Simon (2 , ou avec le P. Quesnel, de l'Oratoire (3).
Malgré tant de travaux, écrasants pour tout autre que pour un Bossuet, le grand évèque de Meaux ne se lassait pas d'étudier les saints Pères avec une véritable passion.
En effet, Le Dieu nous affrme que Bossuet, « pendant toute sa vie, et encore l'été de 1703 » , après sa fièvre du mois d'août, se rendait à la cour pour y continuer avec ses amis, les Pères du Concile, leurs études à la fois bibliques et patristiques. « C'était un bel exemple, surtout à Versailles, où cette troupe se faisait remarquer davantage dans le petit parc , dans l'allée qu'ils avaient nommée des Philosophes , dans l'île Royale et ailleurs. Ce vieillard , vénérable par ses cheveux blancs, dont le mérite et la dignité, joints à tant de bonté et de douceur, lui attiraient les respects des petits et des grands, dès qu'il se montrait, marchait à la tête , résolvant les difficultés qui se proposaient sur la sainte Écriture, expliquant un dogme, traitant un point d'histoire, une question de philosophie. Avec une politesse charmante, il y avait une entière liberté : on y parlait de tout indifféremment et sans contrainte; les belles lettres y étaient honorées par le récit des plus beaux endroits des poètes anciens i et modernes; on y lisait aussi des discours académiques et autres ouvrages nouveaux. Luimême, ce grand homme, toujours naturel, simple et modeste jusqu'à la fin, faisait lire ses propres ouvrages à la
(i) Celte querelle, sur laquelle on a tant écrit, dura de l()!)7a 16!»o, époque de lu condamnation des Maximes des Saints, ou plutôt Jusqu'en 1700, où Bossuet fit à l'Assemblée du clergé le rapport de tout ce qui s'était passé dans l'affaire du Quiétisme. Bossuet était convaincu • qu'il y allait de toute la religion ». De là son ardeur, qu'on a trouvée excessive. Mais elle lut excitée par les faux-luyanls de Fénelon ; d'ailleurs , Bossuet lit des avances [)our se réconcilier avec lui , des KiOît.
("2) C'est le 1'. de la Broise qui, dans Bossuet et la Bible, a le mieux raconté la l)olémique de Bos<uet de Richard Simon. Elle commeuça en 1C78, où Bossuet lit sup()rimcr VUistoire critique du Vieux Testament. Elle reprit en 1689 et dura jus- (]u'à la mort di; M. de Meaux.
(:5) C'est le Problème ecclésiastique, 1698-1699 (?) — qui faut-il croire, M. de Noailes approbateur des Réflexions morales, du P. Quesnel, ou M. de Noailles, censeur de l'Exposition de la foi, par Barcos. neveu <lu fameux abbé de Saint-Cyran —qui déchaîna la guerre fatale dont l'Église de France devait souffrir si longtemps au dixhuitiéme siècle.
compagnie, les soumettait à sa censure , et profitant des avis des plus simples, il faisait faire à l'heure même. les corrections qu'on demandait. Ainsi fut lue et corrigée toute sa Politique, dans les promenades de son dernier séjour de Versailles, voulant enfin la donner aux pressantes sollicitations du public. Telle fut, au milieu des palais et des jardins de Louis le Grand, cette académie de sagesse, où présida Tévêque de Meaux, comme lit autrefois l'illustre et saint Alcuin dans la célèbre école du palais de Gharlemag'ne f 1) » — Bossuet publia une partie des Notes rédigées au Concile : la Dissertation sur les Psaumes , Dissertatio de P salmis , Liber Psalmorum (1691) (2) , Supplenda in Psalmos (1693) (3), Libri Salornonis j Proverbia, Ecclesiastes , Canticum Canticorum , Sapientia^ Ecclesiasticus cum notis, parus après VExplication de r Apocalypse (1689) (4) et avant l Explication de la prophétie d'Isaïe sur l'enfantement de la sainte Vierge et du Psaume XXI (11 mars 1704) (5). « Son dessein, dit Le Dieu (7), était de donner (les notes de la Bible du Concile) au public , et non seulement sur les livres qu'on vient de dire, mais encore sur tout le corps de la Bible et aussi bien sur le Nouveau Testament que sur l'Ancien, comme il s'en explique dans son épitre dédicatoire des Psaumes. » Or, les saints Pères étaient toujours ses guides dans les travaux d'exégèse que son zèle lui faisait entreprendre , tout comme dans ses prédications et ses divers ouvrage de polémique.
