CHAPITRE DE1 XIÈME
tentés de déclamer tout haul , ainsi que l'auteur a dû faire, à ce qu'il semble, en l'écrivant. Certes, pour les passages de ce genre, Basnage a raison. Là c'est bien l'orateur qui perce et qui s'échappe. Il y a là flagrant délit d'éloquence.
Que l'on considère cependant — (s'il faut plaider les circonstances atténuantes) , — que jamais ces sorties pathétiques n'usurpent, comme les adversaires de Bossuet l'insinuent, la place des raisons ou des faits. Elles arrivent après de longs espaces de discussions minutieuses et précises ' dont elles sont la conclusion animée 2 : superflu d'imagination émue qui ne vient pas suppléer, par un prestige trompeur, à la rigueur des preuves et à l'exactitude du récit, mais qui s'y ajoute par surcroît.
Puis, les occasions sont rares où Bossuet se laisse emporter sans résistance à l'émotion qui le domine3; et les passages où il s'oublie ainsi sont courts. Et la raison s'en trouve, je pense, dans l'état d'esprit où il est, tandis qu'il suit pas à pas les « égarements », comme il dit, de la Réforme. Ce qu'il paraît éprouver le plus ordinairement, ce n'est pas l'indignation, la haine, ni la colère, ni aucun des sentiments violents, conseillers parfois indiscrets des grands mouvements d'éloquence ; c'est une disposition bien plus calme, et qui ne pousse guère au pathétique. L'impression qu'il reçoit de cette enquête sévère sur le passé tourmenté du protestantisme, je ne sais si elle n'est pas, toute différence gardée, très analogue à celle que de pareils sujets inspirent à Bayle. Chez l'un comme chez l'autre, chez le penseur sceptique comme chez le chrétien dogmatique et croyant, sur de la vérité qu'il tient et fier de savoir s'y tenir, c'est une joie