L. XIII, nns xvi, xvii, xviii, xxn. sqq
2. Cf. I. III, n° xiv; 1. VII, n°s vu, xin, xx , xcxix, Cv; 1. X, nos lu, i.viii, I. XI, n° clxvi; I. XII. n"s xx, xxi, xxiv, xxxni; I. XIII, n0i xu, xiv.
mon, l'un des premiers rangs ; dans l'oraison funèbre , cette parade éclatante de la chaire, il était passé maître. On pouvait se flatter, parmi ceux qu'offensait et qu'inquiétait son génie, qu'en se mêlant d'écrire l'histoire il ne saurait pas se défendre des tentations de son tempérament ni oublier sa profession. Ils virent dans l'ouvrage, comme il arrive, ce qu'ils avaient espéré d'y voir; mais la vérité est que Bossuet n'a pas eu le mauvais goût et la maladresse de traîner dans un livre d'histoire et de théologie critique l'appareil du discours religieux. Quand son style, toujours sévère et précis malgré la chaleur qui l'anime et le colore, se départ un peu du ton convenable à la discussion ou au récit, il s'empreint alors bien plutôt d'une ironie souvent familière, parfois égayée, que d'une magnificence encombrante ' ou d'un pathétique déplacé2.
Un reproche plus sérieux est celui que les adversaires de Bossuet adressent au plan même de YHistoi?*e des Variations.
1. Le ton oratoire, l'image, l'onction, la poésie reparaissent au contraire, et sans contrainte, dans plusieurs des Avertissements aux protestants et dans les Instructions pastorales. Cf. Premier Avertissement, part. III, n° xcvn : « Il n'y a qu'à voir dans Hornebeck et dans Hornius les nouvelles religions doût l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne sont inondées : la mer agitée n'a pas plus de vagues; la terre ne produit pas plus d'épines et de chardons... » Première Instruction pastorale sur les promesses de l'Église, n° xlvii : « Racontez-leur (à vos frères non convertis) la joie que vous ressentez, en vous reposant dans l'Église où vos pères ont servi Dieu et se sont sauvés, d'y trouver votre sûreté comme les petits oiseaux dans leur nid et sous l'aile de leur mère... » Deuxième Instruction, n° xxn : « Vous voulez... que le fidèle qui cherche l'Église ne sache durant certains temps à quoi se prendre, non plus qu'un pilote déroulé pour qui ne luit plus l'astre qui doit conduire sa navigation, » etc.
2. Du reste, Basnage dément implicitement ailleurs ses reproches de violence : « M. de Meaux... cache malicieusement son poison afin de le répandre plus facilement... ; (il) évite les termes durs de peur d'aigrir contre lui l'esprit des lecteurs. » Hist. de l'Église, 1. XXV, ch. v, t. II, p. 1491. Cf. Nouv. de la Républ. des Lettres, nov. 1688 : « un ouvrage où l'on voit d'ailleurs ce tour et cette politesse qui n'abandonne jamais sa plume... La plupart de ceux qui l'ont lu se plaignent qu'ils n'y ont trouvé qu'une violente invective contre la Réformation. »
Ils déclarent presque tous que le titre de l'ouvrage est menteur et que le contenu n'y répond nullement. « Tout ce qu'on peut accorder à M. de Meaux, c'est qu'il « n'oublie pas toujours son principal dessein. » Mais la plupart du temps, il ne s'en soucie guère; et avec raison, du reste, si tant est qu'il voulût faire, coûte que coûte, un gros livre. Cette matière des « variations » du protestantisme était si sèche qu'il fallait couvrir de toutes pièces le vide d'un sujet choisi à la légère. Il va donc recueillant, dans le passé de la Réforme, les faits auxquels « on peut donner un mauvais tour. » Cette prétendue « histoire de nos variations » n'est au vrai qu'une répétition des histoires du Luthéranisme et du Calvinisme de Yarillas, de Maimbourg et de Soulier; c'est un édifice manqué, que « l'architecte, dépourvu des matériaux convenables, a bâti de morceaux pris çà et là » ; un amas artificiel de hors-d'œuvre qu'il s'est contenté de « crépir au dehors1. »
Il s'en faut bien que toutes les « digressions, » que les critiques de Bossuet relèvent, méritent d'être ainsi qualifiées. Est-il possible, par exemple, d'admettre avec Jurieu que l'histoire du synode de Dordrecht , celle des discussions d'Arminius et de Gomar, celle du système de Caméron 2, « fassent aussi peu aux variations des églises protestantes qu'à l'histoire de la Chine3? » Et Basnage a-t-il raison de dire que « dans les deux gros volumes de M. de Meaux, il y a tout au moins quatre livres super-
Hist. des Ouvrages des savants (août 1689) . « l'ai" le tour et la linesse de ses pensées (ù) éblouit et plaît, lors même qu'il ne peut pas persuader. »
Pour ce qui est des reproches qu'il avait reçus de Jurieu sur sou style, Bossuet lui rendit la pareille, et de maiu de maître, à la grande joie de Baylé, dans le Sixième Avertissement, première partie, u° 1, et deuxième partie, n° cxv.
1. Basnage, Hisf. de la relig. des Églises reformées, éd. de 1690. Épîlre dcdicatoire à Burnet ; Préface ; Part. I, ch. i, p. 1-2 ; — éd. de 1721 : p. 12 ; — Hist. tic l'Église, 1699, t. II, p. 1526, 1530, 1531, 1536, L538, 1549, 1635.— Juriei . Lettres pastorales, t. 111, I. vu, vm, x, p. 57, 155, 158, 160, 170, 178, 219, 228, 229. — Allix, Ancien t Churches of Piedmont, Préface. — Pfaif (opusc. cité p. 321), p. 18. — Nouvelles de la République des lettres, sept, et nov. 1688, p. 959, etc. — Hist. des ouvrages des Savants, août et sept. 1688, p. 561. 474, 176, etc.
2. Voyez Hist. des Variations, 1. XII, nos xxxviu-xi.i ; I. XIV, nos xvu-xcn, cxvn sqq. Cf. sur Cameron, plus haut, p. 7, 8, 17, 26, 36, 37, 38, 40; sur Arminius et Gomar, p. 16, 17, 25; sur le Synode de Dordrecht, p. 41, etc.