AVANT-PROPOS
qui ces deux qualités ont crée' un absurde préjugé.
Il y a peu d'années encore, Bossuet était vaincu. En Religion, l'incrédulité Iriompliait,etau sein même du catholicisme, le gallicanisme, qui était la forme de la foi de Bossuet, était anéanti. En Politique, on avait foi à la liberté, au progrès, aux réformes, aux garanties constitutionnelles. En Morale, on prétendait se passer de la religion et de la métaphysique ; on voulait trouver dans le cœur humain même, ou dans certaines conceptions scientifiques de la vie et de l'univers, un fondement capablede soutenir tout Téditice de la morale. Et voici que tout ce qu'on avait tenté dans un effort hardi, tout ce qu'on avait cru d'une foi profonde, apparaît comme une chin]ère impossible, comme un rêve illusoire. Le gallicanisme ne renaît pas, et ne peut plus renaître; mais nous sommes revenus du scepticisme railleur, de 1 incrédulité fanatique. Nous ne croyons pas, mais nous respectons la croyance, et nous aimons mieux le dévot que Tathée, nous trouvons plus d'intelligence, plus de vé-
AVAM-FHOI'OS. VU
rite dans rafîirinatioii absolue, que dans la négation absolue. Un grand courant de sympathie pour les formes religieuses s'est manifesté dans la société, et il est parti de ceux que la religion considère comme ses ennemis les plus dangereux :
les érudits, les critiques, esprits impartiaux, qui doutent sans insulter, et qui regardent avec respect, avec émotion, parfois avec envie, l'humble foi où ils ne peuvent plus descendre. On rougit d'être appelé Toltairicji^ comme on eut été blessé jadis d'être traité de jési/ite^ et l'on aspire à la vraie tolérance, celle qui tolère la piété et n'impose pas l'athéisme. On a fait l'expérience de la liberté, des réformes, des constitutions : on n'y croit plus, ou du moins on croit que la liberté ne se suffit pas à elle-même, et qu'il faut une règle : la jeunesse, ce qui, depuis un siècle, ne s'était jamais vu, est du côté du gouvernement^ pour la première fois elle s'aperçoit que le gouvernement ne saurait être désarmé : on comprend enfin ce qu'est l'autorité, son essence et son efficacité^ on sent que les formes politiques et sociales