Hist. de France, t. I, 1. VII, p. 223, 245, etc
5. Bèze, Icônes, 1580. — Chassanion, Histoire des Albigeois touchant leur doctrine et leur religion contre les faux bruits qui ont été semés d'eux suites écrits dont on les a à tort diffamés, Genève, 1595, p. 29.
6. Aymo.v, t. I, p. 313, t. II, p. 11, 87. « Le Synode provincial de Dauphiné avait donné ordre à Perrin de dresser cette histoire. » Bibl. hist. de la France.
7. Histoire des Vaudois, Genève, 1617; Histoire' des chrétiens albigeois, ibid., 1618; Histoire des Vaudois divisée en trois parties. La première est de leurs origines, pure croyance et persécutions qu'ils ont souffertes par toute l'Europe par l'espace de plus de 430 ans; la seconde contient l'histoire des Vaudois appelés Albigeois ; la troisième est touchant la doctrine et discipline qu'ils ont eue commune entre eux ri la réfutation de la doctrine de leurs adversaires, ibid., 1619.
rope. « Waldo n'est pas leur fondateur, et leurs origines sont beaucoup plus anciennes. Ils remontent jusqu'au temps de Constantin , où un certain Léon de Constantinople, scandalisé par la donation faite par l'Empereur à l'Evèque de Rome , protesta contre l'enrichissement de cette Eglise infidèle à la simplicité apostolique et dorénavant à jamais dévoyée. Quant aux croyances, Vaudois aussi bien qu'Albigeois sont purs de ce manichéisme que les moines chroniqueurs leur ont odieusement attribué, et ils n'ont fait, à vrai dire, les uns comme les autres , que proclamer par avance les principes réformateurs du protestantisme d'à présent. »
Telle est, dans ses traits généraux, la théorie constituée par Perrin, et qui, durant tout le dix-septième siècle, règne en histoire. Agrippa d'Aubigné, dont cette question intéressait la ferveur huguenote , s'empare avec empressement des conclusions" de Perrin qu'il s'attarde à exposer minutieusement dans la seconde édition de son ouvrage. A ses yeux il est désormais certain que les Vaudois, recueillant dès les premiers jours du christianisme et gardant pur de toute ivraie le bon grain de la parole évangélique, n'aient « épandu » silencieusement par toute l'Europe les « semences » de la Réforme future1. C'est bien de ces « peuples ruinés » par la persécution papiste que les Réformés ont « relevé l'enseigne ». En 1614, le ministre Pierre Gilles-, en 1658, l'anglais Samuel Morland3 reprennent la thèse de Perrin et d' Agrippa d'Au-
1. Ilisl. universelle, 1. II, ch. v, vi, vu, viu et ix. D'Aubigné insère clans son ouvrage une longue bibliographie du sujet; il ajoute dans la seconde édition (1626) une biographie de Pierre de Waldo. Cf. édit. A. de Rùble, t. I, p. 167, sqq., 191 sqq. « Ces Vaudois... entre les divers noms qu'on leur donne eurent celui d'Albigeois. » « Waldo avec quelques-uns de ses amis. s'élève contre cette nouveauté (la Transsubstantiation) ». « Les Vaudois... plus connus alors sous le nom de Cathares... » « [On ajouta] au nom de Vaudois, ceux d'Albigeois, Chaignars, Tramontins, Joséphites, Lollards, Frérots ou Fraticelli, Insabbatins, Pataréniens, Passagents, Gazares, ïurlupins, Touzins, Plomeaux, Picards, Lionnois, Bohémiens, Cathares, Ariens, Manichéens, Gnostiques, etc.. » « Leur doctrine est pareille à celle des Réformés d'aujourd'hui. » D'Aubigné fait sortir Wiclef et Jean Huss de ces Vaudois.
