‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 19 sur 327 · Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin · texte numérisé non relu

Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin

2. Le Dieu, Mém., p. 153, 193; Journal, II, p. 224. — ■ Cf. Sainte-] Lundis, t. XII, p. 260; Lenie.nt, Revue des Cours littéraires, t. IX, p. 1255.

• '. Nouv. Le//, crit. sur VBist. du Calvinisme, III, iv.

le résultat fortuit de la rancune d'un théologien piqué et d'une espèce de gageure de Bossuet avec lui-même, mais comme une œuvre dont les circonstances lui imposaient, pour ainsi dire, la composition.

Durant les vingt années qui précédèrent l'apparition de Y Histoire des Variations , le débat théologique poursuivi en France, depuis plus de cent ans, par les catholiques et les réformés avait notablement changé de caractère. Pour se rendre compte aussi précisément que possible de cette évolution , il est nécessaire de revenir sur l'histoire de la controverse depuis la seconde moitié du seizième siècle jusqu'à la seconde moitié du dixseptième.

On sait avec quelle ardeur la lutte s'était engagée environ le temps de la mort de Henri II. Le premier synode national des églises réformées de France et le colloque de Poissy donnèrent de part et d'autre le signal de la dispute1. Décidé par l'exemple du cardinal de Lorraine, son chef, le clergé catholique accepte alors de se « commettre » à discuter avec l'hérésie 2, désormais trop puissante et trop audacieuse pour qu'on pût la mépriser sans imprudence. Les deux religions se mirent donc à combattre par la plume et par la parole, en même temps qu'elles combattaient parles armes, et l'on comprend que, jusqu'à l'Edit de Nantes, la bataille théologique ait dû se ressentir du voisinage presque continuel de la guerre civile et des violences matérielles au milieu desquelles on vivait. Deux choses, dans cette première époque, distinguèrent

1. Conférences, à la suite du Colloque, entre Bèze, Pierre Martyr, Des Gallars, de FEspine, et Jean de Montluc, Duval, Despence, Salignac, Boutelier.

2. Simon Fontaine écrivait avant 1557, dans VHistoire catholique de notre te7nps, publiée seulement en 1562, p. 72 : « Jamais dispute avec hérétiques ne vint à grand fruit à l'Eglise »; p. 116 : » Il ne faut jamais disputer contre un luthérien. »

la controverse : la multiplicité des matières débattues, le caractère purement dogmatique de la discussion.

Le nombre des points attaqués et défendus de part et d'autre est incalculable. Les calvinistes n'épargnent rien dans l'Eglise qu'ils ont quittée et qu'ils prétendent détruire. Pas un seul dogme qu'ils n'y trouvent corrompu ; pas une pratique qu'il n'y jugent idolâtre. C'est même à peine si l'on se résigne des deux parts à s'accorder au moins sur les points fondamentaux du christianisme. On s'évertue à multiplier et à grossir les dissentiments ; il semble que ces frères d'hier, ennemis d'aujourd'hui, ne puissent accumuler entre eux trop de pierres de scandale. Les questions secondaires prennent la gravité des plus importantes : dans les conférences de Saint-Germain qui accompagnèrent le colloque de Poissy, on perdit six séances à traiter le seul point des imagesx. Catholiques et protestants mettent en ligne, à l'envi , des armées d'objections et de griefs. La Panstratia du pasteur Daniel Charnier2 est un arsenal d'arguments dont l'abondance fait frémir, mais les livres du jésuite Feuardent ne lui cèdent pas en fécondité ergoteuse. Dans la première partie de ses Dialogues, Feuardent n'imputait aux réformés que cent soixante-quatorze erreurs ; il leur en découvre quatre cent soixante-cinq dans la seconde. Dans la Théomachie culvinistique, il en dénonça quatorze cents3.

En même temps, la méthode qu'appliquaient les calvinistes à l'attaque du catholicisme et à la défense de leur

1. Tabaraud, Hist. des Projets de réunion, p. 172-174. — Plus intelligent, dans sa réponse à Bèze, au colloque de Poissy, le cardinal de Lorraine réduisait déjà toute la discussion à deux points principaux : l'autorité d'un juge souverain et l'Eucharistie (Bayle, Crit. yen. de l'Hist. du Calvinisme de Maimbourg, 1. XVI, ch. îx). — Cf. plus loin.

2. 1626, 4 vol. in-f°. — Cf. Dumoulin : Trente-deux demandes 'proposées par le P. Cotton avec les solutions ; item soixante-qualre proposées m échange,

3. Semai/ie première des Dialogues auxquels sont examinées et confutées 174 erreurs des Calvinistes, 1585. — Seconde semaine des Dialogues auxquels... foui pareillement examinées cl confit lira 463 erreurs des hérétiques, 1598. — Theomachia calvinislica, sedecim libris profligata, quibus mille et quadringenli hujus secUe novissimx errores diligenler excutiunlur et refelluntur, 160i.

propre doctrine était simple et radicale. Les dogmes, les pratiques du culte, les préceptes moraux, les institutions ecclésiastiques de l'Eglise papale, étaient-ils, oui ou non, conformes à l'Evangile? C'est à quoi, d'après eux, se réduisait toute la question ; il ne s'agissait que de consulter les Livres saints et d'en interpréter le sens à l'aide de la raison éclairée par la foi. A l'exemple de Luther et de Calvin *, les réformés d'alors ne tenaient qu'en très médiocre estime les Docteurs, les Pères, la tradition, l'antiquité ecclésiastique, et, sans se soucier de ce qu'avait pu penser avant eux la grande famille chrétienne2, ils allaient hardiment et sans intermédiaire demander à l'Evangile, seul juge infaillible à leur avis, la décision irrévocable des controverses et la règle certaine de la foi. Quant aux catholiques, quelque scandalisés qu'ils fussent de cette rupture méprisante avec le passé, il leur était moins facile de se retrancher dorénavant derrière les autorités traditionnelles que récusait l'orgueilleuse nouveauté de leurs adversaires. Force leur était de les suivre peu à peu dans la discussion du fond même des dogmes et dans l'examen des doctrines à la lumière de l'Ecriture. Aux textes des Pères et des Scolastiques3, il leur fallait, sinon substituer, au moins ajouter désormais « de bons raisonnements4 ». Mais ils ne se

1. Voyez cependant sur les contradictions de Calvin touchant les Pères, Bossuet, H. des F., 1. IX, ch. lxxxiîi et lxxxiv. — 11 faut aussi excepter Mélanchthon. {Ibid., V, xxvm, xxix.)

2. En 1598, le Synode national de Montpellier condamne expressément les auteurs qui se sont laissés aller à dire « que les anciens conciles et les écrits des Pères doivent être les juges des différends » entre catholiques et protestants. (Aymon, Synodes nationaux, t. I, p. 222.) En 1G03, le Synode national de Gap réprimande et menace « de très griève censure » les ministres qui se laissent emporter à alléguer dans la chaire le témoignage des Pères et des docteurs scolastiques. (Réels, de la discipl., îv.) — Cf. sur le mépris des premiers protestants pour les Pères de l'Église et leur estime exclusive pour l'Écriture, la Perpétuité de la foi, de Nicole, t. 11, p. 14-23, et, plus loin, les textes de Dumoulin, Daillé, Drelincourt, et autres ministres.

3. Il semble que dans la théologie scolastique l'emploi de l'Écriture Sainte ne fût pas très fréquent. Voyez Elues du Pin, Méth. pour étudier la théol., ch. ni, les textes de Gerson et de Nicolas de Clémengis.

4. Mot de Cheffontaine, Défense de la foi que nos ancêtres ont eue de la présenti' réelle. 15S6.

pliaient qu'à regret à cette tactique nouvelle ', et ils contestaient toujours cette autorité absolue et suffisant à tout, que les protestants attribuaient aux Livres sacrés 2.

