Cf. Jo. Alb. Fabricius, Centifolium lutheranum
4. Cameharius, publiant en 1566 la Narratio de Pli. Melanchthonis ortu, curriculo et morte, a été gêné par sa situation personnelle (cf. plus haut, p. 212 n. 3), de même qu'il le fut dans la publication des lettres de son ami (cf. plus loin, p. 283). C'est le panégyrique d'un théologien très discuté, par un de ses disciples, menacé et persécuté lui-même. De là quelquefois des mots qui sonnent faux. Camerarius dit, par exemple, que, dans la fin de sa carrière, Mélanchthon dédaigna de rentrer dans la lutte, acquiescens in recta bonaque conscientia. Si jamais quelqu'un s'est reposé dans sa conscience, ce n'est certes pas Mélanchthon. Quelques particularités sur la vie familière et les habitudes domestiques du pieux savant sont ce qu'il y a de plus original dans l'ouvrage de Camerarius.
La vie de Mélanchthon, assez développée (p. 327-361 de l'édition de 1620j dans les Vitae germanorum theologorum de Melchior Adam, y est traitée d'une façon toute extérieure. Les différends de Mélanchthon avec Luther sont analysés avec une exactitude abstraite ; ses ennuis sont indiqués vaguement sans être approfondis; il y a beaucoup de théologie générale, point de psychologie particulière. — Teissier, dans les Éloges des hommes savants tirés de l'histoire de M. de Thou (édit. de Genève, 1683, p. L73-180) ne fait qu'ajouter quelques détails, tirés de Camerarius, de Melchior Adam, des luthériens Quenstedt et Calov à la brève notice recueillie de divers endroits de Y Histoire universelle.
un de ces privilégiés de l'histoire à qui l'attention toujours acquise des générations successives fait une vie nouvelle, sans cesse accrue et rajeunie ; tandis qu'il prenait toujours davantage, dans la mémoire des hommes, une physionomie réelle, précise et saillante, Mélanchthon n'était déjà plus qu'un nom \
Dans Y Histoire des Variations, Bossuet ne tarde pas à le rencontrer sur sa route. Il le trouve au premier rang dans le chœur des admirateurs enthousiastes du « Prophète2 » saxon. Toutefois rien n'annonce d'abord qu'il veuille lui accorder une attention particulière. Il le désigne, en passant, par les épithètes traditionnelles qui semblaient comme attachées au nom de Mélanchthon : « homme modéré et naturellement sincère,... le plus capable comme le plus zélé des disciples de Luther,... un de ses disciples les plus soumis3. » Il paraît au début ne le vouloir appeler que comme témoin sur le compte de Luther et de la Réformation allemande.
Puis, peu à peu, à force de prendre l'avis et de noter l'impression de Mélanchthon dans toutes les circonstances graves de la vie de Luther et de la révolution religieuse de l'Allemagne, il s'intéresse à lui 4. Il le suit, il l'observe, il démêle une contradiction presque constante, et, du reste, avouée, entre le rôle public et officiel joué par Mélanchthon et ses pensées personnelles. Il croit décou-
1. Les biographies modernes font valoir à tort que, dès le dix-huitième siècle la Bibliotheca Melanclithoniana de Strobel (1775) comptait cent soixante ouvrages. Il faut voir ce que c'est. La liste de Strobel comprend, presque uûiquement, ou des éloges poétiques, Elegiae, Epicedia, Parenlalia, composés en l'honneur de Mélanchthon (la plupart l'année même de sa mort) par quelques humanistes fidèles ; ou des dissertations théologiques sur les points contestés de sa doctrine : par ex., G. Pkuceri Traclatus historicus de Ph. Melanchthonis sententia de Coena Domini. 1596. — De plus, ces sortes d'ouvrages eux-mêmes devinrent très, rares une fois la première ferveur de ces disputes tombée : Strobel ne cite que cinq écrits relatifs à Mélanchthon eolve 1600 et 1683. Et le dernier est de 1651.