L. VII, n" cvi
apostolique, étaient contraints de se mêler parmi nous pour y venir mendier ou plutôt dérober les Ordres ' !...»
Voilà sans doute de ces exclamations qui fâchent si fort Basnage. Or, que l'on prenne la peine de les replacer dans leur contexte, et l'on verra que l'instant où elles viennent et la façon dont elles sont amenées en atténuent singulièrement l'emphase et en assourdissent, tout autant qu'il convient, la sonorité oratoire.
Dans le fond , tous ces passages incriminés ne sont autre chose que des réflexions de l'auteur 2. On en peut , si l'on veut, contester la justesse; mais on en doit reconnaître la légitimité à moins de vouloir imposer à l'historien cette indifférence apathique , ce renoncement au droit de juger et cette conscience muette qui, je peuse, ne semblent plus à personne l'idéal souhaitable du narrateur parfait. Il est vrai qu'à ces réflexions Bossuet donne une l'orme chaleureuse : celle, le plus ordinairement, d'une interrogation pressante à l'adresse d'un adversaire désigné ou d'un contradicteur fictif3. Mais quel mal fait donc ici l'emploi de ce procédé de la discussion ou de l'exposition orale? En quoi un tour de phrase plus posé, plus froid , plus sec, serait-il plus décent à la dignité de l'histoire ou servirait-il mieux les intérêts de la vérité?. Je voudrais qu'on nous dit ce que peut ôter cette innocente et naturelle « figure », soit à la sincérité de l'exposé des faits, soit à la solidité des arguments.
Parfois cependant, je l'avoue, ces exclamations sont moins tempérées et moins modestes. Parfois, ce sont bien de véritables cris oratoires , d'éclatantes échappées du sentiment dont Bossuet se trouve , en ces moments-là, débordé. La phrase, alors, se transfigure; ce n'est plus une ligne morte qu'il suffise de suivre de l'esprit et des yeux; c'est la parole vivante, qui sonne à l'oreille comme au cœur, qui sollicite la voix même, et que nous sommes