AVANT-PROPOS
La gloire de Bossuet, si l'on en croyait Sainte- Beuve, serait une des religions de la France ; et néanmoins on ne peut dire que le glorieux évêque de Meaux soit universellement aimé, admiré, respecté dans sa patrie. Il compte parmi les Français des ennemis implacables, des détracteurs systématiques, parmi lesquels figurent au premier rang Voltaire et les philosophes du xvm^ siècle, Ernest Renan et Sainte-Beuve lui-même. Les protestants le haïssent, et à leur suite sont venus des catholiques militants, tels que Joseph de Maistre, Chateaubriand, Lamennais et Louis Veuillot, sans compter un assez grand nombre de prêtres, de chanoines et de moines. Déshonorer Bossuet est même aujourd'hui, paraît-il, un mot d'ordre, une
b BOSSUET ET LOUIS XIV
consigne, que se transmettent à voix basse certains dévots, ennemis jurés de notre vieux gallicanisme. Le chanoine Réaume et l'abbé Davin ont de nos jours des successeurs qui rivalisent de zèle amer et de pieux dénigrement avec leurs devanciers. On a tenté de rendre suspecte la foi de ce a Père de l'Église » , comme l'appelait La Bruyère ; on a incriminé sa vie privée ; on a cherché surtout, et on cherche encore en ce moment même, à le représenter comme un ambitieux vulgaire, comme un homme d'intrigue, comme un courtisan qui n'a cessé de flagorner le plus autoritaire de tous les rois. Bossuet u avait l'âme adulatrice », dit l'italien Sismondi ; il se chargeait, assure Chateaubriand, de (( réconcilier Louis XIY et M'^* de Montespan. » L'auteur de la Politique sacrée est accusé d'avoir codifié et presque sanctifié le despotisme le plus odieux.
Enfin on a pu lire cette année même, dans la Semaine religieuse du diocèse de Meaux S que Bossuet « ne fut peut-être, à vrai dire, ni un très