‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 18 sur 327 · R-KS ORRUNES RE « L HISTOIRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

R-KS ORRUNES RE « L HISTOIRE DES VARIATIONS

S'il fallait en croire les auteurs de la première édition spéciale de Y Histoire des Variations qui ait paru au dix-huitième siècle, voici pour quel motif et à quelle occasion Bossuet aurait composé cet ouvrage1 :

« Le livre de l'Exposition de la doctrine catholique avait mis en rumeur tout le parti protestant : les plus habiles travaillèrent promptement à le réfuter. Parmi ces prétendus réfutateurs,... L'auteur distingua M. de la Bastide;... son ouvrage lui parut mériter une réponse précise. C'était celui de tous les adversaires du prélat qui parlait le plus affirmativement de deux éditions du livre de Y Exposition et des variations de l'Evèque de Meaux. Le mot variations, souvent répété par M. de la Bastide, fit naître à notre auteur l'idée de mettre une préface à la tète de son livre et de montrer combien il était ridicule aux protestants de relever avec emphase quelques changements dans les mots et dans le style, et d'accuser pour cela l'auteur d'inconstance et de variation, pendant qu'il

1. Le Qlel'x et Le Rov, Histoire des Variations, 1770, l'réf.. \>. xxxiv-xxxv.

2 LIVRK PREMIER.

pouvait aisément les convaincre d'avoir cent et cent fois varié sur le fond et sur la substance des dogmes.

« Il avait alors sous les yeux le gros recueil des confessions de foi luthériennes et calvinistes, imprimé à Genève

(en 1634), sous ce titre ; Syntagma confessionum fidei

amas confus de confessions de foi discordantes qui se condamnaient les unes les autres sur plusieurs articles... et qui prêtaient le flanc à tous les genres d'attaque qu'on voudrait leur livrer. »

Bossuet s'avisa d'en tirer parti, mais « il s'aperçut bientôt que la matière était trop abondante et qu'elle grossirait trop considérablement sous sa plume pour en faire la simple préface d'un livre aussi court qu'est celui de YExposition. » 11 se résolut donc « à la traiter à part et à composer une histoire détachée des variations des Eglises protestantes. »

C'est sans doute dans les mémoires, alors inédits, de l'abbé Le Dieu, que les abbés Le Queux et Le Roy trouvèrent le fondement de cette anecdote \ Ils eussent mieux fait, je crois, de n'en pas croire sur ce point le secrétaire de Bossuet. Le Dieu, malgré la minutie pieuse avec laquelle il a recueilli tout ce qui pouvait servir à l'histoire de son maître, n'est pas infaillible, surtout quand il touche aux événements antérieurs à la date où il commença son Journal2. Ici, du reste, il ne nous dit pas d'où il tient ce qu'il raconte sur l'origine , ou, comme il dit, sur Y occasion de Y Histoire des Variations.

1. Le Dieu, Mémoire sur la vie et les œuvres de Bossuet, p. 193. Ce mémoire fat composé en 1704 pour le P. de la Rue qui devait composer l'oraison funèbre de Bossuet. La partie de la vie de Bossuet postérieure à 1680 n'y est traitée que sommairement. Le Dieu le dit lui-même {Journal, t. H, p. 114). — Ni l'abbé Le Queux, ni l'abbé Le Roy n'ont pu connaître personnellement Bossuet.

2. C'est en 1G81 que Bossuet paraît avoir commencé Y Histoire des Variations. C'est en 1684 que l'abbé Le Dieu devint secrétaire particulier de Bossuet; c'est en 1699 seulement qu'il entreprit de tenir un Journal de la vie de son maître et de la sienne. — Sur les inexactitudes de l'abbé Le Dieu, voir par exemple, Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, p. 403, n. 2. Sur le peu de confiance de Bossuet pour Le Dieu, voir S.unte-Beuve, Lundis, t. XII, p. 250 ; t. XIII, p. 294-303.

Or cette tradition ne s'accorde guère avec ce que nous saxons certainement du caractère de Bossuet. S'il y a une faiblesse dont il soit injuste d'accuser cet homme « si véritablement grand1 », c'est la vanité littéraire. Dans la longue liste de ses ouvrages, en trouverait-on un seul qu'il ait composé, un seul qu'il ait publié pour faire acte d'auteur? Je ne le pense pas2. L'intérêt manifeste de la foi, on l'a souvent et justement remarqué, fut toujours son unique règle ; disons plus : l'intérêt contemporain de l'Eglise. Ceux même de ses travaux qui, en leur temps, avaient pu être utiles, mais qui, selon lui, ne l'étaient plus, ne méritaient pas, à ses yeux, de durer. 11 laisse s'accumuler et se disperser les manuscrits de ses sermons, et c'est par surprise qu'on lui arrache la publication des Oraisons funèbres. Ce désintéressement avait frappé, de son temps déjà, ses adversaires eux-mêmes : « Voilà un prélat, » disait Bayle, « qui n'est pas du nombre de ceux qui écrivent pour écrire3. »

Pouvons-nous croire dès lors que, comme l'admet son secrétaire et comme l'affirment sans hésiter, au siècle suivant, ses éditeurs, ce soit une mesquine pensée de revanche personnelle qui lui ait inspiré le dessein de ïllisfoire des Variations? L'un des ouvrages les plus considérables de Bossuet, le plus beau et le plus accompli peutêtre, serait-il issu d'un dépit d'auteur, du hasard d'une lecture, et du désir presque puéril de renvoyer à ses adversaires l'un des reproches qu'ils lui faisaient? Cela ne parait guère admissible. Or, d'autre part, si l'on étudie, à propos de Y Histoire des Variations, les principaux écrits que produisit la controverse au dix-septième siècle, il est impossible de n'être pas frappé de l'étroit rapport qui existe entre le livre de Bossuet et ces ouvrages. h' histoire des Variations apparaît alors, non point comme

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