‹ BossuetChapitre 25 sur 49 · XXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PRÉFACE

récrit bien des pages. Pour le fond des choses, il

n'aurait pas eu beaucoup à changer; surtout, il

n'aurait pas eu à se renier lui-même. Et c'est

pourquoi à ceux qui ont admiré, aimé le maître

écrivain des Etudes critiques, nous offrons avec

confiance cette « somme » de ses travaux et de

ses réflexions sur Bossuet : ils l'y retrouveront

tout entier, et ce livre posthume servira bien sa

mémoire.

Victor Giraud.

Versailles, septembre 1912.

Les manuscrits de Bossuet, comme ce célèbre manuscrit des Pensées de Pascal, ont une histoire, moins connue, mais aussi curieuse, et beaucoup plus longue. Il est sans doute regrettable qu'aucun Victor Cousin n'ait entrepris de la conter. Celui qui traita si durement, et même trop durement peut-être, les Nicole et les Roannez, pour avoir osé mutiler le texte de Pascal, qu'aurait-il bien pu dire de ce médecin qui s'avisa, vers 1741, de mettre le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même au courant de la science anatomique d'alors et, par occasion, de donner la dernière main au style de Bossuet? Ce n'est pas ici le lieu d'écrire cette histoire. Mais nous pouvons du moins en détacher le peu qu'il est indispensable d'en savoir avant d'aborder la lecture des Sermons de Bossuet. Nous aurons pour nous guider la thèse un

i. Cette étude servait de préface à une édition des Sermons choisis de Bossuet, pubhée en 1882 à la librairie Firmin-Didot.

peu vieille aujourd'hui de Tabbé Vaillant \ les Eludes de M. Floquet, si savantes, mais d'un style si bizarre 2, la préface très confuse de M. Lâchât au tome VIII de son édition des OEuvres complètes de Bossuet^^ enfin et surtout l'excellente introduction que M. Gandar a mise en tête de son Bossuet orateur^. Si nous nous séparons de M. Gandar, ce sera sur un trop petit nombre de points pour que notre premier devoir ne fût pas de lui rendre ce qu'il nous a prêté.

Nous avons de Bossuet : — cent quarante-sept sermons, abrégés, esquisses, exordes, péroraisons ou autres fragments de sermons proprement dits, — treize sermons de vêture ou de profession, dont un simple résumé, de la main de la religieuse même pour laquelle il avait prêché ce jour-là ^ — vingt-trois panégyriques ou précis de panégyriques, — et dix oraisons funèbres; soit, au total, deux cents morceaux oratoires ou à peu près. Je dis : ou à peu près, parce que, si l'on cherchait à faire un classement rigoureux, on verrait qu'il est permis ou d'augmenter ou de diminuer ce chiffre de quelques unités. A quelque

\. Études sur les sermons de Bossuet, d'après les manuscrits, par l'abbé Victor Vaillant. Paris, Pion, 1851.

■2. Études sur la vie de Bossuet, par M. Floquel, 3 vol. Paris, Firmin-Didot, 1854-1855, et Bossuet, précepteur du Dauphin, par le même, 1 vol. Paris, Firmin-Didot, 1864.

3. OEuvres complètes de Bossuet, éditées par M. Lâchât, 31 vol. Paris, Vives, 1864,

4. Bossuet orateur, par M. Gandar, 1 vol. Paris, Didier, 1867.

5. 11 faut y joindre deux fragments, y ayant deux de ces sermons pour chacun desquels nous avons deux conclusions.

chiffre que l'on s'arrête, cette production oratoire demeure la plus considérable qu'il y ait dans Thistoire de l'éloquence. Je ne remonterai ni jusqu'à Gicéron, ni jusqu'à Démosthène, mais je constaterai que nous n'avons guère plus de cent cinquante sermons de Bourdaloue; nous n'en avons pas cent de Massillon. De ces deux cents discours, Bossuet lui-même ne publia que six oraisons funèbres et qu'un seul sermon. C'est qu'aussi bien jamais homme, on doit le dire, au cours d'une vie de près de quatre-vingts ans\ ne prit moins d'intérêt à sa propre gloire ni ne se montra plus détaché de tout amour-propre d'auteur. Il fallut une prière, c'est-à-dire plus qu'un ordre, de Madame, duchesse d'Orléans, pour qu'il se résolût, en i669, à faire imprimer V Oraison funèbre d'Henriette de France. Il avait quarante-deux ans-. Et quant à l'unique sermon dont il surveilla l'édition, c'est, en 1682, le Sermon sur Vunité de rEylise, un acte, plus encore qu'un discours, et non pas tant un sermon, à vrai dire, que la profession de foi de l'Église gallicane sur les limites éternellement incertaines du spirituel et du temporel. Il vivait encore, à la vérité, quand on imprima sans sa participation le Sermon pour la profession de Mme de la Vallière (1691) et VOraison funèbre de Nicolas Cornet (1698), mais selon le témoignage formel de l'abbé Ledieu, son secrétaire, il ne s'y reconnut pas ^ J'ai lu que l'impression de ce dernier discours aurait été faite

2. Il n'avait fait encore imprimer, en tout et pour tout, que la Réfutation du cathéchisme de Paul Ferri.

3. Ledieu, Mémoires et journal sur la vie de Bossuet, t. I, p. 88 et 91.

sur une copie dérobée par un domestique infidèle dans les papiers de Fénelon ^ Tout le monde sait que Fénelon fut étrangement malheureux en domestiques. Neuf discours donc, sans plus, voilà tout ce qui subsistait, en 1704, de l'éloquence de Bossuet, et nous pouvons ajouter : voilà, jusqu en 1772, tout ce que le xviip siècle en a connue

Bossuet, d'ailleurs, avait eu ses raisons. Nous en connaissons une. C'est qu'il avait remployé^ pour ainsi dire, dans ses Oraisons funèbres, partie de ses anciens sermons ^, et que le reste, il l'avait fait passer en substance dans son Traité de la concupiscence^ dans sa Politique tirée des propres paroles de V Écriture sainte, dans ses Élévations sur les mystères et dans ses Méditations sur VEvangile^ tous ouvrages destinés au public, et dont le dernier, malheureusement, devait rester inachevé. « Je l'ai vu employer dans sdi Politique, nous dit l'abbé Ledieu, sur les rois et la royauté, des matériaux tirés de ses Sermons prêches à la cour, tant il en estimait les principes sûrs et bien établis, et sans y rien trouver à changer dans un âge aussi avancé, et avec tant de lumières *. » C'est à quoi n'ont fait assez d'attention ni ceux, pour le dire en passant, qui veulent voir dans la Politique un monument des flatteries de Bossuet à l'adresse de Louis XIV, ni d'autre part les éditeurs eux-mêmes

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