‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 20 sur 327 · Frizon, Gallia purpurala, p · texte numérisé non relu

Frizon, Gallia purpurala, p

3. Le système d'Arminius se résume autanl qu' ixpbsé sommaire de ces

choses délicates et de nuance peut être exact; à ceci : 1° La prédestination n'est

guère de la tradition pratique du catholicisme orthodoxe soigneusement maintenue par l'habileté des jésuites. Plus tard encore, les théories de Cameron, d'Amyraut, de Testard, où les calvinistes rigides signalaient, en les déplorant, des concessions au « papisme » ! ; dans les derniers temps enfin, le système de Pajon2, durent, en continuant la tendance arminienne, raccourcir de plus eu plus la distance qui séparait, sur cette question capitale, les protestants des catholiques3.

Les projets conçus pendant le dix-septième siècle en vue de la réunion en un seul corps de toutes les Eglises

pas absolue ; 2° Les mérites du Christ s'appliquent universellement à tous les chrétiens; 3° Le libre arbitre n'a pas entièrement péri; 4° L'homme doit et peut concourir avec Dieu et résister ou acquiescer à sa grâce ; 5° Il peut la perdre. Cf. Lôbsïein, art. Prédestination, dans YEncycl. Lichtenberger.

1. Cameron (Thèses de gratin et libero arbitrio, 1618 ; Defensio sententiae de gratia, etc., 1624, etc.) inventeur de Y « universalisme hypothétique » d'après laquelle la volonté générale de Dieu est que tous les hommes soient sauvés. « On ne peut nier, écrit Dumoulin {Lettre au Syn. d'Alençon, 1637, dans Aymon, Synodes, II, p. 617) que le tiers des ouvrages de Cameron ne soit employé à réfuter Calvin, Bèze et le reste de nos docteurs les plus fameux. »

Amyraut (Traité de la prédestination. 1634; Dispufafio de libero hominis arbitrio, 1647, etc.) admet le principe de Cameron, en le corrigeant par des restrictions considérables. En elîet, « à cette invitation universelle (de Dieu), la créature ne peut » selon lui, « obéir à cause du péché, obstacle invincible à la naissance de la foi. » Or, « cette foi, condition du salut, est l'œuvre gratuite de Dieu qui la donne à ceux-là seuls qu'en vertu d'un décret spécial il a prédestinés au salut. » Lobstein, Encycl. Lichtenberger. — Testard, dont les ouvrages datent de 1633 à 1639, partageait ces idées. — Dumoulin (passage cité plus haut) se plaint qu' Amyraut et Testard aient « tâché de former une nouvelle religion par un mélange de papisme et de caméronisme. » — Louis Cappel, l'exégète, adoucit un peu lui aussi la rigueur des doctrines de Dordrecht (Syntagma thesium theologicarum in Academia Sahnuriensi dîsputatarum, 1665). — Enfin Jurieu lui-même (le Vrai sy st. de l'Église, 1. II, ch. m), quoique partisan des anciennes doctrines, admettait que le Pélagianisme n'était pas contraire à la piété, ni une erreur damnable.

2. Pajon (1626-1685) qui, s'inspirant, lui aussi, d'Arminius, le corrige, essaie en spécifiant les moyens d'action de la grâce, de faire une place plus large à la liberté. V. Fr. Puaux, Encyclopédie Lichtenberger. — Le pajonisme fut condamné en 1686 par Y Acte d'uniformité de Potterdam. — Pajon avait collaboré au célèbre livre de la Réunion du christianisme de u'Huisseau.

3. Bayle; Dicl. crit., art. Pauliciens, rem. F; Réponse aux questions d'un provincial, part, n (Œuvres, t. III, p. 748-749); Nouv. Lelf. crit., III, n° vin. — Vignes, Apologie pour l'Église romaine, p. 35. — Bossuet, Lettre à Leibniz du 30 mars 1692. (Œuv. de Leibni:, éd. Foucher de Careil, I, p. 266- 267). — Cf. B. Simon, Critique de du Pin, t. Il, p. 35i. — Tabaraud, Hist. des Projets de Réunion, p. 346-347.

de la Réforme \ avaient contribué [aussi à l'élimination graduelle ou tout au moins à l'atténuation de plusieurs des controverses qui divisaient d'abord Rome et Genève. Dès 1()3(>, le Synode national des Reformés de France, faisant aux luthériens des avances très prématurées, avait déclaré que les Eglises de la Confession d'Àug-sbourg convenaient avec les Eglises réformées dans les points fondamentaux de la vérité religieuse, et qu'il n'y avait « ni superstition, ni idolâtrie dans leur culte". » En donnant cet exemple de large tolérance et de fraternité, les calvinistes oubliaient sans doute que, sur plusieurs points importants, les Eglises de la Confession d'Augsbourg' se rapprochaient d'assez près de l'Eglise catholique. De l'aveu de leurs propres docteurs, la plupart des Allemands semblaient moins éloignés de la foi romaine qu'ils ne l'étaient du calvinisme 3. Plusieurs croyances leur étaient com-