Pendant le premier quart du dix-septième siècle, la controverse garde le môme caractère encyclopédique, et c'est toujours sur tous les points de la religion qu'elle se disperse. Obstinés à ne rien céder ni l'un ni l'autre, les deux partis ne peuvent que traiter indéfiniment les mêmes questions en ressassant les mêmes arguments. C'est un recommencement perpétuel d'une discussion qui n'avance point. Quelque inépuisables qu'eussent pu paraître au début les sujets de contestation, l'infatigable activité des polémistes de la fin du seizième siècle avait eu vite fait d'en venir à bout. Après cette multitude d'écrits de Gentian Hervet, de Claude Despense,, de Claude de Saintes, de Cheffontaine, de Guillaume du Préau, de Feuardent, de Bellarmin, de Duperron3, du côté des catholiques; de Calvin, de Bèze, de Du Plessis-Mornay, de Charnier, de Cameron , de

1. Bi.llarmin, par exemple, s'attache surtout aux Pères (« Index difficultalum non potest esse Scriptura, ») avec cependant quelques restrictions (Tract, de verbo De/, III, 9, 10). Quant à Duperron, Dumoulin (Nouveauté du Papisme, 1(327, 1. I, ch. xvi) remarque qu'il « se sert fort peu de la parole de Dieu, comme d'un outil dont il ne se peut accommoder; mais il preud pour juges les Pères du temps des quatre premiers conciles. »

2. Duperron soutenait que la « conformité à la parole de Dieu » était une marque '< obscure et contestée de la vraie Église », attendu que cette conformité, toutes les Églises la peuvent alléguer, que l'examen de la foi est périlleux et long, etc. — Cf. Dumoulin, Nouv. du Papisme (livre I, ch. xvu et xxviu).

3. Gentian Hervet, Apologie contre les hérétiques ministres de Calvin, 1504 ; Les Mensonges de Calvin, 1565 ; etc. — Claude Despense : Traité touchant la vertu de la parole de Dieu, 1567 ; Apologie contre les ministres, 1568. — Claude de Saintes : Déclara/ion d'aucuns athèismes de la doctrine de Calvin et de Bèze, 1568 ; Traité de l'ancien naturel des Français en la religion chrétienne, 1567. — Cheffontaine : Réponse familière à l'Epilre contre le. Libre arbitre, 1583. — Du Préau (Prdteolus) : L'Etat de l'Église, histoire de tous les (roubles advenus en l'Eglise des chrétiens et catholiques' jusqu'à notre temps. 1583. — Feuardent: v. plus haut, p. 5. — Bellarmin : Disputationes de Controversiis fidei adversus lu/jus temporis hsereticos, Ingolstadt, 15811593 (plusieurs fois réédité.) — Duperron : Réplique à la Réponse de quelques ministres sur un certain écrit touchant leur vocation, 1597(1605, :)'■ éd. ; Actes de lu Conférence tir Fontainebleau, contre Du Plessis-Mornay, 1601 ; Réplique à la Réponse de Jacques Pr ; Réfutation de toutes les observations Urées des passages de sain/ Augustin contre le Saint-Sacrement de l'Eucharistie, etc.

Jacques Cappel, du côté des protestants1, il ne restait assurément que des glanures à recueillir2. Aussi semblet-il bien qu'on puisse saisir dès lors des symptômes de lassitude3. N'en est-ce pas un, par exemple, que l'importance étrange attribuée de part et d'autre à cette question du Pape-Antechrist, où les deux partis se dépensent en subtilités injurieuses et vides pour se renvoyer mutuellement « le nombre de la Bête » de l'Apocalypse ? C'est quand on commence à s'apercevoir que les grands sujets sont rebattus , qu'on se détourne et qu'on s'attarde aux curiosités oiseuses *■

i. Calvin: Institution Chrétienne, 1536; Traité de la Sainte-Cène, 1540; Les Actes du concile de Trente, 1548, etc. (Voir le Corpus Reformatorum.)

— Bèze : Les trois Apologies à Claude de Saintes, 1567-1577 ; De Cœna Domini, 1559; Responsiones ad repelilas Andreae et Selnecceri calumnias, 1578, elc. Cf. Tractatus theologici omnes, Gen., 1586. — De Plessis-Mornay : Traité de l'Eglise, 1578 ; De l'Institution, usage et doctrine du Si-Sacrement en l'Église ancienne, 1598 ; Discours véritable de la Conférence de Fontainebleau, 1600 ; Le Mystère d'iniquité, 1611. — Chamier : La Confusion des disputes papistes, 1600; Panslratix Catholicx... corpus, 1626, 4 vol. in-f°, etc.

— Cameron : Traité auxquels sont examinés les préjugés de ceux de l'Eglise romaine contre l'Église réformée, 1616. — Jacques Cappel : Les trophées du P. Gontier, 1613 ; Les livrées de Babel, 1616 ; Sedis romani potestas, sanctitas, fides, 1619; La doctrine des Églises réformées de France contre le livre de l' Institution catholique de Coton, 1619.

Voir sur l'ardeur théologique de cette première époque, Haag, France protestante, t. X, Pièces Justificatives, n° xx.

2. Cf. Marnix de Sainte-Aldego.nde, Tableau des différends de la Religion, 1599 (éd. Quinet, t. I, p. 6) : « Plusieurs gens de bien abhorrent la lecture de telles disputes... Joint aussi qu'ils voient que la plupart de ce que l'on écrit ne sont que autant de redites de ce que par d'autres a été déjà souvent traité, autant amplement et doctement que l'on saurait faire. » — Cf. la curieuse division du travail controversiste établie entre les diverses provinces de France par le Synode national de Saint-Maixeut (1609), dans Félice, Hist. des Syn. nationaux, p. 118.

3. Le nombre des conférences entre les tenants de chaque parti va en décroissant dans la fin du règne de Henri IV et le commencement du règne de Louis XIII. On cite durant cette période les conférences suivantes : 1600 : Du Plessis-Mornay et Duperron ; Chamier et le P. Coton ; — 1601 : Chamier et le P. Gontier ; — 1602 : Dumoulin et Cayer ; — 1608 : Dumoulin et De Bérulle ; le P. Coton et Grigord ; — 1609 : Dumoulin et le P. Gontier ; Dumoulin et Raconis ; le P. Véron et Daillé ; — 1618 : Chamier et Regourd ; — 1626 : le P. Véron et Chorin ; — 1629 : Regourd et Mestrezat ; le P. Véron et Bochard. Le même ralentissement s'observe dans les provinces : v. Ar.naud, Controverses religieuses en Dauphiné.

4. Actes du Syn. nat. de Gap, 1603: « Le Pape est proprement l'Antéchrist, et le fils de perdition... la bête vêtue d'écarlate que le Seigneur déconfira, etc.» Cf. Syn. nat. de La Rochelle, 1607. Sully qui, pas plus que Mazarin, n'encoura-

r.HAl'ITRE PREMIER.

La controverse ne devait se renouveler quelque peu

et se rajeunir que sous la main puissante de Richelieu, lorsque le cardinal, libre d'autres soins, crut pouvoir regarder à ces disputes '. Richelieu songea-t-il sérieusement, dans les derniers temps de sa vie, à tenter ce rattachement des protestants à l'Eglise, qui eût complété leur assujettissement à l'Etat? Il est malaisé de le dire2;

gea la controverse, écrit à ce synode pour L'engager à laisser cette question de côté. « Ce seigneur," dit E. Benoît, < Hist. de l'Édit de Nantes, 1, i 12, ne se piquait pas plus de théologie que de religion. » — En 1609, le gouvernement interdit le Théâtre de V 'Antéchrist, de Yigxier ; il esl vrai qu'il réprimande aussi le P. Gontier pour avoir prêché sur ce sujet, d'une manière violente (Benoit, ibid., p. 456- 451). — En 1611, h' Mystère d'iniquité", de Du Plessis-Mornay, qui appliqua au Pape le fameux nombre de 666, ranime un instant la dispute assoupie. (Benoit, ibid., h, 231, énumère les ouvrages parus à cette occasion.) — Le catholique Flori.mond de Rémond discute longuement (Hist. de l'Hérésie, 1. VUE p. 260-599), si « le chiffre de La Bête « ne se trouve pas plutôt dans le nom de Du Plessis-Mornay lui-même que dans le nom du pape Paul V. — V. d'autres détails sur cette question dans Bossuet, Œuvres, t. XIIL(édit. Lâchât), p. 5-9; De Félice, Histoire des Synodes, p. 136, sqq.

1. Richelieu avait fait paraître en 1617 les Principaux points de la foi de l'Église catholique contre les quatre ministres de Charenton ; mais son ouvrage le plus important, le Traite qui contient la méthode la plus facile et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de l'Église romaine. a été. composé plus tard et n'a paru qu'en 1651.

