‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 156 sur 327 · L. IV, n» xxv ; 1. III, n° xli · texte numérisé non relu

L. IV, n» xxv ; 1. III, n° xli

missions, les complaisances, ne voilà-t-il pas un nouveau coefficient humain qui diminue encore, à nos yeux, les effets de cette fatalité mystérieuse de 1' « Hérésie » , de cette influence néfaste de l'esprit de parti sur ceux qu'il envahit et qu'il domine, châtiment providentiel dont Bossuet veut que Mélanchthon ait été la victime? Ici encore n'est-on pas amené à conclure, d'après Bossuet même, et contre lui, que l'indépendance d'une raison trop superbe, la révolte contre l'autorité de l'Eglise, ne sont pas la seule et unique cause des doutes et des fautes de Mélanchthon; mais que l'atonie naturelle de sa volonté, comme tout à l'heure la subtilité littéraire de son esprit, a été pour beaucoup dans les déviations de sa conduite publique et dans les peines de sa vie cachée ?

Ainsi, tout en expliquant Mélanchthon à sa manière et de son point de vue purement religieux, Bossuet nous fournit néanmoins les éléments d'une appréciation plus impartiale et plus large1. Quelque désireux qu'il soit de tirer de l'exemple de ce Réformateur- une « moralité » catholique, il ne se permet pas de le déformer et de le recréer à sa guise. Son Mélanchthon n'est point un type arbitraire et abstrait, un paradigme démonstratif, un mannequin de moraliste ou de prédicateur, préoccupés d'incarner tant bien que mal leur opinion dans un personnage , et d'habiller en homme une idée. Il est aussi concret et complet que le permettait le dessein très défini et le plan régulier de l'histoire générale où il figure.

On a dit, on peut dire « le Mélanchthon de Bossuet, » en ce sens que c'est bien Bossuet qui, le premier, a tiré du demi-jour, où il s'enfonçait de plus en plus, ce dédaigné de l'histoire antérieure, pour le réintégrer à une place méritée et le produire au-devant de la scène. Mais s'il

1. Bossuet note en plusieurs endroits que Mélanchthon ne savait sans doute pas beaucoup de théologie ni d'antiquité ecclésiastique avant d'entrer dans la Réforme. (Cf. I. IV, u° xxxi ; 1. V, n° i). — Il insiste également sur la croyance de Mélanchthon à l'astrologie (I. V, u° xxxiv).

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