§ 1. — Derniers Exlrails de saint Augustin.
L'abbé Le Dieu affirme (8) que « les dernières remarques
(1) Mcnioircs de I.e Dieu, t. 1. p. i:{l)-137.
{■2) Cet ouvrage est ad cessé au clergé de Meaux.
(;{) Grotius ayant prétendu «lu'on ne trouvait rien dans les Psaumes qu'on put rapporter au Messie et (|ue c'était la raison ])our la(|uelle les Apôtres ne les avaient jamais cités. Bossuet réfuta cette erreur dans quelques pages fortes et substantielles, Supplément au livre des Psaumes.
('») C'était une réponse à V Accomplissement des Prophéties de Jurieu.
(■"i) C'est dans l'intervalle ipie lui laissaient les horribles souffrances de la pierre que Bossuet composa celle admirable Explication. Il y goûtait un cliarme divin et > |>uisait des forces sui'nafurcUes.
(ti) Mémoires, t. I. p. I(i«.
(8) Ibidem, \t. 50.
LES ÉTUDES PATRISTIQUES DE BOSSUET. Cf.
de Bossuet (dans les Extraits de saint Augustin, aujourd'hui perdus pour nous, mais que le secrétaire de lévèque de Meaux avait eus entre les mains) étaient tirées particulièrement des Sermons mêmes du saint, de ses Traités sur saint Jean et de ses Commentaires sur les Psaumes, et dans ce dernier ouvrage il s'attachait surtout à la morale ». Cela nous prouve que Bossuet est demeuré fidèle jusqu'à la fin de sa vie à l'habitude de sa jeunesse : lire la plume à la main, et prendre des notes, « des desseins de sermons, des divisions, des preuves » (1).
« Il avait, dit Le Dieu, une édition in-8" des Psaumes de saint Augustin, de sa Cité de Dieu et de ses ouvrages contre les Pélagiens. C'est ce qu'il avait le plus lu ; le texte et les marges en sont chargés de mille sortes de remarques ; il ne pouvait se passer de ces livres, et il les avait toujours à sa suite. Il n'avait pas moins lu les grandes éditions : celle de Lyon de Grypse (2), qui demeurait à Paris et la première qu'il lut, est toute marquée de sa main ; celle du grand Navire (3), de la bibliothèque de Meaux, de même; et celle des Pères Bénédictins (4-), la dernière venue, était encore plus lue et la plus maj^quée; il l'estimait plus que les autres et elle le suivait partout. » — Quelle perte pour nous que celle de ces éditions précieuses de saint Augustin annotées par Bossuet! Le Commentaire de Desportes par 3Ialherbe ne serait rien en comparaison du Commentaire de saint Augustin par l'évèque de Meaux. « Il était tellement nourri de la doctrine de saint Augustin et attaché à ses principes (\\i A n'établissait aucun dogme , ne faisait aucune instruction, ne répondait à aucune difficulté que par saint
(1) Mémoires, p. w.
(2) L'édition de Lyon en II vol. in-folio est de KWi. — Bossuet ne put s'en servir qu'à Paris, après 1C<>4, et à Meaux.
(3) L'édition du Grand Navire, Parisiis , Magna Xan's, est l'œuvre des théologiens de Louvain : elle parut en (> volumes en 1580 et en 7 vol. in-folio en ui'il. C'est probablement cette dernière qu'avait Bossuet à Navarre et à Metz.
