Cf. Encyclopédie Lichlenberger, art. F. Puaux
5. La première, datée du 1er septembre 1686, avait précisément pour objet de répondre à la Lettre pastorale de Bossuet aux nouveaux catholiques de son diocèse.
travaient l'effort et le succès des convertisseurs l. Dans sa lettre du 1er juillet 16882, Jurieu cite une première fois Y Histoire des Variations alors toute récente ; mais il la mentionne simplement. L'ouvrage, à l'en croire, ne valait pas davantage. « Quelque attaché que nous soyons, » écrivait-il quelque temps après, « au principal sujet que nous avons choisi pour être la matière de nos instructions, cependant, quand il se trouve quelque chose à la traverse qui est digne de notre attention , nous avons accoutumé de nous arrêter et d'interrompre nos matières ordinaires. Mais nous n'avons pas jugé qu'il fût nécessaire de faire cela quand le dernier livre de M. Bossuet, évêque de Meaux, a paru. Nous étions occupé alors sur la matière importante de l'infaillibilité de l'Eglise, et les connaisseurs nous parlèrent du livre des Variations avec si peu d'estime que nous ne jugeâmes pas qu'il fût à propos de quitter l'endroit où nous en étions pour courir à votre secours3. » Ce dédain si superbe ne devait guère durer. Dès le 15 novembre 1688, tout en affirmant qu'un ouvrage aussi long et aussi ennuyeux 4 que Y Histoire des Varia-
1. Sur le succès des Lettres pastorales eu France , ainsi qu'en Allemagne où elles furent traduites et annotées par le théologien hessois Samuel Andreae, voy. Chauffepié, Die t., art. Jurieu; — le Journal des Savants, 1689, p. 465 : « Les Lettres pastorales ont causé trop de désordre dans le royaume pour être ignorées de personne; » — une Critique des Lettres pastorales de M. Jurieu (attribuée à un certain Paulian), 1689 : « De quelque côté qu'on ait formé des oppositions à ce beau dessein (la Réunion), il est certain qu'il n'en a point paru de plus puissantes que celle qui est venue de la part de certaines lettres d'un caractère singulier, qu'on a jetées en foule dans le royaume et qu'on ne cesse d'y répandre encore tous les jours... Elles sont publiques incognito...; elles viennent par les courriers ordinaires à une infinité de personnes qui les reçoivent sans qu'elles s'adressent à eux, et elles ont eu le bonheur de plaire en secret à la plupart de ceux qui les blâment à découvert, etc.; » — enfin une lettre de Bezons, intendant de Bordeaux , du 7 sept. 1686 sur les écrits qui viennent des pays étrangers (Corr. des Contrat, gén., éd. de Boilisle, t. I, n° 317).
2. Lettres pastorales, 3» édit., t. I, 1. xxi (1" juillet 1688), p. 503.
3. Ibid., t. III, lettre vi (15 nov. 1688). Jurieu prétend, en ce même endroit, que les savants catholiques eux-mêmes, après s'être fait un devoir, dans le premier moment, de dire tout le bien possible de l'Histoire des Variations, ont « jugé à propos de changer de sentiment, de n'en plus rien dire ou de n'en parler qu'avec beaucoup de froideur. » Je n'ai trouvé de ce dissentiment aucune trace.
4. « On veut que la matière plaise et divertisse, » l'ouvrage de M. de Meaux offre « tout ce qui peut fatiguer un lecteur et l'endormir. >< Ibidem.
tiojis, banal d'ailleurs, et faux en fin de compte, resterait bien inoffensif, Jurieu se mettait en peine de prémunir son troupeau de France contre ce nouveau « poison. » Au reste, assurait-il, « pour en découvrir à ses lecteurs et pour en prévenir la malice, » deux ou trois lettres devaient suffire. Il lui en fallut six l.
Et pourtant, ce n'est pas un examen complet de Y Histoire des Variations que Jurieu institue en ces cent quarante pages. Il se borne à développer, sur le dessein que Bossuet se propose et sur la façon dont il l'exécute, « quelques * réflexions générales2. » Il laissait à d'autres le soin d'essuyer, comme il dit, la fatigue d'un examen plus profond3.
Pour mener à bien ce long travail de critique, le Calvinisme avait alors l'homme qu'il fallait : Jacques Basnage. Sa modération, qui plus tard, au temps du Régent, lui valut dans la politique un grand rôle, était connue *. Son esprit était solide, méthodique, consciencieux. D'heureuses recherches de détail, dans l'histoire sacrée et profane, lui avaient mérité l'estime distinguée des savants5. Très laborieux, il donnait à Rotterdam, à ses compagnons d'exil, l'exemple d'une vie acharnée à l'étude, dont les soucis fiévreux du présent et les curiosités énervantes de la politique contemporaine ne parvenaient pas à troubler le recueillement. Son caractère, sa science, sa réputation dans la Réforme et au dehors d'elle , tout imposait à Jacques Basnage le devoir de se faire, dans les cas graves, le champion de la cause G.
1. Lettres vi à xi, du 15 novembre 1688 au 1" février 1689 (t. III, p. 121- 265).