1. Les documents principaux sur ce sujet sont, outre les déclarations officielles des synodes nationaux de Tonneins, 1614, de Vitré, 1617, de Charenton, 1636, les livres d'A.MYRAirr (De secessione ab Ecclesia romana deque ratione pacis inter evangelicos in religionis negotio corj.stitv.enda disputatio, 1647 ; EtpYivtxôv, 1662), et celui de d'Huisseau (1670), cité plus haut. — Du côté des luthériens : G. Calixte, Desiderium et studium concordiae ècclesiasticae, 1651; De tolerantia Reformatorum, 1658. Cf. en Angleterre, les ouvrages iréniques de Dury (1634-1654) ; en Suisse, VIrenicum Irenicorum (1658-1661). — Voyez les Histoires des Projets de Réunion, de Rabaut et du P. Tabaraud.

2. Syn. nat.de Charenton, 1636, ch. xxii, art. 1, dans Aymon, II, 500-501.

3. Le luthérien G. Calixte (qui cependant était très opposé ;'i certaines doctrines ou pratiques catholiques; v. le De religiosa adoratione, 1623; le De conjugio clericorum, 1631) faisait d'importantes concessions au catholicisme sur la nécessité des œuvres, le sacrifice de la messe, les prières pour les morts et l'invocation des saints : voy. la Disput. de auctoritate antiquitatis ècclesiasticae, 1639; le Desiderium el studium concordiae ècclesiasticae, 163'.», et le livre de Statius Bûcher contre Culixte : Cryptopapismus, 1640; cf. Vignes, Apol. pour l'Église romaine, p. 16.; Fechtujs, De origine et superstitione Missarum, p. 200-201, App., p. 11: Henke , Calixtus und seine Zeit, 1853-1856; Haag, Hist. des Dogmes chrétiens.

Sur les points concédés par Molanus, surintendant dés Églises luthériennes de Hanovre, voyez ses négociations avec Bossuet, dans les <>Eui<res de BoSsuet; les Réflexions de celui-ci sur l'écrit de Molanus ; sa lettre à Leibniz du 27 déc. 1692 et du 12 août 1701 (Foucher de Careil, Œuvres 'le Leibniz, I, 349-350 et II, 391); la lettre de Mm° de Brinon à Bossuet du 18 juillet 1694 (ibid., II, 73, etc.) — Bien que les sentiments de Leibniz lui soient trop particuliers pour nous être un sur garant de l'opinion des luthériens de son temps, on peut voir néanmoins, à titre de renseignement supplémentaire, le catalogue dressé par lui des controverses qu'il considère comme terminées; il y en a trois décades (Foucher

mîmes, telles que la croyance à la présence réelle ; plusieurs pratiques, telles que la confession. Mais alors convenait-il encore aux calvinistes de déclarer pernicieuses et damnables dans le « papisme » les erreurs qu'ils jugeaient insignifiantes et « sans venin » chez leurs frères d'Augsbourg * ?

La théorie des « points fondamentaux 2 », base ordinaire de tous les projets formés pour remédier aux dissensions intestines de la Réforme, pouvait évidemment s'appliquer indirectement à la situation respective de la Réforme et du catholicisme 3.

de Careil, I, p. 11, Relat. pour la Cour impériale; II, p. lxvii, note; p. 80-81, 180 sqq.).

Sur l'antipathie des luthériens, surtout de Calov et de son école, contre les Réformés, voy. Walch, Religions-Sfreitigkeiten d. lutheran. Kirche; Thouuck, Academ. Leben d. siebenzehnten Jarhunderts; du même, Inneregeséhicht&d. protest. Kirchen; et Colani, Revue de Théologie, t. VI, p. 358 sqq. Le théologien Leyser compose un ouvrage intitulé : « Comme quoi les papistes sont plutôt en communion avec nous qu'avec les Réformés et méritent davantage notre confiance. » Une décision de l'Académie de Wittenberg et d'une autre faculté interdit officiellement à un « chrétien » (luthérien) d'accepter à dîner chez un calviniste, etc.

Les querelles soulevées en Allemagne par le Syncrétisme de G. Calixte nous montrent d'une façon assez curieuse cette indulgence nouvelle pour le catholicisme commune à deux fractions de la postérité de Luther, ennemies l'une de l'autre. Tandis que G. Calixte admet dans une large mesure certaines doctrines romaines et déteste vivement la prédestination des Réformés , l'un de ses adversaires, le fougueux Hoë de Hoënegg, déclare que le joug de l'antechrist calviniste est plus insupportable que celui de l'antechrist papal.

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