‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 109 sur 327 · Les Sentiments d'Érasme, par Richard de Beaulieu · texte numérisé non relu

Les Sentiments d'Érasme, par Richard de Beaulieu

4. Je me sépare sur ce point de plusieurs biographes de Luther : de G. Feugère, par exemple (ouvr. cité, p. 245 sqq.) qui, sans faire d'Érasme un catholique

quoi il ne s'étonne pas que les protestants « lui donnent assez de créance, » et pourquoi lui-même il croit pouvoir consulter sans crainte cet ami de la Réforme : ami timide, à la vérité, et indépendant, mais de qui toutefois les sympathies luthériennes, dans leur tiédeur et leurs restrictions, ne doivent pas être plus douteuses pour nous qu'elles ne le furent pour les contemporains \

Nous le voyons donc : soit qu'on examine les documents acceptés par Bossuet, soit qu'on lui demande compte de ceux qu'il rejette, il est aussi difficile de montrer des erreurs dans ses choix que des injustices dans ses exclusions.

Mais il ne suffit pas à notre dessein d'avoir revendiqué pour lui ce double mérite. Il est possible même à de piètres historiens de faire illusion sur le choix de leurs sour-

bien ardent, ne croit pas cependant à la solidité jusqu'en 1525, ni à la persistance, à partir de cette date, de ses sympathies secrètes pour le luthéranisme. (Cf. p. 278 : « Érasme n'est ui luthérien ni protestant a. aucun degré. ») Dhummond, malgré certaines concessions (t. If, p. 201, 206, 207); Kuhn, Vie de Luther, t. II, p. 182, me paraissent excessifs dans le même sens.

1. Mélanchthon, Lettre à Érasme (1524), Epist. Erasrhi lib. XIX, n : « contra conscientiam... facturus videare si Lutheri causam oppugnes vehementius. » — Eberlin, pasteur luthérien, écrit à Charles-Quint (après la publication du traité du Libre Arbitre d'Érasme) « qu'il s'associe aux vœux de ses amis pour que l'Empereur choisisse pour confesseur ou du moins pour conseiller intime Érasme de Rotterdam, Luther, Carlostadt, ou quelque autre pareil. » Cité par Dôllinger, La Réforme, t. I, p. 10, n. 1. — Lettre de Jean Sturii à Bucer (10 mars 1535, dans Herminjard, Corresp, des Réformât., t. IV) : « Nihil intèrest ihter anabaptistam, Erasmianum et Lutheranum : omnes sine discrimine coercentur. » — Simon Fontaine, Hist. cathol. de notre temps(lb62), p. 17, 91, 115. — Florimond de Rémond, Hist. de l'hérésie (1(505), p. 17 : « On dit qu'Érasme cuida enfoncer l'huis que Luther enfonça tout à fait. Ainsi disaient ordinairement les Allemands : Erasmus innuit, Lutherus irruit; Erasiniis parit ora, Lutherus excluait pullos ; Erasmus dubitât, Lutherus asseverat. Alors les écoliers parlant de ces deux hommes avaient ordinairement ces mots grecs en bouche : r\ "Epoc<T|j.o; AovôeplÇei, v| Ao-JOspo; Èpoeru-éÇEt. >. — Cf. Pallavicin, Historia concilii Tridentini, 1670, lib. 1, cap. xxni. — Seckendorf, Commentarius <le Lutheranismo, I. III, p. 19, paragr. xix. — Bayle, Dict. cri/., art. Luther, rem. AA : <c Erasme, le Jean-Baptiste de Luther, ■• et les citations de Fbugère, ouvr. cité, p. 129-132, p. 215 sqq.

ces; et plusieurs ont eu l'art de ne jamais discréditer leurs ouvrages par des références compromettantes. Tel Varillas, qui connaissait les noms des bons auteurs; il les cite sans compter * et l'on n'aurait point de lui mauvaise estime si l'on ne lisait que ses marges. Reste donc à savoir si, dans l'usage que fait Bossuet des documents triés par lui avec tant de soin , il soutient ce caractère de probité sévère; si, après avoir su choisir ses informations, il sait en tirer parti comme il faut. Trente ans plus tôt, dès son premier livre de controverse, il ne craignait pas d'accuser son adversaire Paul Ferry de « lire bien négligemment les auteurs qu'il citait », et de ne pas se « donner le loisir de les digérer sérieusement2. » Quelques années après Y Histoire des Variations, il tancera Jurieu du même défaut : « Fiez-vous à votre ministre,

— écrit-il aux Réformés dans un de ses Avertissements ,

— quand il vous cite des passages! Non, mes frères, il ne les lit pas , ou il ne les lit qu'en courant 3. » La façon dont il procède lui-même lui donnait-elle le droit de morigéner les autres de si haut?

Suivons-le d'abord en présence des documents originaux. Le premier devoir de l'historien est évidemment d'en vérifier l'authenticité. Bossuet n'a pas l'occasion, dans Y Histoire des Variations , de le faire pour son compte au sujet d'aucun des documents dont il se sert \ mais il y est quelquefois obligé à l'égard de certaines pièces qu'allèguent, à tort selon lui, ses adversaires.

Il trouvait, par exemple5, cités comme un document incontestable dans Y Histoire des Albigeois et des

1. Il renvoie, dans son Histoire des Révolutions arrivées pour cause de religion (1686 sqq.), à Sleidan, aux lettres de Luther et de Mélauchtbon, à David Chytrée, etc.

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