‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 9 sur 327 · Voy. livre premier, chapitre premier, p. 24 à · texte numérisé non relu

Voy. livre premier, chapitre premier, p. 24 à

y PREFACE.

voisinage des nouveautés troublantes qui alors bouillonnent et font éruption de toutes parts. On aurait grand tort de s'imaginer les théologiens de ce temps comme des ergoteurs inintelligents, enfermés dans une spécialité murée, sourds et aveugles aux leçons de la réalité ambiante, et poursuivant avec sérénité, sur des matières purement scolastiques, un débat byzantin. Nicole, Arnauld, Bossuet, Jurieu, Basnage, savent au besoin, dans leurs livres, faire même de la politique. Sous l'influence des événements survenus en Angleterre, en France et dans le reste de l'Europe, de 1665 à 1690, la Controverse est amenée à s'ouvrir à de certaines questions plutôt sociales que religieuses1 : à celle, par exemple, des conditions et des limites pratiques de la liberté de conscience, et, par conséquent, des droits du peuple gouverné à l'égard du souverain qui le gouverne. Et ce sont là des problèmes dont notre société n'a pas encore à l'heure qu'il est le droit de se désintéresser.

Mais à ne la considérer même que sous son aspect purement théologique, la Controverse des Protestants et des Catholiques au dix-septième siècle touche aussi aux inquiétudes les plus vives et les plus urgentes des consciences modernes — et le nombre en paraît devenir de plus en plus grand — que l'avenir de la religion préoccupe.

Il n'était certes pas question, au moment où Bossuet et Jurieu rompaient leurs dernières lances, de Positivisme, de Panthéisme, d'Agnosticisme; le Rationalisme spiritualiste lui-même était à peine né. Et pourtant ce qui au fond s'agite déjà dans cette dispute des deux confessions chrétiennes, c'est la question de la croyance surnaturelle ellemême.

L'incrédulité, jusqu'alors timide et latente, prenait, vers 1690, conscience de sa force, et partout se déclarait avec un vigoureux concert. Théologique et d'apparence chrétienne avec les « Tolérants, » nombreux surtout en Hollande, et avec les « Sociniens, » nombreux partout, depuis la Pologne jusqu'à la France ; métaphysique avec les philosophes successeurs de Descartes, qui, plus ou moins innocemment,

1. Voy. plus loin, livre III, chapitre deuxième, n» iv, p. "353-368; chapitre quatrième, n» in, p. 484-489; chapitre cinquième, n« m, p. 526-530; n° vn. p. 551-552 ; etc.

Page 1