2. La Milletière, un contemporain et un agent de Richelieu, l'insinue dans plusieurs de ses ouvrages (la lia/son de terminer les différends de la religion, les Moyens de la paix chrétienne, ['Extinction du Schisme, le Flambeau de la Vraie Église, etc.) — Cf. Élie Benoît, Histoire de l'Edit de Nantes, t. II, p. 510-511 : «Le cardinal affectait toutes les choses qui paraissaient grandes... Celle de la réunion des Religions était sans doute fort propre à flatter sa vanité. Enfin il arriva des choses qui se passèrent pendant les premières années depuis la prise de La Rochelle, qui semblent, dépendre si naturellement de ce dessein qu'on en peut conclure avec beaucoup de probabilité qu'il l'avait formé tout de bon. Au contraire comme dans le même temps il avait perdu sa réputation à Rome où ses alliances avec Gustave et les autres protestants étaient fort désagréables,... on pourrait dire qu'il ne faisait servir ses projets de réunion qu'au dessein de rentrer dans les bonnes grâces du Pape. » — E. Renoît place ce projet en 1631. e II y a des Mémoires, » dit-il, « qui font monter à quatre-vingts le nombre des ministres » déjà « gagnés » au projet de' Richelieu. Nous n'en connaissons guère que quelques-uns, La Milletière, Petit, etc. — Sur la reprise de ces projets par Richelieu dans les derniers temps de sa vie, v. Benoit, ibid., p. 516. Il ajoute du reste que « les plus sages auteurs confessent qu'ils n'en savent rien que par ouï-dire, » et l'incertitude de ses renseignements paraît, dans la façon embarrassée dont il résume son .appréciation (p. 516-517), — Richard Simon, Lettres choisies, t. I, prétend que Jurieu a eu tort d'affirmer que « le dessein de miner le parti des protestants n'est, né qu'après la paix des Pyrénées et depuis 1660.» «Il faut être peu instruit de ce qui s'est passé sous le ministère du Cardinal, pour ignorer qu'il a employé' une bonne partie de ses soins à faire rentrer dans l'Église les protestants de France, et que, s'il ne fût pas mort si

Ce qui est sur, c'est qu'à partir de 1630 euviron, il favorise la controverse et qu'il comprend aussi la nécessité, urgente alors, d'en modifier l'esprit et d'en accommoder la méthode aux exigences des adversaires. Les protestants continuaient à déclarer, par l'organe de leurs défenseurs les plus illustres et de leurs synodes, que les arguments tirés de la croyance des ancêtres n'avaient à leurs yeux nulle valeur ; que la recherche « curieuse » des opinions du passé ne décidait aucune controverse ; qu'ils ne reconnaissaient d'autre législateur que Dieu, d'autre règle de foi que sa parole, tellement claire, suivant eux, dans les matières nécessaires au salut, qu'elle n'a nul besoin d'interprète ' ; n'était-il donc pas indispensable, si l'on voulait les combattre avec efficace , d'accepter comme eux l'arbitrage souverain de l'Evangile 2 ? Tel fut donc le mot d'ordre 3 de La Milletière * et de François Vé-

tôt, il y a longtemps que nous n'aurions plus de huguenots dans le royaume. » 11 s'appuie sur les confidences et les mémoires qu'il a reçus du P. Du Laurens, « la personne qui avait été chargée de cette grande affaire par le Cardinal. » Voyez cependant Le Clerc, Lettres crit. sur le Dict. de Bayle, p. 75. — Cf. Vte d'Avenel, Richelieu, t. II, p. 419-420.

1. Paroles de Dumoulin dans la Nouveauté du Papisme, 1627, 1. I, ch. xlvi. Cf. Tilenus, Défense de la suffisance et perfection de l'Écriture sainte contre les cavillations du sr du Perron, 1598. — Dumoulin, Le Juge des Controverses, 1615; Des traditions et de la perfection et suffisance de V Écriture sainte, 1621. — Desmarets, De judice controversiarum , 1625. — Chamier, Panstratia, t. I, p. I. — Rivet, Critici Sacri Spécimen : hoc est censurx doctorum in Scripta Palrum, 1612.

2. Un controversiste célèbre de la fin du xvie siècle, Cheffontaine, dans sa Défense de la foi que nos ancêtres ont eue de la présence réelle (1586) avait déjà fait profession de combattre les hérétiques « par de bons raisonnements » et non par les autorités des SS. PP. que les hérétiques récusaient. (E. du Pin, Bibl. Eccl., t. II, p. 177). En 1604, Bouju, protestant converti, publie une Méthode de convertir toutes sortes d'hérésies par l'Écriture. C'était un acheminement à l'évolution que nous trouvons ici.

3. « Ces belles maximes, dit R. Simon (Leltr. choisies, 1. 1, p. 265) en parlant des principes et des procédés de Véron que nous allons rappeler, — venaient plutôt du cardinal de Richelieu que de Véron, qui n'était que l'instrument du cardinal. » Id., ibid, t. II, p. 36 : « Lorsque le cardinal parlait des docteurs de Sorbonne, il disait ordinairement qu'ils étaient bons pour les hérétiques du siècle passé, voulant marquer par là que pour s'opposer à ceux d'aujourd'hui il fallait savoir autre chose que la théologie scolastique. >j Cf. l'Introduction de l'abbé La Bouderie à la Règle générale de la foi catholique, 1825.

4. La Milletière, ancien agent politique du duc de Rohan, est mis à la Bastille en 1627, condamné à mort, mais il en sort bientôt avec une pension de mille écus, et devient agent du roi. Il publie entre autres ouvrages de controverse :

ron l, les deux controversistes principaux que le Père Joseph et le Père du Laurens, confidents de Uichelieu, dirigeaient d'après ses vues : sommer les protestants de montrer leurs dogmes dans l'Evangile, d'appuyer chaque article de leur Confession de foi par des textes formels et explicites du livre sacré 2. Telle devait être aussi la méthode suivie dans cette conférence solennelle, où Richelieu rêvait, dit-on, devant tous les ministres du royaume réunis à Paris, de vaincre une seconde fois le protestantisme, et cette fois par sa seule parole. « On n'y devait parler, » nous dit Richard Simon, « ni des Pères, ni des

Lettre à M. Rambours, 1(328 ; Disc, des moyens d'établir une pair, en la chrétienté par la réunion de l'E. P. R. à l'Église Romaine, proposés à Mgr le cardinal duc de Richelieu,.,, trad. du latin en français, 1635 ; Défense dr. la méthode nouvelle (du P. Véron), 1642 ; La facilite de se réunir et de réformer l'Eglise, 1642 ; l'Extinction du Schisme, 1650 ; le Flambeau dr la vraie Église, 1654. — La Milletière resta dans la communion protestante jusqu'en 1(345.

1. Véron composa un grand nombre d'ouvrages de controverse dont l'abbé La Bouderie donne la bibliographie détaillée, dans l'Introduction à la Règle générale de la foi catholique, 1825. Citons seulement les plus originaux : Abrégé de l'art et méthode nouvelle pour bâillonner 1rs ministres, 1618; Bref cl facile moyen par lequel toute personne, bien qu'elle soit peu versée en théologie, peut par la seule Bible... et par la Confession dr foi de la R. P. R. faire paraître évidemment à tout ministre qu'il abuse ri ù tout religionnaire qu'il est abusé en tous et en chacun des points dr sa prétendue Réforme, Pont-à-Mousson, 1617, ia-24, réimprimé depuis plus de vingt fuis. — Le moyen de la Paix chrétienne et la réunion et réduction générale de ceux de la R. P. R. à l'Église catholique sur les différends de lu fui, présenté à Mgr le cardinal de Richelieu, 1(339. — Petit Epiiome de toutes 1rs controverses de religion en ce siècle, 1641 ; plusieurs fuis réimprimé. — Méthode de Irailrr de controverses de religion par la seule Ecriture sainte, 1637 ; vingt fois réimprimée, avec des approbations du Pape, des Jésuites, des Assemblées du clergé de 1621 à 1682. — Règle générale de la foi catholique séparer dr toutes autres doctrines inférieures en autorité, 1645. Réimprimée en 1(374 et en 1825.

Richard Simon-, beaucoup plus tard, semble préférer encore à toute, autre méthode celle de Véron (Criliq. d'Ellies du Pin, t. II, 259, 572. Letl. ch., t. I, lettre xxxn. — Pour l'influence de Véron sur les controversistes allemands, voy. He.vke, Calixtus, B. II, i Abth., L59, 399. Cf. Leibniz, lettre à Bossuet du 10 déc. 1699, et réponse de, Bossuet du 30 janvier 1700.