(4) Elle parut en 10 vol. de U>"<J à 1700 : doin Delfau. doni Constant, dom Blampin et dom Guesnié en étaient les auteurs. Elle fut attaquée par les Jésuites et par Fénelon . mais défendue par Bossuet, qui travailla avec Mabillon à la préface générale. Rome l'approuva, malgré les efforts des Jésuites et de Fénelon pour la faire passer pour janséniste.
66 liOSSUET ET LES SAliSTS PERES.
Augustin; il y trouvait tout, et la défense de la foi et la pureté des mœurs : témoin ses propres ouvrages dogmatiques, même le petit écrit publié contre l'opéra et la comédie, et enfin l'aiiaire du Quiétisme (1). »
L'al)bé Le Dieu est d'autant plus dans le vrai que la Lettre au P. Cdffaro, théatin, 9 mai 169i, cite à plusieurs reprises saint Thomas, saint Athanase , saint Cyprien, saint Augustin (six fois), invoque partout la doctrine des Pères, « les saintes délicatesses des Pères » , et que les Maximes et les réflexions sur la comédie (2), sont pleines « des grands noms de saint Thomas et des autres saints » : saint Augustin y paraît quinze ou seize fois; il y a des pages entières remplies de textes de la Soinme théologique et des Commentaires du Docteur Angélique sur saint Paul ; saint Bonaventure, saint Antonin, que Bossuet n'avait guère nommés jusque-là, se trouvent cités à côté de saint Athanase, de saint Ambroise et de saint Jean Chrysostome , mis largement à contribution ^ar l'évêque de Meaux.
§ II. — Les saints Pères dans la (luerellc du Quiétisme.
Quant à la controverse du Quiétisme, voici comment le duc de Saint-Simon, un homme du monde, apprécie dans ses Mémoires l'usage que Bossuet avait su faire de l'autorité des saints Pères pour son Instruction sur les états d'oraison, 'pdiVue en mars 1697, six semaines après les Maximes des saints , de Fénelon : « [Cette Instruction] était un ouvrage en partie dogmatique , en partie historique de tout ce qui s'était passé depuis la naissance de TafFaire jusqu'alors, entre lui, xM. de Paris et M. de Chartres d'une part , M. de Cambrai et M'"' Guyon de l'autre. Cet historique, très curieux et où M. de Meaux laissa voir et entendre tout ce qu'il ne voulut pas raconter, apprit des choses infinies, et fit lire le dogmatique. Celui-ci clair, net, concis, appuyé de passages sans nombre et partout de l'Ecriture et des
(I) Mrmoires de Le Dieu , t. I, p. M.
(-2) Elles ne sont que le développenicut de la LeUre au P. Caff'aro.
Père>< ou des conciles, parut uu contraste du barbare, de l'obscur, de l'ombragé , du nouveau , et du ton décisif de vrai et de faux, des Maximes des Saints .'on le dévora s^ussitôt qu'il parut. L'un, comme inintelligible (1) , ne fut lu que des maîtres en Israël; l'autre k la portée ordinaire, et secouru de la pointe de l'historique , fut reçu avec avidité et dévoré de même. Il n'y eut ni homme ni femme, à la cour, qui ne se fit un plaisii* de le lire , et qui ne se piquât de l'avoir lu , de sorte qu'il lit longtemps toutes les conversations de la cour et de la ville. Le roi en remercia publiquement M. de Meaux. » Celui-ci fit paraître encore une Préface sur rinstniction pastorale de M. de Cambrai, cinq autres écrits sur le même sujet, et un Sommaire de la doctrine du livre qui a pour titre : Explication des Maximes des Saints, des conséqiiences qui en résultent, etc. Fénelon s'étant appuyé sur l'autorité des théologiens mystiques et scolastiques, qu'il prétendait favorables à ses opinions, Bossuet, défenseur de la Tradition , ùta cette ressource à son adversaire da1is trois ouvrages latins qui parurent coup sur coup : Mystici intuto; ScJiola in tuto; Quietismus redivivus. Dans le premier, il défendait contre Fénelon sainte Thérèse et le bienheureux Jean de la Croix, dont il venait de relire