‹ Bossuet (volume 3)Chapitre 1 sur 23 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

qui ces deux qualités ont crée un absurde préjuge.

11 y a peu d'années encore, Bossuet était vaincu. En Religion, Tincrédulité triomphait, et au sein même du catholicisme, le gallicanisme, qui était la forme de la foi de Bossuet, était anéanti. En Politique, on avait foi à la liberté, au progrès, aux réformes, aux garanties constitutionnelles. En Morale, on prétendait se passer de la religion et de la métaphysique ; on voulait trouver dans le cœur humain même, ou dans certaines conceptions scientifiques de la vie et de l'univers, un fondement capablede soutenir tout Tédilice de la morale. Et voici que tout ce qu'on avait tenté dans un effort hardi, tout ce qu'on avait cru d'une foi profonde, apparaît comme une chimère impossible, comme un rêve illusoire. Le gallicanisme ne renaît pas, et ne peut plus renaître; mais nous sommes revenus du scepticisme railleur, de l'incrédulité fanatique. Nous ne croyons pas, mais nous respectons la croyance, et nous aimons mieux le dévot que Tathée, nous trouvons plus d'intelligence, plus de vé-

AVAM'-I'UOl'OS. Vil

rite dans rafîinnatiou absolue, que dans la négation absolue. Un grand courant de sympathie pour les formes religieuses s'est manifeste dans la société, et il est parti de ceux que la religion considère comme ses ennemis les plus dangereux :

les érudits, les critiques, esprits impartiaux, qui doutent sans insulter, et qui regardent avec respect, avec émotion, parfois avec envie, l'humble foi où ils ne peuvent plus descendre. On rougit d'être appelé Toltairicii^ comme on eût ét(' blessé jadis d'être traité àe jésuite^ et l'on aspire à la vraie tolérance, celle qui tolère la piété et n'impose pas Tathéisme. On a fait l'expérience de la liberté, des réformes, des constitutions : on n'y croit plus, ou du moins on croit que la liberté ne se suflil pas à elle-même, et qu'il faut une règle : la jeunesse, ce qui, depuis un siècle, ne s'était jamais vu, est du coté du gouvernement; pour la première fois elle s'aperçoit que le gouvernement ne saurait être désarmé : on comprend enfin ce qu'est l'autorité, son essence et son efficacité; on sent que les formes politiques et sociales

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