2. Histoire ecclésiastique des églises vaudoises (1644). — Cf. Bayle, Dict. cril., édit. Beucnot, t. VII, p. 81.
3. History of thé Evangelical çhurches of the Valleys of Piedmont (1658).
bigné et l'enrichissent. Cependant les théologiens calvinistes et anglicans ; Du Plessis-Mornay, Usher, Dumoulin1 s'en emparent pour la faire servir avec assurance à l'apologie delà Réforme. Et, quand eu 1669, vingt ans seulement avant Y Histoire des Variations, le barbe vaudois Léger résume de nouveau l'histoire ou la lég'ende ainsi établie, personne ne songe à le contredire \
C'est qu'en effet les controvérsistes catholiques ne voyaient point là une matière à contestation utile. Tout au contraire, il leur plaisait que les protestants, de plein gré , confondissent en une même secte Albigeois et Vaudois ; car les premiers étant fréquemment accusés par les chroniqueurs du moyen âge d'avoir donné dans des erreurs sentant le dithéisnie, erreurs qui se traduisaient, dans leur morale et dans leur vie, par des coutumes bizarres ou scandaleuses, on pouvait alors, de l'aveu des protestants, envelopper aussi les Vaudois, ces victimes tant plaintes des massacres de Cahrières, de Mérindol et d'Angrogne, dans le crime et le discrédit de ces Manichéens dépravés dont les nouveaux Réformés se réclamaient imprudemment. Mariana, Gretser, Rinaldi 3 déclarent donc,
1. Du Plessis-Mornay, Le Mystère d'iniquité (1611), p. 318-321, 339-341, 374-376, 385, 401, 413, ili, 596. — Usiier, Gvavissimae i/i/aestiones de Ècclesiarum christianarum successione et statu, cap. vin et x, éd. de 1658, p. 225, 310, 352, 371, sqq. (La première édition est de 1613). — Dumoulin, Nouveauté du Papisme (1627), 1. J, cli. xn.
2. Hist. générale des Églises évangéliques des vallées vaudoises (1669). — Cf. Bayle, Crit. de l'Hist. du Calvinisme, lettre XI, Œuvres, éd. de 1737, t. Il, p. 50.
3. Mariana, Praef. in Luc. Tud., rite par Larroque, Hist. de l'Eucharistie, p. 156. — Gretser, Lucae , Tudensis episcopi, scriptores aliquot succedanei contra sectam Waldensium, Ingolstadt, 1613, Proleg., cap. i : » Constat cum altitude, tutu ex Anglicana historia Rogeri (Roger de Hoveden) , jam anno Red. MCLXXVH et MCLXXVIII , diu ante Innocenta III pontificatum, VYaldenses non modo autos, sed et damnalos esse, sub nominibus liaereticoi* mu Tolosanorum et Albigensium ; nain nos non fuisse alios quarn Waldenses in comperlo est... Cf. ibid., chap. vi : de Waldensibus, Pauperibus de Lugduno, Leonistis, Gazaris et Catharis ; chap. ni : de Patarinis ; chap. iv .' de aliix Waldensium sectarum nominibus. — Cf. le Praeloquium de l'ouvr. intitulé : Trias scriptorum adversus Waldensium serin,),, [ngolst., L614, cap. i : « ... Waldensium secta nihil aliûd crut quam variarum sectarum foedissima colluvies. » Cap. III : « ... Jam dixi et probavi... Albigenses et Waldenses non re, sed appellatione diversos. Itaque quod de illis prae,di~ litiii est , tic istis itidem accipi débet. ■■ — Rinaldi, Innales ecclesiastici,
tout d'une voix, que les Vaudois ne doivent pas être distingués des hérétiques d'Albi contre lesquels fut dirigée la croisade, que leur doctrine contenait à peu près les mêmes articles, et qu'ils sont au même titre, les uns et les autres, les devanciers, également exécrables, de la Réforme *.
Dans ce consentement unanime 2, c'est à peine si quelque historien, plus respectueux des textes que des convenances de la polémique religieuse, ose hasarder ses doutes sur cette fdiation et cette ressemblance prétendue des deux sectes. Guillaume Catel, l'un des premiers et l'un des rares érudits qui, dans le commencement du dixseptième siècle, aient eu, en écrivant l'histoire de France, le souci de l'exactitude3, établit que les Albigeois sont antérieurs aux Vaudois et qu'ils descendent des Henriciens, « qui avaient déjà gâté le Languedoc, » plutôt que des Pauvres de Lyon. Mais les idées reçues ont tellement de pouvoir que Catel, comme pour réparer sa hardiesse, s'empresse d'ajouter qu'il est très persuadé, nonobstant, que les Vaudois se sont joints, quelque temps après, aux Pétrobusiens, « comme c'est la coutume des hérétiques,
t. XVII, XIX, XXI, XXX, passim; T. XXI, ad annum 1255, xxxi ; t. XXVII, ad a. 1403, xxiv : « Waldenses sive Cathari... » (Il s'agit des Cathares albigeois). T. XXV, ad a. 1335, lxiii : « Grassabanlur in Tolosana provincia nonnulli Waldenses... » Cf. t. XIX, p. 423, note 4. T. XXX, ad a. 1498, xxxvi : « Waldensium sive Pikardorutn... » — Perrin, au chapitre vu de son Histoire (p. 60 sqq.), lequel a pour titre : « Que les adversaires des Vaudois ont reconnu que la doctrine desdits Vaudois est conforme à celle de ceux qui font à présent profession de réformation », cite, entre autres, Lindanus, le cardinal Hofius, le jésuite Gautier, le cardinal Bellarmin, etc.