les œuvres ascétiques ; dans le second , il montrait que les scolastiques n'avaient rien de commun avec les quiétistes et les erreurs de Molinos. Inutile de rappeler la Réponse àcjuatre lettres de M. de Cambrai et la Relation du quiétisme , écrasante pour Fénelon , si Fénelon n'avait pas eu « une de ces modesties superbes et inflexibles , qui sont incapables d'avouer une erreur : il pouvait s'humilier, se mépriser, se faire petit, s'offrir aux coups, aux outrages, se coucher dans la poussière ; mais de dire une fois bonnement qu'il avait eu tort, qu'il s'était trompé, il ne le pouvait pas... Donner lieu de dire que Bossuet l'avait fait chan-
(1) Ces jugements sévères de Saint-Simon sont d'autant plus remaniuables (|u'il était l'ami de Fénelon, dont il a laissé un si beau jjortrait. ^ D'ailleurs. Saint-Simon parle comme le chancelier d'Asuesseau dans ses Mémoires, comme Le Dieu dans son Journal et l'ablx'r Plielipeaux dans sa Rulaiion de l'origine du progrès et de la condamnation du (juiétixme.
gcr, se reconnaître convaincu, persuadé par celui qui avait trompé tous ses calculs , voilà ce qui lui paraissait encore plus impossible à subir. Tout lui paraissait préférable à cette extrémité (1). » Il cria donc contre Bossuet et « ses emportements » , parce que Bossuet avait dit , pour s'excuser de parler contre M""' Guyon, que c'était trop, « si cette Priscille n'avait pas trouvé son Montan pour la défendre (2) ». Mais il avait bien osé, lui Fénelon, qu'on veut faire passer pour l'innocence et la candeur même, soutenir en public et en particulier que Bossuet avait violé le secret de la confession! Il ne fit croire à personne que son illustre rival se fût rendu coupable d'un crime si odieux. Il est vrai que Bossuet, avec son esprit franc et droit, s'impatientait devant les « tortillements » de Fénelon, les textes « mis à l'alambic », les chicanes de terminologie, les évasions, les finesses, les contorsions de cet « esprit à faire peur (3) »; il s'irritait à la fin de l'attitude de Fénelon, qui jetait des cris de victime égorgée, de juste crucifié, toutes les fois que la logique impitoyable de son adversaire le clouait par un argument irréfragable, qui lui faisait l'effet d'un outrage. Il lui échappa donc des expressions souverainement regrettables (4). Mais Fénelon mentit sciemment à plu-
{l) Bossuat, par Lanson. p. 400-iOl. — Voir aussi l'reuvre magistrafe et définitive (le M. Croiislé, Fénelon et Bossuet, 2 vol. in-8^, Clianipioii, 18!)4-!to.
(2) Ceux qui reprochent tant à Bossuet ces mots de « Priscille et de Montan • , appliqués aux erreurs et non pas à la conduite privée de Fénelon et de M"" Guyon, ne devraient pas oublier qu'il y a quelqu'un de plus coupable que M. de Meaux : c'est le 1'. de la Hue, le célèbre jésuite, (|ui, prêchant aux Feuillants et parlant du « |>ur amour des quiétistes », prononça les mots d'Héloïse et d'Abélard. « Tout le monde comprit l'allusion »,dit un témoin oculaire. — Il est plus que probable que Bossuet s'inspira de cette malice; mais il l'atténua singulièrement.
(3) « Je ne puis expliquer mon fond . disait Fénelon dans un moment d'abandon avec un cher ami, Correspondance, t. VI. p. l!»i>. Il m'échappe, il me paraît changer à toute heure. .Te ne saurais rien dire qui ne me paraisse taux un moment après. Le défaut subsistant et facile à dire, c'est (pie je tiens à moi et que l'amourproprc me décide souvent.» -Cet aveu suffit à justifier la conduite de Bossuet , dauliint plus (jue Fénelon avait adopté, dans toute la (jucrelle, un système ingénieux, mais déloyal .-on l'accusait d'erreur, il s'expli{]uait et l'explication était un système tout différent, ((u'il remplaçait bientôt par un autre, et ainsi à l'infini.