2. Cf. Drelincourt, Avertissement sur 1rs disputes et les procédés des missionnaires (1654) , où il veut, pour les satisfaire, < faire voir dans l'Écriture tous les mots et toutes les syllabes qui sont en la confession de foi et dans les catéchismes. — ■ Cf. Dumoulin, Les oppositions de la Parole de Dieu avec la doctrine de l'Église romaine; Daii.i.i:, La foi fondée sur les Ecritures, L634 ; Drelincourt, Le Combat romain, 1629 : Ibrégédes controverses, 1630. Cf. Cloyseault, Vies des PP. de l'Oratoire, p. p. le P. Ingold : Vie duP. Ch. deCondren, t. I, p. 212. — Vie de M. Olier, I., p. 485. — E. Benoît, llist. de l'Édit

Conciles, ni de tout ce qu'on appelle tradition : la seule Ecriture aurait servi de principe et de règle l. »

A cette date aussi se manifeste chez les controversistes catholiques l'intention avouée de diminuer le nombre des controverses. Le plus actif des prédicateurs polémistes de ce temps, François Véron, se séparait ouvertement, dans cet essai de simplifier la dispute, de ses illustres prédécesseurs : «< Retranchez, » disait-il, « de Bellarmin et d'autres livres de controverse tout ce qui est de la doctrine scolastique : vous les diminuerez de trentecinq si le tout fait quarante 2. » Et devançant Bossuet, Véron soutenait cette idée que l'exposition seule de la foi catholique suffirait à dissiper bien des malentendus, une fois allégée des additions parasites dont la subtilité des docteurs et l'ignorance du vulgaire l'avaient dès longtemps encombrée3.

C'était là sans doute le principe d'un renouvellement fécond de la controverse et d'un progrès réel, mais qui ne rallia point alors tous les suffrages 4. En dépit de la

de Nantes, III, 49 : « (Les missionnaires insistaient sur ce point) qu'on ne pouvait prouver par l'Écriture les mots de Trinité, de Consubstantiation, etc.. C'était là une des inventions de François Véron. » Notons toujours cependant que, tout en faisant porter le principal de ses efforts sur ce point, Véron ne s'interdisait pas complètement le recours aux Pères et à l'antiquité. Il a fait un Traite' des Traditio?is apostoliques, 1631, et allègue dans plusieurs de ses ouvrages « les PP. séans es conciles des cinq premiers siècles. »

1. Lettres choisies, 1730, t. I, p. 27-28 ; Bibl. crit., du même, t. I, 325.

2. Véron, Règle générale de la foi catholique, cité par R. Simon, Lettr. ch., t. I, p. 265. — Dans l'épitre dédicatoire au cardinal de Richelieu, du Moyen de la paix chrétienne, 1639, Véron écrit : « Vingt-cinq ans y a que je maintiens et publie de vive voix en mes prédications et par plusieurs livres imprimés qne ce singulier moyen... est de séparer exactement les articles de la foi catholique, c. à. d. à laquelle tous sont obligés de croire sous peine d'hérésie et d'anathême, d'avec toutes les doctrines qui ne sont pas élevées à cette dignité, que nous nommons scolastiques, la plupart desquelles sont problématiques ; et encore plus des sentiments de quelques particuliers zélés, mais ignorants, et des abus que cette ignorance a introduits en quelques esprits trop simples et faire cette' séparation en toutes et chacune des matières controversées. »

3. Dans le même ordre d'idées, voy. l'ouvrage de Camus, évêque de Belley : L' Avoisinemenl des Protestants à l'Eglise romaine, P., 1640; Rouen, 1648. Cependant Camus insiste beaucoup sur la foi de l'ancienne Église des cinq premiers siècles pour décider les controverses (Moyens de réunir les protestants, 1703, p. 73.) — Cf. le mémoire du P. de l'Oratoire, Du Laurens, adressé à Mazarin (dans Tabarald, Ilist. des Proj. de Réunion, p. 203-204).

4. La Milletière, dit Élie Benoît « se servait d'expressions adoucies, sous prétexte d'expliquer » les pratiques et opinions de l'Église romaine qu'il ne se don-

protection de Richelieu , La MUletière se voyait condamné par la Sorbonne, Véron censuré en cour de Rome1, et les catholiques préféraient demander à l'abbé de Saint- Cyran2, le champion brillant et très en vue alors du jansénisme déjà persécuté, de vouloir bien prendre en main la cause de . l'Eglise 3 et dissiper le triomphe apparent que ses ennemis tiraient de son silence \

La captivité de Saint-Cyran trompa ces espérances5, et, bientôt après, la mort de Richelieu, en coupant court à la campagne menée sous ses auspices, fit voir que l'ardeur controversiste des débuts était désormais singulièrement refroidie.

De 1612 jusque vers 1660, — si toutefois on peut assigner des dates à ces faits d'histoire morale qui échappent aux déterminations précises, — il y a un ralentissement notable dans la polémique des deux religions.

liait pas la peine de justifier, et il les faisait passer « pour des questions qui ne devaient pas empêcher les Réformés de se réunir. » Hist. de l'Edit de Nantes, t. II, 511-515. Mais les synodes repoussaient avec indignation ces « séductions »; Daillé, Drelincourt, écrivirent contre La Milletière; le synode d'Alençon le condamna. — La Sorbonne de son côté l'eût formellement condamné sans l'opposition de Richelieu. En 1637, le Moyen de la paix chrétienne fut censuré par elle (arrêt du 15 déc. 1637, Bayle, Dict. crit.) « aussi vivement que s'il eût été de connivence avec les ministres de Chareuton. » E. Benoît, ibid., p. 515.

1. Véron fut de bonne heure (vers 1621) accusé d'hérésie par quelques catholiques (Introd. de l'abbé La Bouderie à la Règle générale de la foi catholique, 1&25.) — En 1622, il éprouve le besoin d'en appeler au Pape, auquel il demande l'approbation de sa méthode {Apostolico Praesuli summo romanse Ecclesiae pontiftci, Urbano VIII.)

2. Préface hist. et crit. des écrits de controverse (I'Arnaulu (Œuvres, t. XII.) p. i. « M. Mole offrit même de donner cenl ('vus pour contribuer à ce travail. »

3. Or la méthode de Saint-Cyran devait être toute différente, autant qu'on peut le voir à travers les dithyrambes jansénistes. Cf. Le Maistre, lettre à Singlin dans le Supplément au Nécrologe de P. R-, p. 256 : « (II) allait repousser avec toutes les forces de la raison, toute la solidité du jugemeut, et toutes les lumières de la science et de la grâce les derniers efforts de l'hérésie ; (il) allait représenter la créance des anciens Pères,... faire voir aux hérétiques la protection de Dieu sur l'Église et le cours de la doctrine par l'enchaînement et la succession de ses dges. » Ce sera la méthode de la Perpétuité .sur l'Eucharistie de Nicole.

4. Préf. hist. et crit. des écrits de controverse cI'Arnauld, p. i.

5. Le Maistre, lettre à Singlin, ibid., p. 253 sqq : » Le diable a inspiré à Richelieu l'incarcération de Saint-Cyran, parce qu'il le craint comme uryrude jouteur. » Mais il laisse « le père Véron et quelques autres bons religieux réfuter les hérétiques » sans s'en inquiéter.

Non pas sans doute que, surtout du côté des protestants, Ton désarme et Ton se taise : Desmarets à Groningue, Aubertin , Blondel, Mestrezat, Drelincourt en France, Daillé à Genève1, — pour ne citer qu'eux, — écrivent toujours contre le catholicisme et presque tous ils écrivent beaucoup; mais la méthode, le ton et le genre de leurs écrits diffèrent considérablement de ce que l'on avait fait jusque-là.

