Hyperaspistes. Op.. t. IX, p. 1333 sq
202 LIVUE DEUXIÈME.
désirer franchement son triomphe, il souhaite, du moins, de tout cœur, qu'il ne succombe pas \
Telle est, ce me semble, l'explication de la conduite assez complexe d'Erasme à l'endroit de Luther, et les contradictions n'en ont pas échappé à Bossuet. Dans un de ces trop rares passages où l'auteur des Variations consent à nous apprendre, autrement que par l'usage qu'il fait d'eux, son opinion personnelle sur les auteurs dont il se sert et la place qu'il leur donne dans sa confiance, non seulement il remarque2, comme il est trop aisé de le faire, qu'Erasme, au commencement de la Réforme, a « favorisé Luther ; » non seulement il relève « son étroite familiarité » avec les principaux du parti protestant, et ses discours très sévères et très libres sur les dérèglements des catholiques ; mais il fait observer en outre que même après qu'Erasme se fut « éloigné » du Réformateur, il n'écrivit cependant contre lui qu'avec « beaucoup de modération, » et il signale, en passant, d'un mot très juste, ce caractère particulier qu'il a toujours conservé dans les disputes de la religion. L'année même où l'Histoire des Variations fut publiée , il parut un livre dont l'auteur s'efforçait encore de prouver le catholicisme inébranlable d'Erasme3. Bossuet était loin, sans doute, de partager cette opinion. Sans se donner le loisir d'insister sur ce « caractère particulier, » qui l'a frappé dans les idées et dans l'attitude d'Erasme, il aperçoit bien qu'en réalité à aucun moment Erasme n'a fait preuve d'hostilité contre la personne de Luther ni contre son œuvre 4. Voilà pour-
1. Epist. 790 (2 sept. 1524); 718 (12 déc. 1524). Epist. 796 (7 mars 1526) : « Non desinam tamen optare laetufn dliquem exitum hujus tragoediae, vndecumque natae, quomodocumquèprogressae. Videbam enim fore ut, si Victoria cederet quorumdam affections, Lutheri ruina multas res optimas set-mu tralieret in eocitium, etc. » Adversus calumniosissarn epistolam Lutheri (1527) : « ... £70 non tantum illiprecabor mali (Luther l'accusait de désirer sa mort), sed potius ut in eo moriatur vanitàs et rirai veritas. » — ■ Dans V Epist. in Pseudevangelicos, Érasme distingue encore une fois Luther et le venge de ses faux et iulidèles disciples (Op., t. X, p, 1580).