('») Il écrivait à son nmeu, l'abbé Bossuet, le 1i septembre l(i!)S : « M. de Cambrai est un homme sans mesure, qui doune tout à l'esiiril, à la subtilité et à l'invention, qui a voulu tout gouverner et nn'-me l'État, par la direction, ou rampant, ou insolent outre mesure. » — Bossuet a écrit aussi : « Gnyonia sua! » mais en écartant à iilusieurs reprises toute interprétation qui aurait pu porter atteinte à la pureté des nnrurs de M. de Cambrai.
sieurs reprises (1) et calomnia Bossiiet d'une manière indigne ; cependant , il avait été son ami , son obligé de bien des manières, et le grand évêque de Meaux, « consommé depuis longtemps dans la science de l'Eglise, dit d\\guesseau, couvert des lauriers qu'il avait remportés tant de fois en combattant pour elle contre les hérétiques » , avait tous les droits au respect. La vérité triompha enfin, et le bref d'Innocent XII, du 12 mars 1699, en condamnant le livre ào, l'Explication des Maximes des Saints avec vingt-trois propositions qui en étaient extraites, fournit à M. de Cambrai l'occasion de se soumettre spontanément à Rome et d'obtenir ainsi, aux yeux de la postérité, un mérite qui a trop fait oublier ses torts (2) et les raisons invincibles qu'avait eues Bossuet de défendre avec ardeur cette doctrine des « Saints » et des « Pères de l'Eglise » , à laquelle il s'était voué corps et âme.
§ III. — Prédilection de plus en plus marquée pour saint Augustin.
« Quand il avait un sermon à faire à son peuple , dit l'abbé Le Dieu, avec sa Bible, il me demandait Saint Auf/ustin; quand il avait une erreur à combattre , un point de foi à établir, il lisait saint Augustin. On le voyait courir rapidement sur tous les ouvrages de ce Père propres à ce sujet; il n'y cherchait pas seulement les principes qu'il y avait appris toute sa vie et qu'il y retrouvait d'un coup d'œil , marqués d'un trait sur les marges; mais il y cherchait encore la
(I) M. l'abbé Bellon, clans sa thèse récente, Bossucl directeur de conscience, 18!)U. se demande, p. -23-2 : « Fénelon a-t-il menti volontairement? — Les faits semblent repondre oui », ajoute-t-il, et il le prouve très bien.
{-2) On oublie surtout que Fénelon, après avoir condamné son livre par obéissance, parle, dans ses deux lettres au Pape des i et 10 avril KiOii. de son innocence, des outrages qu'il a subis; il affirme qu'il a, non favorisé, mais combattu l'erreur: il maintient ses explications; il veut bien croire qu'il a mal exprimé son sens dans son livre et qu'il portera les tribulations d'un cœur humble et soumis. — Il n'y parait guère, et le !t octobre 1009. Fénelon écrit à l'abbé de Chanterac : « Je ne me suis jatnais rétracté; 3lu contraire, j'ai toujours soutenu (|ue je n'avais cru aucune des erreurs en question. Le Pape n'a condamné aucun des points de ma vraie doctrine, amplement éclaircie dans mes défenses. Il a seulement condamné les expressions de mon livre avec le sens (pCelles présentent naturellement ci que le n'ai jamais eu en vue. • — « Celui qui errait a prévalu, écrivait-il plus tard au P. Tellier; celui qui était exempt d'erreur a été écrasé. »
conduite qu'il devait garder avec les errants en comljattant leurs erreurs; et après leur condamnation, il étudiait dans ce Père les moyens de ramener les esprits à la paix et à la soumission. C'est ce qu'il fit dans toute Taffaire du Quiétisme, demandant avec instance (1) des conférences amiables, tant de fois pratiquées par saint Augustin, et proposant l'exemple de la soumission et de la rétractation de Leporius (2), si à propos en cette rencontre. C'est ce qu'il a fait encore depuis en faveur des protestants, dans ses Instnictions sur les promesses de r Église (3), par les paroles même du saint docteur, et en imitant sa conduite envers les Pélagiens et les Donatistes.