A dater surtout de 1640 2, la controverse, telle qu'ils paraissent à présent l'entendre et la pratiquer — (sous l'influence de quelles causes, j'essaierai de le déterminer tout à l'heure) — cette controverse est singulièrement plus restreinte et plus calme que la controverse d'antan. C'est de l'histoire qu'ils font à présent, c'est de l'érudition même ; ils consignent le résultat de recherches approfondies sur l'antiquité ecclésiastique dans des mémoires longs et laborieux, qui demandent du temps pour être lus, plus encore pour être réfutés, et qui, du reste, rédigés souvent en latin, s'adressent aux docteurs bien plutôt qu'au public. Seul, ou presque seul, parmi les calvinistes

1. Desmarets, Calalogus librorum Novi Testamenti de quibus lis est inter Chrislianos, 1653. Nombreux ouvrages (Desmarets en composa en tout plus de cent) sur les moines, sur la Messe, sur l'Ordre ecclésiastique, sur la Papesse Jeanne, sur le Saint-Esprit, sur la Trinité, sur des curiosités d'exégèse biblique; — quelques livres de controverse pure, tels que : Valeriani Magni capucini methodus àuiOoSo; et ignis fatuus, etc., 1654; Exemptio scrupulorum quos missionarii ponli ficii injicere conanlur conscientiis Protestantium ad eos seducendos, 1655 ; Compendiosa Papismi refutatio, 1658. — Aubertin, Conformité' de la créance de l'Eglise et de saint Augustin sur le Sacrement de l'Eucharistie, 1626; Analomie du Livre du sr de La Milletière pour la Transsubstantiation, 1648. — Blondel, Traité historique de la Primauté de l'Eglise, 1641 ; Eclaircissement familier sur la doctrine de l'Eucharistie, 1641 ; Actes authentiques des Eglises réformées de France , Germanie, etc. 1655. — Mestrezat, Traité de l'Eglise, 1640. — Drelincourt, v. plus loiu. — Daillé, De la créance des PP. sur les Images, 1641 ; De pœnis et satisfactionibus humanis, 1649 : « Daillé y discute les opinions des PP. des trois premiers siècles. » Haag. — De pseudepigraphis apostolicis, 1653. « L'auteur y prouve la fausseté des constitutions apostoliques. » Haag. — De jejuniis et quadragesima, 1654 (sur les opinions des PP. des quatre premiers siècles.) — Disputatio de duobus Latinorum Sacramentis , 1659 ; Disputatio de Sacramentali Confessione, 1661; Réplique à Adam et à Cottiby, 1662; Adversité Latinorum de cultus religiosi objecta traditionem, 1664 ; De cullibus religiosis Latinorum libriix, 1671.

2. On remarquera cependant que le célèbre ouvrage d'Aubertin est de quatorze ans antérieur à cette date.

d'alors, le fécond et peu original Drelincourt ' reste à peu près constamment un pur théologien, fidèle a la tactique ancienne, à cette méthode éristique et scolastique chère aux jouteurs des premiers jours. Mais de 16i() à 16G0 il n'y a guère que lui qui se résigne encore à retraiter infatigablement toutes et chacune des questions rebattues de la théologie polémique, et à composer, sur un nombre incalculable de matières, des dialogues ou des manuels de controverse dogmatique, destinés soit à édifier les fidèles, soit à « confondre les missionnaires. »

Mais c'est surtout du côté des catholiques que le relâchement est sensible 2.

La Milletière mort, on se borna, ce semble, à faire le nécessaire pour ne pas avoir l'air d'abdiquer et pour empêcher la prescription. Les docteurs sérieux se désintéressaient visiblement de la controverse. Ni à l'Oratoire 3, ni dans la congrégation des prêtres de Saint-Sulpice , la dispute théologique contre les protestants ne parait avoir été en honneur à cette époque. Tombée dans le discrédit des honnêtes gens', la besogne de « convertisseur » était

1. Principaux ouvrages de Drelincourt : Le combat romain, 1629. — If Abrégé des Controverses ou Sommaire des Erreurs de l'Eglise romaine avec leur réfutation par des textes exprès de la Bible de Louvain, 1(330. — Avertissement sur les disputes et les procédés des Missionnaires, 1654. — Neuf dialogues contre les Missionnaires, 1655, etc. — L'Avertissement contient dans sa seconde partie l'énumération de quatre cent cinquante questions à faire aux Missionnaires. — Cf. Eue Benoît, t. II, p. 557; t. III, p. 49 : « Les enfants et les femmes étaient armés de tous les passages de l'Ecriture qui peuvent servir à expliquer la véritable doctrine. » Cf. ibid., 53, 54.

2. Lettre de Lemaistre à Singlin, dans le supplément au Nécrologe de Port- Royal, p. 253 sqq. : « Ils (les docteurs et les religieux) haranguent dans les assemblées ; ils crient dans les écoles, ils tonnent dans les chaires, et en cette occasion si importante et si sainte (c'est-à-dire quand il s'agit de combattre les hérétiques), ils gardent tous le silence. Ces grands oracles de la théologie sont tous muets; ils témoignent dans leur conduite la même faiblesse et la même lâcheté que ces ministres que nous avons vus autrefois dans les affaires... qui savaient envoyer des troupes contre trois ou quatre mutins qui ne faisaient point de résistance, mais qui ne savaient point soutenir des guerres, entretenir des armées, donner des batailles, et former des sièges (contre les princes étrangers). Dans ce témoignage public de l'impuissance et de la timidité, » etc.

3. L'Oratoire semble se restreindre à cette époque à la réforme intérieure du sacerdoce.

4. Voir l'affaire scandaleuse du 1'. Véron contre le ministre Bochart, et l'ordre donné aux évêques de Normandie de ne plus laisser prêcher ce religieux

abandonnée aux moines, ou même à des aventuriers laïques l, à des artisans improvisés apôtres, qui parcouraient Paris et la province, prêchant sur des tréteaux, entrant dans les maisons, défiant les ministres, et la controverse se réduit dans leur bouche aux artifices grossiers d'une érudition toute de mémoire, toujours la même, ou d'une sophistique rabaissée au niveau de ces auditoires de carrefours2. « Depuis la mort du cardinal Duperron et du cardinal de Richelieu, » écrit plus tard un janséniste, « on considérait que la vérité catholique était restée en quelque sorte sans défense 3. »

A quoi tenait, des deux parts, ce relâchement de la controverse? Sans doute, en premier lieu, à la diversion que causaient, dans l'un et l'autre camp, les interminables et très ardentes querelles sur la prédestination, la grâce et le libre arbitre'. Arminius, Gomar et Piscator

« propre seulement pour les controverses et non pour apporter aucune édification. » Vte d'Avenel, Richelieu, t. III, p. 419, n. 2.

1. « La plupart des prêtres demeurent les bras croisés, et il faut que Dieu suscite des laïques, des couteliers et des merciers pour faire l'ouvrage des prêtres fainéants. » Bourdoise, cité dans la Vie de M. Olier, I, p. 462. — Cf. Picot, Essai sur l'infl. delà relig. en France au XVIIe siècle, I, p. 395, sq.

2. Voy. Drelincourt, Avertissement sur le procédé des missionnaires, 1654, p. 3, 6, 7, 8, 129; E. Benoît, Hist. de l'Édit de Nantes, II, p. 556-557 : « Une des plus malignes questions que les nouveaux missionnaires faisaient aux simples pour les embarrasser, était s'ils croyaient que Charlemagne ou que saint Louis ou que le roi régnant fût damné. C'était un crime de lèse-majesté que de répondre que oui ; et il était dangereux de répondre que non ; parce qu'aussitôt le misssionnaire en concluait qu'on pouvait donc se sauver dans la religion romaine. » Cf. III, p. 21, sq. ; 44, sq. ; 49. — Cf. Vie de M. Olier, I, p. 462-

3. Préf. hist. et crit. des écriLs de controverse d'Arnauld (Œuvres, t. XII), p. i.

4. Notons seulement ici les dates principales. A. Querelles catholiques sur la grâce. Condamnation par Pie V de soixaute-seize propositions extraites des œuvres de Michel Baius (1567) ; — Renouvellement, malgré sa soumission, de la controverse soulevée par lui (1579-1588) ; — Dispute du dominicain Bannez et du jésuite Montemayor en Espagne (1581) ; — Liberi arbitrii cum gratiae donis, divina j)>'aescientia, ■providentiel, praedestinatione et reprobatione concordia, par le jésuite Moliua (1588); — Congrégations de Auxiliis divinae gratiae tenues par le pape à ce sujet (1601-1605) ; — Paul V termine la dispute sans la conclure (1607); — VAugustinus, ouvrage posthume de Cornélius Jansenius (1640), condamné en 1642 par Urbain VIII; — Le docteur Cornet et les Cinq propositions (1653), que condamne Innocent X ; — Distinction par les jansénistes du fait et du droit; — Polémique d'Arnaud (1649-1655) ; — Les Provinciales (1656); — Le Formulaire (1661) ; — Les quatre prélats réfractaires

CHAPITRi: PREMIER. 17

troublaient autant les protestants ' que Baius, Baniiez, Molina, Jansénius inquiétaient l<\s catholiques2. Peut-être aussi l'accalmie de la dispute venait-elle en partie de cette tolérance inconsciente, qui, à la longue, s'insinue dans les mœurs et dans les esprits, par l'influence latente de la cohabitation sociale3. Mais le motif principal d'où provenait cette sorte d'accord tacite à suspendre les hostilités, c'était, à ce qu'il semble, une défiance universelle sur l'efficacité de Ja controverse. On avait dit de part et d'autre tout ce qu'on croyait pouvoir dire : on désespérait de se convaincre1. Cette espèce d'indifférence découragée se sent principalement chez les catholiques de ce temps. La plupart des gens cultivés parmi les laïques ne témoignaient plus pour ces disputes, qui avaient tant passionné leurs pères, qu'un dédain ennuyé. « L'Eglise

(1665 : — La Paix de l'Église (1669). — B. Querelles protestantes. Mort d'Armlnius (1609) (cf. plus loin, p. 25) ; — Les Cinq articles des Remontrants aux États de Hollande (1610); — Synode de bordrecht (1618); — La Confessio Remonstrantium d'Episcopius (1622) ; — Ouvrages polémiques d'Episcopius (mort en 1643), de Uytenbogaert (mort en 1644) contre Gomar (mort en 16il) et ses partisans ; — Piscator, mort eo 1625, a pour disciples, en France, Cameron, Blondel, ('appel, La Placette ; — la Theologia christiana de Limborch (1686). — Sur le Cameronisme, le système d'Amyraut, de Testard et celui de Pajoû, voy. plus loin, p. 26.

