‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 10 sur 327 · PREFACE. XI · texte numérisé non relu

PREFACE. XI

bouleversent l'ancienne ontologie; érudite et ironique à la fois avec Bayle et Fonteaelle et leurs imitateurs; épicurienne et légère avec les poètes libertins de France, avantcourriers de Voltaire, — l'incrédulité, alors, est partout.

Or les docteurs chrétiens ne sont pas sans la voir et sans la redouter. Ils la voient si bien que c'est elle encore qu'ils combattent quand ils se combattent entre eux. Catholiques et protestants s'accusent mutuellement de faire les affaires du Scepticisme qui les épie, et ils ont également raison : chacun d'eux voit avec netteté ce qui, chez l'adversaire, peut contribuer à favoriser l'antichristianisme \ Jurieu dénonce justement à Bossuet, comme précieuse aux Athées, cette méconnaissance systématique, où le Catholicisme s'obstine, de la part d' t humanité », de recherche et de développement variable et successif que contient la doctrine de l'Église chrétienne; Bossuet signale justement à Jurieu, qui parfois, du reste, parait en convenir implicitement, la voie glissante de doute et de négation où le principe du libre-examen pousse et- précipite les protestants. Tous deux ils sentent, et ils se le disent l'un à l'autre, que l'enjeu de leur dispute en fin de compte n'est pas si le monde sera chrétien à la façon de Jurieu ou à la façon de Bossuet; mais s'il sera chrétien. Et cette intelligente prévision des révolutions futures où l'esprit humain devait être entraîné par une déduction logique, cette alarme clairvoyante sur des dangers encore lointains et qui ne se sont pleinement réalisés que naguère, donnent, entre 1660 et 1715, à la tactique des Controversistes, surtout parmi les Calvinistes2, une hardiesse et des velléités d'innovation où l'on peut reconnaître le germe des changements, si considérables, survenus seulement de nos jours dans la religion protestante.

C'est ainsi que, par plus d'un aspect, la Controverse de la fin du dix-septième siècle offre au chercheur l'attrait le plus vif, en somme, que puissent avoir les choses passées : celui de nous faire penser aux choses présentes.

1. Voy. plus loin, 1. III, chapitre cinquième, nos vi, vu, vin, p. 542-567, jiassim.

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