« Il possédait saint Augustin de telle façon qu'en quelque difficulté que ce fût, il ne manquait jamais d'y trouver le point de décision , et souvent en un mot. Avec une si grande connaissance de saint Augustin , il ne faut pas s'étonner que M, de Meaux en fit ses délices, ou qu'il le mit en œuvre à tout propos. Il s'était fait une telle habitude de son style , de ses principes, de ses paroles mêmes, que par son bon goût il a rétabli une lacune de huit lignes dans le Sermon ccxcix de l'édition des Bénédictins. Ce Sermon n'avait pas encore paru, et les Bénédictins mêmes, si habiles, n'auraient pas essayé de remplir ce vide. Cependant, il est reconnu publiquement dans leur dernier tome, parmi les tables, que ce tfixte a été bien rétabli. Mais parce qu'il s'y trouve quelque petite diversité, je rapporterai ici cette restitution telle qu'elle a été faite par ce prélat. Elle est du tome V, sermon 299% n" 5, p. 1213, en ces termes : « Bomim certamen certavi; cttrsiun consummnvi ; fidem scrvavi : haec donavit his
(I) Voilà un ténioignasc décisif, comme beaucoup d'autres, contre Fénelon. (|ui, après avoir refusé de conférer avec Bossuet, écrit le \i août i(>97 : « On a refusé (le me laisser ex()li(iuer! »
(-2) Leporius. moine de Jlarseille. soutenait des opinions contraires à la doctrine catholi(|ue sur la grâce, le i)eclié originel et la rédemption do l'iiumanité. Cassien . son al)lié. et Proculus. son évéque. essayèrent, mais inutilement, de l'éclairer. Leporius. ayant passé en Afriiiuc. eut des conférences avec saint Augustin, <>vèqiie d'ilippone. ([ui le convainguil de la fausseté de ses opinions. Leporius les rétracta et enviiya cette rétracUition à tous les évé(iues des (laiilcs. (Voir Aug. , Epist.-HU; Cassien. de Inrurnationi'.)
(.'{) La première Inalruciion est de l'Oii, la seconde de l"(il.
donis suis, débet promissam coronam; quod immolaris, quod bonum cerlamen certas, quod fidcm servas, ab illo habes ; qiiidenim habes quod non acccpisti?Sedhis, inquam , donis suis débet alia doua sua. Antequam talia donaret , quam coronam deberet?
a Vide ipsuni apostolum dicentem : Fidelis sermo et onmi acceptione dignus : quod Chn'stus Jésus venit in hune mundum peccatores salvos facere, quorum primus ego sum. » « La voilà telle qu'elle m'a été dictée et depuis communiquée à ceux qui en ont été envieux. Ces savants Bénédictins, après avoir douté que le Sermon 383% t. V, p. 1484, fût de saint Augustin , revenus naturellement à la pensée et au g-oùt de M. de Meaux, ont reconnu dans la même table (1) le style, le génie et la modestie du saint docteur ; que ce discours est digne d'être mis au nombre de ses véritables Sermons ; et ils ont fait à notre prélat l'honneur de cette restitution. Il le croyait si bien de ce Père qu'il en avait fait décrire les plus belles paroles en un tableau qu'il fît exprès placer dans sa chambre, comme un avertissement nécessaire à toute heure au gouvernement épiscopal , et pour sa satisfaction (2).