1. « Dans la cinquante-septième séance du synode de Dordrecht, les Remontrants furent expulsés comme trompeurs et menteurs. » A. Réville, Encycl. Lichtenberger. — On sait les excès prodigieux de la Terreur gomariste, les empoisonnements ou expulsions de ministres, la condamnation de Grotius à une captivité perpétuelle, la mort de Barneveldt, etc. — Les synodes calvinistes français, après avoir combattu Piscator (synodes de Gap, 1603, et de la Rochelle, 1613), prirent parti pour les Gomaristes (voy. en particulier le synode d'Alais). — « On n'a jamais vu rien de plus échauffé que les esprits le parurent sur cette nouvelle controverse. » E. Benoît, Hist. de l'Êdit de Nantes, 11, p. 588. — Cf. pour l'ardeur et la grossièreté des disputes qui se livrèrent sur les systèmes de Câmeran, d'Amyraut et de Pajon, leurs articles et les articles Daillé, Desmarets-, etc., dans la France protestante d'Haag et Bordier, et dans V Encyclopédie Lichtenberger.

2. Sur 1rs passions que soulevaient ces disputes parmi les catholiques, voir les faits cités par Bérault-Bercastel, Hist. <!<■ l'Église, t. VIII. p. 192, 196, sq., et les histoires du jansénisme.

.'!. Sur l'effacement des haines anciennes, voir Amyraut, Apologie pour ceux de In religion (1647), Épître dédie, el p. 13-15; - E. Benoît, Hist. de l'Êdit de Nantes, III, Préf. : « Ils ont pris [\d temps où on ne pouvait plus alléguer l'impétuosité du zèle excité par des i veautés choquantes, rie.

1. Par exemple Amyraut, Apologie pour ceux de la religion, p. 19, déclare ne vouloir plus entrer dans ces- controverses dont « la subtilité des raisonnements dépasse bien souvenl la portée des esprits du peuple. »

est trop bonne, » écrivait Balzac lui-même ', le grand prédicateur laïque de cette époque, « pour m'oblige r à lire tout ce que ses docteurs écrivent. Ces montagnes d'écritures accablent les têtes et n'édifient point les esprits. » Et si le haut clergé conservait toujours et continuait à exprimer dans ses assemblées le désir de revoir l'unité de foi régner dans l'Etat, ce n'était plus, notons-le, de la persuasion qu'il paraissait attendre la réalisation de son rêve : c'était du pouvoir séculier. Depuis longtemps déjà le cardinal de Bérulle, ce mystique d'esprit très positif, avait déclaré que le gouvernement devait mettre ses moyens d'action au service de l'Eglise, et que la réunion des protestants n'était possible qu'à ce prix 2. A son exemple, le clergé, vers 1650, paraissait placer sa confiance surtout dans les chicanes juridiques que les parlements pouvaient susciter aux calvinistes, et dans les amoindrissements graduels que le roi avait légalement le droit de faire subir aux libertés de l'Edit de Nantes 3.

i. Socrale chrétien (1652), discours V.

2. Tabaraud, Hist. de Pierre de Bérulle, II, p. 52, 55-57, sq. (Néanmoins Bérulle eut du succès quand il s'adonna à la controverse : voir Cloyseault, Vie du card. de Bérulle, dans le recueil du P. Ingold, I, p. 28-29). — Tabaraud, ibid., p. 55 : « ... Il ne croyait pas qu'où y pût parvenir par la seule voie des controverses. Un Père de l'Oratoire lui ayant alors proposé de former dans la congrégation un corps de controversistes spécialement occupé de combattre l'hérésie, il lui répondit qu'un établissement de ce genre ne suffirait pas pour les circonstances où l'on se trouvait, et ne conduirait pas efficacement au but qu'on voulait atteindre ; qu'on ne pourrait mettre fin à une hérésie qui avait pris naissance dans les divisions de l'État que par un coup d'éclat propre à la détruire dans son centre même. » D'après une lettre (ou des lettres) de Bérulle à Bichelieu (1621) tirées des AIss. du Louvre et Habert de" Cerisy, t. II, ch. xm, p. 15.) — Cf. Cloyseault, ouvr. cité, p. 60, et surtout p. 66-67 : « L'étude de la controverse y servira, mais peu, etc. » — Cf. sur le P. Guillaume Dodu, ibid., p. 175.

3. Dès 1626, au lieu de combattre le livre d'Aubertin sur l'Eucharistie, le clergé préférait faire châtier l'auteur (voir Bordieh, France protestante). — Voir pour cette période, les procès-verbaux et les remontrances des assemblées du clergé de France, de 1651 à 1656. — Cf. Élie Benoît, Hist. de l'Êdit de Nantes^ III, 242, III, 95, sur des instructions données en 1648 pour empêcher que » ceux de la R. P. R. ne fassent aucun progrès en ce royaume, soit dans le temporel, soit dans le spirituel. » Cf. III, p. 112, sq., 123, 164. — Le P. Véron lui-même intente des procès aux ministres quand ils contrevenaient aux édits (Nolii ■>■ de l'édit. de la Bèyle générale de la foi catholique, par l'abbé La Bouderie). — En 1657, le livre de Bochart sur Y Invota lion des saints et le culte des images

Mais le moment devait se faire attendre où le gouvernement pourrait prêter l'oreille à ces sollicitations. Mazarin, chargé d'assez nombreux embarras par ailleurs, ne se soucia pas de tourmenter inutilement des sujets lidèles dont le seul tort était l'hérésie ; malgré les instances de quelques zélés , comme l'archevêque de Sens, Henri de Gondrin1, il se refusa prudemment à prendre la suite des projets de réunion où Richelieu avait commencé, semblc-t-il, de se laisser engager et il permit au « petit troupeau » de « brouter de mauvaises herbes » à son aise2. Mais à l'avènement personnel de Louis XIV, sa défiance, que l'on ne tarda pas à connaître, à l'endroit de l'hérésie, ranima l'espoir de la partie ardente du clergé catholique et réveilla son ardeur polémique '. Dès 1661, nous voyons déjà l'Eglise et la Royauté marcher de conserve vers un but qui ne s'avoue pas encore , mais qui se devine aisément. Toutefois bien que, dès cette date, la collaboration des deux pouvoirs dans une œuvre commune soit sensible, ni le clergé ni le Roi ne purent, jusqu'en

est poursuivi par arrêt du Conseil d'État. « Le missionnaire que (Bochart) eut pour partie, aima mieux le réfuter par l'arrêt que par des raisons. » Benoît, ibid., M, 242. — Durant toutes ces années, nous ne trouvons plus de disputes comme autrefois, mais seulement des condamnations ou des interdictions de livres. Voy. Benoît, Ht, p. 95-343, passim. — En 1660 encore, les actes de l'assemblée du clergé insistent surtout sur les moyens temporels de répression et de compression. Le dix-huitième article requiert le gouvernement « de défendre l'impression d'aucun livre qui n'aurait pas été vu premièrement par les officiers du roi. » — Cf. F. Puaux, Rev. hist., 1885, t. XXIX, p. 255 sq.

1. Lettre de Lionne au cardinal Rospigliosi (8 mai 1669) citée par Floquet, Etudes sur Bossue/, III, p. 43. — Lettres de Richard Simon, t. I, p. 30, 34. — Le P. du Laurens, l'ancien conseiller de Richelieu, insista aussi en vain près de Mazarin pour le décider à agir. (Lettres de R. Simon, I, p. 5.) — Cf. Tabaraud, Hist. des Projets de réunion, p. 204-206.

