On y put joindre, après 1748, un Sermon pour le jubilé
3. C'est ainsi qu'il avait remployé dans VOraison funèbre d'Heyiriette d'Angleterre une partie du sermon sur la Mort, et dans l'oraison funèbre à.' Anne de Gonzague une partie du sermon sur la Vérité de la religion.
4. Ledieu, Mémoires et journal sur la vie de Bossuet, t. I, p. 112.
des Sermons de Bossuet. Il est en effet certain qu'on retrouve, comme le dit Tabbé Ledieu, des passages entiers des sermons de Bossuet dans sa Politique; il est certain qu'on en retrouve les membres épars dans ses Méditations et dans ses Élévations^; il est certain enfin que Bossuet destinait ces ouvrages au public, et qu'il croyait y avoir mis le meilleur de sa prédication d'autrefois. Pourquoi donc, et pour qui, se fût-il soucié de faire imprimer ses Sermons? Car leur œuvre de conversion, ne Tavaient-ils pas faite jadis? et leur œuvre d'édification^ sous la forme nouvelle qu'il venait de leur donner, n'allaient-ils pas Taccomplir?
A la mort de Bossuet, ses manuscrits passèrent aux mains de son neveu, l'abbé Bossuet, plus tard évêque de Troyes. Comment l'abbé Bossuet, qui ne manqua pas à tirer du précieux héritage tout l'honneur et le profit qu'il put, ne fit-il pas imprimer les Sermons'^
D'abord, parce qu'il était en droit de craindre que le public en accueillît médiocrement l'apparition. Disons, si l'on veut, qu'il y avait longues années en 1704, que la réputation et la gloire de Bossuet orateur avaient pâli sous l'éclat de la gloire et de la réputation du controversiste, de l'historien, du théologien, en un mot, du Père de l'Église; mais sachons, comme chose incontestable, que le xvip siècle a mal jugé de l'éloquence de Bossuet. Cela ne veut pas dire que Louis XIV, ou sa cour, aient refusé de reconnaître dans Bossuet un grand et très grand orateur; il faut
1. 'Comparez au Sermon pour la fête de la Trinité', par exemple, la IV* semaine des Étévalions, ou encore, la XI1<' semaine à l'ensemble des Sermons pour les fêtes de la Vierge.
distinguer : cela veut dire que ses auditeurs ne se sont pas doutés qu'ils entendaient la plus grande parole qui fût tombée du haut de la chaire chrétienne. Les preuves abondent. En 1662, la délicatesse de l'abbé Bossuet est mise exactement au pair de la majesté du R. P. Caussin et de la profondeur de l'abbé Biroart^ Profondeur, majesté, quels mots magnifiques; mais l'abbé Biroart, et le R. P. Caussin, quelles modestes renommées! En 1675, Bayle, qui est à Paris, et qui se prépare à son rôle futur de nouvelliste de la république des lettres, écrit à son frère : « J'ai ouï-dire que M. de Condom n'a guère réussi, et qu'il ne fît que rebattre les pensées dont s'était servi M. l'évêque d'Aire, il y a un an, le jour de la prise d'habit- ». Ce n'est rien moins que le Sermon pour la profession de Mme de la Vallière dont il s'agit. Bossuet rebattant les pensées de Fromentières! Est-ce que la seule comparaison de ces deux noms ne suffît pas? En 1687 encore, elle-même, Mme de Sévigné, n'hésitera pas à mettre V Oraison funèbre de Condé par Bossuet au-dessous de l'oraison funèbre du même illustre par Bourdaloue^. Voltaire a donc eu raison de dire, dans son Siècle de Louis XIV, que, lorsque Bourdaloue parut, Bossuet ne passa plus pour le premier prédicateur de son temps. L'expression de Voltaire, — à la condition qu'on ne lui fasse rien dire de plus que ce qu'elle dit, — est rigoureusement exacte. C'était une opinion fausse,
1. Voyez l'abbé Hurel, les Orateurs sacrés à la cour de Louis KIV, t. I, p. 224.
2. Bayle, OEuvres complètes, éd. de 17.37, t. I, supplément, p. 49.