« J'avais oublié cette preuve éclatante de son respect et de son zèle pour saint Augustin. En 1689 , il voulut célébrer l'office pontifical au jour de sa fête, dans l'église des chanoinesses de Notre-Dame de Meaux. Pour rendre la solennité parfaite, il prononça le panégyrique du saint docteur, après vêpres, sur ces paroles : Gratta Dei sujn id quod sum : et gratia ejus in me vacua non fuit. Et il se renferma dans ces deux propositions : ce que la grâce a fait pour saint Augustin et ce que saint Augustin a fait pour la grâce. Son zèle le porta si loin qu'en une heure et demie il ne put expliquer que la première proposition (3). »
(1) Opéra D. Augi'stini, édition des Bénédictins, XI, Addeiida et corrlgeada in t. V.
(-2) Le sermon iiSS» de saint Angustin fut prononce le jour anniversaire de sa consécralion épiscopale.
(3) Il est profondément regrettable que nous n'ayons rien de ce Panégyrique , ni rien des deux Panégyriques de saint Thomas d'Aquin prononcées le 7 mars 1657 et le 18 juillet 16G,-;.
On a vu plus haut, page 21 , le grand cas (ju'il faisait de saint Bernard , son éloquent compatriote , et l'abbé Le Dieu ajoute « qu'il le possédait parfaitement; il le lut et relut plusieurs fois pour combattre le Quiétisme , et il s'en servit avec l'avantage que Von sait; il louait fort l'élévation de son esprit, mais surtout son onction et sa piété. Son amour pour ce Père le lit aller exprès à la Trappe 1) pour y passer le jour de sa fête. Et en 1689. touché d'une semblable dévotion, il célébra pontificalement cette fête dans l'église des Bernardines du Pont-aux-Dames de son diocèse, et y prononça le panégyrique du saint (2)...
« Il n'avait pas moins étudié les autres Pères de l'église ,3). »
On peut s'en convaincre, en parcourant les Méditations sur rÉvant/ile et les Elévations sur les M ij stères (4), les plus beaux des livres mystiques après Y Imitation (5), et où l'on rencontre, à côté d'innombrables citations de la Bible, tant de passages de saint Augustin , de saint Ambroise , de Tertullien, de saint Bernard, d'Origène, de saint Jean Chrysostome.
On raconte au sujet de ce dernier Père, une anecdote aussi plaisante que significative. Le jardinier de Bossuet, se plaignant de l'inditTérence de son maître pour les fleurs, s'écriait avec humeur : « Il faudrait planter des saint Jean 'Chrysostome pour vous les faire regarder. »
(1) Bossuet était intimement lié avec le célèbre abhé de Raiicé (Armand-Jean le Bouthillier) : il y avait alliance entre leurs t'amilles (Flo(|uet, Etudes, t. 111, p. 4.(7); ils avaient été condisciples, rivaux et amis à Navarre. Un moment séparées, lors delà vie mondaine de l'abbé de Rancé(lt>5l-l()(>o), ces deux grandes âmes sympathisèrent de nouveau à l'époque de la conversion de l'abbé et de la réformation de la Trappe (KMHi) : Bossuet y lit alors plusieurs voyages, dont il parle dans un Mémoire écrit après la mort de Rancé et inséré dans la vie de cet éniinent religieux, il lui envoya ses Oraisons funèbres de KiG!) et de 1070, et il aurait voulu, avant son sacre, faire a la Trappe une retraite, que les circonstances ne lui permirent i)as.
(-2) Encore un Panr<j)/riijuf dont la i)erte est très regrettable.
(3) Mémoires de Le Dieu. p. ."il-rw.
(4) Écrites, les premières en li«!»."i et les secondes en l<>!Hi, pour les religieuses de la Visitation de Sainte-.Marie de Mcaux, elles n'ont été publiées qu'en 1731 par le neveu de Bossuet, évoque do Troyes.
