‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 122 sur 327 · DE L'ORIGINALITÉ DE QUELQUES MES HISTORIQUES DE BOSSUET · texte numérisé non relu

DE L'ORIGINALITÉ DE QUELQUES MES HISTORIQUES DE BOSSUET

Cette méthode exacte ne pouvait manquer de conduire quelquefois Bossuet à des vues nouvelles. Le chercheur consciencieux et sagement défiant qui s'astreint à remonter aux sources est presque toujours sûr de faire des découvertes : c'est là une vérité d'expérience que la lente conquête de l'histoire sur l'inconnu du passé n'infirmera pas sans doute de longtemps, et qui, en tout cas, était encore plus vraie à la fin de l'avant-dernier siècle, alors que si peu d'hommes avaient traité scientifiquement la recherche historique.

Sur plusieurs points Bossuet s'écarte de la tradition antérieure à lui : ses chapitres sur les Yaudois, sur les guerres civiles de France au seizième siècle, sur Mélanchthon, vont nous en offrir des exemples. Il est vrai que, parmi ces thèses originales pour le temps, quelques-unes, vérifiées peu après Bossuet par d'autres auteurs qui, dans des ouvrages plus spécialement historiques que le sien, les adoptèrent, ont pris pied de bonne heure dans l'histoire et sont aujourd'hui banales. Mais en outre de la convenance qu'il y a partout sans doute à rendre justice aux « inventeurs », ce n'est pas une curiosité sans profit que de surprendre, à son éclosion même et dans son premier état, l'idée juste destinée à durer. Il est intéressant d'observer, soit dans son excès trop affirmatif, soit dans sa timidité trop hypothétique, cette formule initiale, — que les travaux suivants viendront compléter ou

restreindre, — d'une vérité nouvelle; et l'histoire de l'histoire a son enseignement.

De plus, ces vues propres à Bossuet et opposées à celles de ses devanciers ne devaient pas toutes s'imposer si vite à l'adhésion de ses successeurs, ni passer de prime saut au rang" des vérités acquises et inamovibles. Il en est une, en particulier, qui, dès l'abord vivement combattue, longtemps repoussée, ne triomphe que d'hier : c'est sa théorie sur les Vaudois.

D'où sortait et qu'était au juste cette secte nombreuse, puissante et vivace ? A quelle date avait-elle paru pour la première fois dans l'Europe chrétienne? Soutenait-elle une hérésie particulière, ou bien si le nom de Vaudois peut s'appliquer communément à tous les révoltés religieux du moyen âge? Sur ces questions, en 1688, tous les historiens connus ne fournissaient que des renseignements pauvres, vagues et contradictoires.

Leur ignorance ou leur embarras parait dès les ouvrages du quinzième siècle. Que l'on consulte les histoires savantes ou les livres de vulgarisation, que l'on interroge Nauclerus, dans cette Chronique universelle ' qui défraya tant de compilateurs et servit longtemps de manuel d'enseignement, ou Platina dans les Vies des Papes -, ou yEneas Sylvius dans son Histoire bohémienne z , ils ne nous apprennent quoi que ce soit de précis sur les croyances et le caractère de la secte vaudoise qu'ils paraissent hardiment confondre avec les Albigeois proprement dits. Et apparemment tel était sans doute, sur ce point, l'état indifférent de l'opinion publique à la fin du moyen âge.

1. Memorabilium omnis àetatis et omnium, gentium chroniçi commenlarii, (1501); édit.'de 1579, p. 851, 1033.

2. In vilas summorum Pontificum (1479); édit. de 166i, pp. 389-391, 401 (Vies d'Innocent III et de Lucius III.)

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