1. Cf. dès 1524, Bernard de Lutzenburg, Catalogus haeresium, f. lxxxviu : >< Lutherus... quasi omnes errores Waldensium rénovât »; J. Gay, Hist. des Albigeois, 1561 ; et les auteurs précédemment cités. — Rinaldi entrevoit bien (Ann. eccl., t. XXIV, ad a. 1332) qu'il y a quelque différence, entre les Protestants modernes et les Vaudois, pour la doctrine, mais i! ne laisse pas d'attribuer aux uns comme aux autres la négation de la Présence réelle. De même, Véron, La Nouveauté de la R. P. R. (1631), p. 7, 10, 17, etc., distingue les Réformés des Vaudois et des Albigeois, mais il identifie ces deux sectes.
2. Cf. André Favyn, Hist. de Navarre (1622), p. 289 sq. ; et les ouvrages de vulgarisation du dix-septième siècle, tels que Hoffmann, Lcricon (1677), à l'article Albigenses. De même, Chevreau, Hist. du monde (1686), t. Il, p. 137 : « Les Vaudois, ainsi nommés de leur premier chef Valdo...; depuis Albigeois, du territoire d'Albi, où cette secte s'était répandue. »
3. Préf. de YHist. des comtes de Toulouse, et Le Gendre, Hist. de France, • t. H, p. 43.
bien qu'ils aient diversité de doctrine, (de s'allier) pour combattre l'unité catholique1. » A la suite de Catel, l'archevêque Pierre de Marca et Mézeray distinguent les Albigeois des Vaudois, ceux-ci n'étant pas, leur semble-t-il, « tant éloignés » que les autres de la foi orthodoxe2 ; mais ils n'en continuent pas moins à ne faire de ces deux sectes, d'opinion différente , qu'une seule et même famille ; à confondre leurs croyances dans le détail après les avoir distinguées en bloc ; à déclarer que, l'un comme l'autre, ces deux groupes d'hérétiques ont professé « les mêmes sentiments à peu près que Martin Luther et Jean Calvin 3. » Tel était, en 1688, l'état incomplet, obscur et confus de l'histoire sur la question des Vaudois. En 1635, dans la Réfutation du Catéchisme de Paul Ferry, vers 1680 dans cet Abrégé chronologique de l'histoire universelle des pays modernes dont nous avons parlé * , Bossuet lui-même avait accepté telles quelles les opinions traditionnelles. Il avait profité des observations de Catel en ce sens qu'il ne faisait pas les Vaudois pères des Albigeois ; en revanche et par une erreur opposée, il admettait qu'ils étaient leurs continuateurs, et il les considérait tous, lui aussi, comme des précurseurs avérés de la Réforme du seizième siècle5. Mais lorsque en composant Y Histoire des Variations, il éprouve la nécessité de se rendre un
1. Histoire des comtes de Toulouse (1626), p. 212, 243, 231, 232.
2. P. de Marca, Histoire de Be'arn (1650), p. 508,727, 728, 730. — Mézeray, Hist. de France (1643; édit. de 1830, t. III, p. 188-190>. — Cf. Basnage, Hist. de lu rel. des éc/l. réformées (1690), t. I, p. 148.
3. P. de Marca, p. 728 : « Pierre de Valcernai nous assure qu'il y avait parmi eux [les manichéens) un troisième parti, qui était reconnu sous le nom de Bonshommes et de Vaudois, à cause de leur protecteur Waldo, marchand de Lyon, qui avait fait fort avancer la secte » (De Marca dit plus haut) : •> qui les appuya en ces quartiers. » Il admet la préexistence des Vaudois à Waldo. lliid. : « Ces opinions vaudoises étaient ouvertement professées par les Albigeois... » P. 730 : « Ces hérétiques (les Vaudois) rejetaient l'Église romaine et toutes les traditions, canons et décrétâtes,... la présence du corps de J.-C, etc. »