;.">; « où trouver, dit M. Lanson, p. ii»o, rien de comparable aux deux premières Semaines des Élévations, un jilus vigoureux et plus calme elTorl pour contenter la raison avide de conq)rendrc sans violer le mystère impossible à comprendre?... Où trouver surtout un mysticisme plus sain, plus serein, plus robuste, que dans
Autre anecdote qui prouve combien Bossuet connaissait à fond saint \ug"ustin et saint Bernard. Il écrivait en 1700 au cardinal de Noailles : « Si vous m'ordonnez de vous rapporter les passages de ces deux saints, je crois pouvoir le faire en peu de jours », tant sa mémoire était pleine de leurs œuvres!
Dès 1693, en effet, dès la pidDlication de YHisloire critique des principaux commentateurs du Nouveau Testament, depuis le commencement du christianisme juscjiies à noire temps, par Richard Simon, prêtre (Rotterdam, M. DC. XCIIl), Bossuet avait à cœur de venger la doctrine et la gloire de ces Pères qu'il aimait tant. Le dernier livre de Richard Simon « avait paru le plus dangereux de tous à notre prélat, dit l'abbé Le Dieu. Saint Augustin y est traité de novateur et tous les saints Pères méprisés. M. de Meaux en entreprit la réfutation par un grand ouvrage où il défend, non seulement tous les saints Pères , mais particulièrement saint Augustin et sa doctrine , qui est celle de l'Église romaine sur la grâce. Cet ouvrage était prêt à paraître en 1692 (1), lorsque tout à coup notre prélat en fut détourné par de nouvelles erreurs encore plus dangereuses pour l'Église. C'est le nouveau Quiétisme qui commença dès lors à se traiter en secret » (2j. — • Le grand ouvrage dont il s'agit ici, c'est la Défense de la Tradition et des saints Pères. « Bossuet n'avait rien tant à cœur que de publier ce livre, qu'il jugeait nécessaire en ce temps où l'on a comme renouvelé les anciennes contestations , sans parler des critiques si injurieux à saint Augustin. Il se sentait sollicité de tenir la parole qu'il avait donnée à ce sujet dans sa seconde Instruction contre la version de Trévoux (3); et, six semaines avant sa mort, il se fit rendre un compte exact de cet écrit pour en reprendre les principes, et se préparer à le con-
les Méditations et les Elévations? un mysticisme d'une tendresse qui n'énerve pas, qui ne fond pas les énergies du cœur? »
(I) Il y a là une erreur de date : l'Histoire critique n'ayant paru qu'en l(i03, Bossuet ne pouvait pas lui avoir répondu des iC<>2.
(•2) Mémoires, t. l . j). 20-2--203.
(3) Elle est de 1703; la première avait paru en 1702.
duire à sa fin. Un homme tout à lui (1) en avait fait l'analyse; il en écouta la lecture avec une joie indicible : « Vous me faites, dit-il, un très grand plaisir, je retrouve ici toute ma doctrine, et je me vois par ce moyen en état de finir très aisément. « Dieu nous Ta (Mé au milieu de ce travail et de ces pensées, comme autrefois il retira du monde saint Augustin, composant contre Julien le Pélagien, pour la défense de la grâce, son dernier ouvrage demeuré imparfait (2). »
Cette fin était bien digne du grand homme , cjui pouvait dire des saints Pères ce qu'il avait écrit des saints Livres au clergé de Meaux. en 1691 (3) : « Oui, vieillir sur eux, mourir sur eux, voilà tous mes vœux. Certe in his consencscere , his immoi'i, sitmma votoinim est. »
Les habitants de Meaux, qui voyaient toutes les nuits une lampe briller dans la chambre de Bossuet , pour éclairer ses travaux , ses études sur la Bible et les Pères , disaient entre eux : « C'pst /'f'toi/f de Monseigneur ». Cette « étoile » s'éteignit le 12 avril ITOi; ou plutôt, non; « l'étoile » de Bossuet rayonne plus belle et plus brillante que jamais au firmament de l'Église de France.
(1) L'abbé Le Dieu lui-même.
(2) Mêmoirea de Le Dieu . p. .■)()-:;".
(3) Epistola ad Clern.m Meldensem, en tète des Psaumes.