2. Sur cette indifférence de Mazarin, le mot de Jurieu est vrai , dit M. Frank Puaux (Rev. hist., t. XXIX, p. 251) : « Le bon homme, tout italien qu'il était

et voisin de l'Église, n'avait pas grand zèle \ r elle ». Cf. Mavnard, Saint

Vinrent île l'uni, t. IV, p. 1 sqq., et Chéruel, Minorité de Louis XIV, t. I,

3. Sur les vues de Louis XIV, voyez les textes cités par Floquet, ibid., : 1° Œuvres de Louis XIV, I, p. 84; 2° Guv Patin, Lettres (3 mars 1665); 3° Juriei', Politique du clergé de France L682 , p. 18. C'est de 1661 que date, d'après M. Puaux (art. cité), la guerre de chicaues juridiques faite aux Kglises réformées par les agents du clergé, et c'est en 1665 que [.nuis XIV fut gagné définitivement, selon lui, aux idées de révocation.

1608, y travailler librement. Les affaires du Jansénisme et des Jésuites distrayaient l'attention des catholiques, et les privaient d'une notable partie de leurs forces l , tandis que la guerre de Dévolution et les premières réformes intérieures absorbaient d'autre part les soins du Roi. La paix d'Aix-la-Chapelle, en 1008, donna à Louis XIV le loisir de se déclarer déjà plus nettement2 ; un an après, la paix de Clément IX permettait à l'Eglise de France pacifiée de se consacrer tout entière à la guerre contre l'hérésie, guerre où désormais le groupe réconcilié des théologiens de Port-Royal, heureux de donner des preuves de son orthodoxie 3, apportait avec empressement le précieux appoint de son ardeur énergique et de son talent d'écrire.

Alors recommença, aussi ardente, aussi active 4 que dans les dernières années du seizième siècle, la lutte des deux Eglises ; lutte intéressante au plus haut point pour l'his-

1. Préf. hisï. et cri t. du t. XII des Œuvres cTArnauld, p. n. — Le livre de Nieule, sur la Perpétuité de la fui de l'Eglise touchant l'Eucftaristie, publié en 1664, n'obtint que difficilement un privilège, d'après le même document, p. vi. — ■ A cette date (1665 environ), les Jansénistes, quand on les sollicitait d'abandonner la défense de Jansénius et de céder sur le Formulaire pour employer leur plume contre les hérétiques, répondaient avec M. de Pontchàteau que « la France était un vaisseau qui faisait eau de toutes parts, et qu'il était indispensable de radouber avant de songer à combattre les ennemis extérieurs ». lbid., p. vin. — Eu 1667, le P. Nouet publia un livre « pour servir de réponse au ministre qui a écrit contre la Perpétuité » de Nicole. Claude, dans sa Réponse au P. Nouet , affecte de cousidérer ce jésuite comme le seul défenseur « autorisé » de l'Église romaine qui ne veut pas « permettre aux écrivains de Port-Royal de rentrer en lice pour sa querelle, ni en qualité de volontaires, ni en qualité de troupes auxiliaires ».

2. Cf. Ranke, Ilisf. de France, IV (trad. fr.), p. 367; Floquet, Études sur Rossuet, III, 290-291; Frank Puaux, édition des Plaintes des Protestants de Claude, p. 7, n. 1, et surtout dans la Revue historique. 1885, t. XXIX, p. 241-

3. Claude et les protestants insinuaient sans trop d'invraisemblance qu'il y avait dans leur ardeur un peu de politique. Cf. Préf. hist. et ait., du t. XII des Œuvres d'AnxAui.n, p. xiv ; Floquet, Études, ni, 274; Sainte-Beuve, Port- Royal, II, p. 195 sqq.

4. Ces disputes renaissantes ne semblent pas cependant avoir trouvé auprès du public la même faveur qu'autrefois. Bossuet (Confér. avec Claude) se plaint que les catholiques « négligent les livres de controverse ". Cf. Bayle, ('rit. (jeu. de iliist. du Calvinisme. I. XXX, n° xiu ; Nouv. de la Rép. îles- Lettres, déc. 1684, art. Xll ; la Vie de Nicole, t. II, p. 45; nue lettre de Spon ;'i Nicaise, du 12 sept. 1684, dans la Corresp. de l'abbé Nicaise (Bibl. nat., mss.), t. 11, p. i65; etc.

toire des idées modernes, car 1rs questions qui s'y débaltent ne sont autres, sous une forme théologique, que les problèmes les plus importants de la religion, de la philosophie , de la morale sociale et de la politique ; lutte grave et passionnée à laquelle ajoute un intérêt presque dramatique l'approche de plus en plus visible et menaçante de la Révocation de l'Edit de Nantes ; lutte profondément sincère de part et d'autre, car si les catholiques s'y donnent le tort injustifiable d'accepter pour leur cause le concours du pouvoir séculier, on ne saurait toutefois méconnaître chez eux un sérieux et sincère effort de persuasion. De 1609 à 16851, les livres succèdent aux

1. Conférences de Le Blanc de Beaulieu avec le P. Adam, à l'instigation de Fabert, 1662; du P. Adam avec Turenne, 1671; de Pau] IJerrj et de Théodore Maimbourg avec Bossuet, 1G6G; de Claude avec Bossuet, L678. — Tentatives faites auprès de Claude, en 16S0, 1681, 1685, pour l'amener à une nouvelle conférence (Haag , France protestante). — Sur les leçons de controverses qu| se donnaient alors publiquement, voir Chardon de Lugnv, Nouvelle iiH:tli<nh> pour réfuter l'établissement des Églises lié formées, 1730, p. 325-326; Picot, Mém. pour servira l'hist. ecclés. du dix-septième sierle. 1815, If, p. 18 sqq.; Floquet, Eludes sur Bossuet, III, p. 16 sqq.; Réaume, Hist. de Bossuet, \\, 301; 0. Douen, VI n toléra née de Fénelon, p. 300 sqq.

Projets de réunion. — En Languedoc, des 1660, ouvertures du prince de Conti ; pourparlers avec le ministre Noguier. Claude met opposition à ce projet, dans le Synode provincial de Nîmes en 1661. (Haag, ibid.) — En 1660, il est question d'une sorte de colloque général analogue à celui dont on prête le dessein à Richelieu. Et ce ne devait être qu'après uue adhésion volontaire , que l'on croyait facile à obtenir, des principaux ministres de toute la France que l'on révoquerait l'Édit, désormais sans objet. Du reste, il est difficile de savoir ce qui se passa dans ces pourparlers très secrets. (Floquet, Eludes sur Bossuet, III, 290-291 ; Rulhière, Éclaircissements sur les Causes de lu Révocation de l'Édit de Nantes, ch. vi, etc.) — Sur les démarches faites par Turenne, secondé par quelques ministres convertis, v. Élie Benoît, Hist. de l'Édit, IV, p. 136: « Il se trouva », dit E. Benoît, ibid., p. 137,149, "-.'50, «plus de ministres qu'on aurait cru pour donner les mains à ce projet dangereux. » Ces vues paraissent avuir eu quelque succès, dans l'Ile de France, l'Anjou, le Berri, la Saintonge, le Vivarais et le Languedoc. Le Synode de l'Ile de France de 1673, mit un tenue aux efforts des « açcommodeurs. » — Sur la tentative du ministre d'Yze, professeur à Die, venu à Paris en 1677 pour soumettre à Bossuet un projet qui n'eut pas de suite, voy. Râbaut Le jeune, Détails historiques sur les projets île Réunion, p. 08. Cf. Tabaraud, Hist-. des Projets.de Réunion.

Abjurations. — Files semblent avoir été assez nombreuses à cette époque. V.les Procès-verbaux des assemblées du Clergé Ae, 1659 à 1666, et la Liste des conversionsde 1656 à 1661, citée par Floquet, ibid., III. L'intimidation et les promesses y avaient du reste r.ne part, comme le prouve cette lettre citée par le même auteur, ibid., 50 : « La disposition est plus éloignée que jamais de favoriser les Églises calvinistes, ni de faire aucune grâce au général. Nous sommes en ce moment menacés de la dernière désolation... Il est temps de penser sérieu-

livres, les répliques se pressent, les prédications controversistes se multiplient, les conférences entre adversaires, dès longtemps tombées en désuétude, reparaissent. Et même après 1685, même après que le gouvernement a tranché brutalement la dispute en donnant cause gagnée au catholicisme et en supposant que la religion réformée n'a plus, désormais, en France, de raison d'être, même alors le débat se poursuit encore. Sortis de France, les protestants s'obstinent à disputer toujours ' ; ils tiennent à montrer au monde qu'on a pu les violenter, mais qu'on n'a pas pu les convaincre ; ils veulent soutenir de loin la constance orthodoxe des fidèles restés « en captivité », ou comme ils disaient « sous la croix ». Surtout, ils disputent encore, parce qu'ils conservent l'illusion que leur défaite ne sera que temporaire et qu'un brusque retour de la politique européenne va ramener bientôt dans la patrie perdue leur religion triomphante. Les catholiques, eux aussi, continuent à multiplier les ouvrages de controverse, et s'il est facile d'accuser d'ironie cruelle et hypocrite cette persistance à vouloir convaincre leurs victimes, dis-

sèment à la paix. De tous côtés, on nous quitte, et ministres, et gens de condition, ou l'on est sur le point de nous quitter; et l'on ne fait autre chose que chercher une belle porte pour sortir et se retirer. » Th. Maimbourg à Ferri, 8 sept. 1666.

