‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 193 sur 327 · Cf. plus haut, p. 113-114, et notes · texte numérisé non relu

Cf. plus haut, p. 113-114, et notes

découvraient avec ravissement , clans la Critique de Maimboiirg , des faits jusqu'alors inaperçus et propres à éclairer quelques points ténébreux de l'histoire enchevêtrée des troubles du seizième siècle en France.

L'heureux auteur de cet écrit qui satisfaisait tout le monde ne tarda pas à être connu. Et le nom recommanda encore le livre. Bayle jouissait déjà dans le parti protestant et dans le monde lettré d'Europe d'une réputation étendue. La modération et l'indépendance de son caractère, son flair à deviner les penchants intellectuels de cette fin du siècle et son adresse à les flatter, l'amusante rédaction et l'impartialité ordinaire de son journal, tout cela lui donnait, vers 1688, une vogue1 que ni son style habituel, foncièrement pâteux, ni sa science, plus vagabonde que solide, ne suffiraient à justifier. Son ouvrage contre Maimbourg fit une grande fortune. Trois éditions s'en épuisèrent en moins de deux ans; on les reçut en France malgré la douane, on les lut malgré la censure, et les colères du père Maimbourg, affichées aux quatre coins de Paris par une complaisance maligne de La Reynie 2, ne firent qu'accroître la popularité d'un livre -que Ménage et Condé, bons juges, déclaraient l'ouvrage d'un « honnête homme3. »

Or à cette élite de controversistes qui défendait avec éclat l'honneur passé du Protestantisme, quels adversaires les catholiques pouvaient-ils opposer dans le temps où Bossuet terminait son ouvrage?

1. « Il (Bayle) a dans le fond l'esprit assez faux et nulle équité ; il se divertit d'une manière indigne des choses les plus lascives, mais il est en possession de plaire et de donner un air ridicule à ceux qu'il lui plaît. » Vie de Nicole, t. II, p. 274.

2. Le P. iMaimbourg intriguait auprès de La Heynie, qui ne, l'aimait pas, pour que l'on condamnât le livre de Bayle, et il parvint, malgré le lieutenant de police, ai obtenir une ordonnance. « M. de la Reynie obéit, mais, pour se venger de M. Maimbourg, il fit imprimer plus de trois mille exemplaires de cette sentence et les fit afficher par tout Paris ; ce qui excita tellement la curiosité du public que chacun voulut avoir la Critique de l'Histoire du Calvinisme. » Desmaizeaux, ouvrage cité.

3. Menagiana. — Bayle publia en 1685 de Nouvelles lettres de l'auteur de la Critique générale, dont le succès fut beaucoup moindre.

Nicole, dont la dialectique pesamment ingénieuse et la phrase d'une prolixe élégance avaient eu si grand cours, pendant la belle période du Jansénisme, auprès d'un public plus cultivé, sans doute, — et en tout cas plus courageux, — que ne serait celui d'à-présent, Nicole était en train de se retirer d'une lutte qu'il avait presque sur tous les points amorcée1. Arnauld, lui aussi et depuis longtemps déjà, se taisait, découragé par le mauvais succès de son Apologie des Catholiques2. Le « vieux lion », comme Jurieu l'appelle, avait eu beau « rugir du fond de sa tanière3, » contre les Protestants cette fois et pour une irréprochable cause : son zèle n'avait pas trouvé grâce devant les rancunes de ses ennemis de France , de nouveau triomphants, et sa réponse à la Politique du Clergé avait été saisie à Rouen comme un libelle pernicieux1.

Que restait-il donc? Une troupe de pamphlétaires sans autorité 5, dont Maimbourg et Soulier étaient les plus mar-

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