Controverse a partir de 1682. — L'assemblée générale du Clergé de 1681 donna une nouvelle impulsion à la controverse. Voyez les Méthodes de conversion recommandées par cette assemblée; le Mercure galant, 1682-1686; Bayle, Nouvelles de la Re'publ. des Lettres, juin 1686; E. Benoît, Hist. de l'Êdit, III, 422 sqq., IV, 136 sqq. ; Picot, Essai sur l'influence de la Religion en France, II, p. 210 sqq: ; Floquet, Rossuet, précepteur du Dauphin, p. 285, 286, sqq. (sur les efforts de l'archevêque Péréfixe), etc. — Parmi les nombreux écrivains controversistes aujourd'hui oubliés, qui prennent part à cette campagne, rappelons les noms de du Guet, envoyé à Strasbourg en 1685; de Louis de Cordemoi, Le Fèvre, Joseph Lambert, Soulier, Chardon de Lugny, Paul Bruzeau.Ce dernier entre 1673 et 1684 publie cinq traités de controverse. — On trouvera plus loin une énumération assez longue, quoique encore incomplète, des ouvrages de polémique religieuse qui ont eu quelque importance et qui out conservé quelque intérêt.

1. L'Êdit du 23 août 1685 ôta la parole aux protestants restés en France. Il était dès lors interdit « aux ministres et à toutes personnes de la R. P. P. de prêcher et de publier des livres contre la foi de l'Église, d'imputer aux catholiques des dogmes qu'ils réprouvent, et même de parler directement ou indirectement de la religion catholique. »

puter encore tandis qu'ils persécutent, et s'adresser aux Ames quand ils tourmentent les corps , il est assurément plus juste et plus indulgent ton! ensemble de voir dans cette prolongation de la controverse, alors même qu'elle est devenue inutile et qu'elle risque de paraître odieuse, une espèce de honte inavouée des catholiques sérieux, un remords de leur triste et incomplète victoire, et comme un hommage involontaire rendu à la liberté de la conscience par ceux mêmes qui prétendaient la contraindre.

Dans cette dernière et féconde période , la controverse nous apparaît très différente de ce qu'elle avait été jusqu'alors. Et d'abord, le nombre des sujets qu'elle traite est de beaucoup moindre qu'autrefois. Le débat ne s'étend plus sur cent sujets d'importance inégale ; il se restreint à peu de points essentiels. En second lieu, la méthode s'est modifiée. Ce qu'à présent on examine, ce n'est pas seulement la vérité absolue des dogmes, considérés en eux-mêmes et dans leur conformité plus ou moins exacte avec la parole révélée ; c'est encore la croyance antérieurement professée sur ces dogmes par l'Eg'lise. Ce n'est pas uniquement à la raison chrétienne et aux Textes sacrés qu'on en appelle désormais, c'est aussi, et de plus en plus, à la foi des siècles passés.

Ces deux faits, — d'une part, la simplification des controverses au sortir de la mêlée d'objections où naguère se mouvait la dispute, — d'autre part, Y évolution de la méthode, dans le sens d'une déférence au passé à laquelle les protestants se refusaient jadis, — méritent l'un et l'autre qu'on s'y arrête.

La diminution du nombre des sujets discutés signifiet-elle que l'on était enfin parvenu à s'accorder sur la plu-

part des controverses d'autrefois? Il y aurait de l'exagération i à l'affirmer d'une façon aussi absolue : il n'y en a point à dire que l'on commençait cependant à s'entendre. Et l'on commençait à s'entendre parce que Ton finissait par se connaître. Cent années de disputes pouvaient bien avoir, on en conviendra, ce résultat modeste. Par exemple, sur ce fameux principe de la justification par la foi, au nom duquel Lu Hier avait fait la Réforme, il est certain qu'on en était arrivé à découvrir que le désaccord était purement verbal ; on se rendait compte à présent que la nécessité des bonnes œuvres n'était pas plus méconnue par les calvinistes, que l'indispensable et suprême nécessité de la foi n'était contestée par les catholiques \

Et la lumière faite sur ce point rendait du même coup d'autres matières plus claires, celle de Yintercession des saints, celle des indulgences. Sans s'approuver encore, on se comprenait mieux.

Ajoutons que les faits survenus dans la vie intérieure du protestantisme et du catholicisme, durant le cours de ce dix-septième siècle où le développement religieux fut si intense, avaient eu sur les rapports mutuels des deux religions une action réelle. Les opinions particulières, les hérésies que chacune d'elles avait eu à combattre — (tout en étant obligée souvent d'en subir l'influence) — avaient

1. Cf. entre autres textes où les obstacles infranchissables sont toujours maintenus, la Biblioth. univ. et liistor. protestante, t. V, 1687, p. 118, sq., à propos du Catéchisme du diocèse de Meaux de Bossuet.

2. Drelincourt, Avertiss. sur les missionn., p. 119 : « sur l'inutilité de l'homme pour le bien, les plus célèbres docteurs de la communion de Rome parlent comme nous. » — Cf. sur Vinamissibililé de la justice, soutenue au début par les premiers réformateurs, le ministre Le Blanc de Beaulieu , et ses « adoucissements «cités par Bossuet, Ilist. des Variations, XIV, xc. — Le docteur catholique Le Fèvre reproche à Arnauld [Motifs invincibles pour convaincre ceux de la R. P. R., 1G82), d'avoir imputé à faux aux calvinistes l'inamissibilité de la justice et la certitude du salut. — Jubieu, Traité de la puiss. de l'Êgl.) p. 250 : « La foi et les bonnes œuvres sont d'une égale nécessité pour obtenir le salut. » — Basnage, llist. de l'Église, t. II, in-fol., p. 1531 : « Il faut reconnaître que nous n'avons aucun différend réel sur la justice imputée. » — Lenfant, Préservatif contre la Réunion, II (dans la Biblioth. gertnan.. t. V, p. 8).

fait naître, entre l'Eglise et là Réforme, des points de contact qui n'existaient pas au début. On sait qu'une des question les plus grosses «!<• querelles au seizième siècle, c'était celle de la liberté humaine el de la prédestination. Aux yeux des catholiques qui, comme Erasme, s'abstenant de scruter le dogme et de le pousser à l'extrême, s'en tenaient à la doctrine mitigée où l'Eglise essayait de concilier le libre arbitre de l'homme et l'action de Dieu dans une synthèse plus prudente (pie logique, rien n'était sans doute choquant comme la raideur absolue avec laquelle Luther, et Calvin plus encore, anéantissait la liberté de l'homme au profit de la toute-puissance et de la toute-science de Dieu. .Mais, au dix-septième siècle, les débats que ne tarda pas à. soulever, parmi les protestants comme parmi les catholiques, ce passionnant problème, eurent insensiblement pour effet de modifier peu à peu la situation respective des deux religions. D'abord J ce fut, entre dominicains et jésuites d'Espagne et de France, la querelle dite de h la prémotion physique, » dont les partisans étaient tellement voisins de la doctrine réformée qu'une décision du pape en leur faveur, aurait, au sentiment du cardinal Duperron, rallié toute l'Europe protestante 2. Puis étaient venues, vers le temps des progrès du jansénisme en France, les disputes du calvinisme des Pays-Bas, entre Arminius et Gomar. Or, dans cette polémique, c'était, si je puis dire, par les deux bouts que le protestantisme se rapprochait, d'une façon sensible, de l'Eglise catholique. Car si l'esprit rigoureux de la doctrine gomariste , consentie d'abord officiellement par les réformés français, se rapprochait beaucoup de l'esprit janséniste, dans sa dévotion primitive aux plus sévères idées de saint Augustin sur la grâce, d'autre part les opinions plus douces d' Arminius3 ne différaient

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