Schmidt, t. II, p
6. Schmidt, t. Il, p. 46-47, 84. — Cf. Hist. des Var., 1. XI, n°* xxi, xxn,
XXIII, XXVI, XXVII, XXIX, XXX, XXXV, XXXVII, XLI, XLII, XLIII, XLIV, XLVI, XLVIII, LU, LX, LXI.
lisme ; mais quand plusieurs d'entre elles se trouvent mentionnées ensemble par les auteurs du temps à propos des mômes hérétiques, elles lui paraissent justement d'importants indices '. Leur présence simultanée forme un symptôme très vraisemblable de « manichéisme » caché ".
Que si elles ne se rencontrent pas toujours toutes réunies, et si, fréquemment, les chroniqueurs se taisent sur telle ou telle d'entre elles , cette lacune , n'en déplaise à Basnage, n'est pas pour infirmer beaucoup les hypothèses de Bossuet. Car d'abord, — comme Bossuet le répète à plusieurs reprises , — le chroniqueur peut n'avoir pas tout su ; et il peut, par conscience, n'avoir voulu parler que de ce qu'il connaissait sûrement. Ensuite, quand il s'agit de préceptes moraux d'aussi difficile observation que l'abstinence absolue du mariage, il a pu y avoir, — et c'est ce qui arrivait en effet, — des accommodements dans la pratique et des relâchements à la règle stricte en faveur des simples « croyants 3 ». Enfin, comme le théo-
1. Pour qu'une société soit manichéenne, dit Basnage [Hist. de l'Êgl., t. II, p. 1404), il ne suffit pas qu'elle dit quelques erreurs sur l'obscurité de l'Évangile, sur le mariage, sur l'abstinence des viandes, sur la mortification de la chair, sur le sort de l'àrae immédiatement après la mort... » (Cf. Allix, Albigenses, p. 26). Cela suffit presque, quand toutes ces erreurs se trouvent ensemble, car elles ont toutes la même source.
2. C'est ce qui autorise, par exemple, Bossuet à se servir du texte d'Evervin dont Basnage lui reproche l'usage. Il est vrai qu'Evervin distingue deux groupes d'hérétiques: « ... Sunt item alii haeretici quidam omnino ab istis discordantes » [Analecta, éd. de 1723, p. 474); — mais même à ces alii haeretici il attribut', non seulement le rejet de la Transsubstantiation, de l'invocation des Saints, du Purgatoire et de la prière pour les morts, — opinions qui ne seraient pas décisives; — mais aussi le rejet de tous les sacrements de l'Église à l'exception du Baptême des Adultes, et la condamnation du mariage. Evervin avait donc tort de distinguer ici deux groupes, qui pouvaient êLre divisés par des inimitiés, mais qui n'étaient pas opposés de sentiments. (Il ne dit pas du reste dissentientes , mais discordantes.) Et saint Bernard, plus perspicace, ne les sépara pas dans son 66e Sennon sur le Cantique des Cantiques. — D'ailleurs, en un autre endroit, Basnage avoue implicitement le bien fondé du procédé de Bossuet en cette occasion. « On les accuse aussi, — dit-il à propos d'hérétiques condamnés au douzième siècle dans un Synode d'Arras, — de rejeter le Mariage, le Baptême, la Pénitence et l'Eucharistie... J'avoue que si ces accusations étaient vraies dans toute l<'ur étendue, nous ne pourrions pas nous faire honneur de leurs sentiments. »
:>>. SCHMIDT, I. Il, p. 98-99.
logien catholique ne cesse de le rappeler avec raison, les dogmes changent. Bossuet connaît assez la fantaisie féconde et l'inépuisable variabilité de la spéculation humaine pour savoir qu'à travers le temps un système va se modifiant sans cesse. Il n'a nulle part la prétention de démontrer que le dualisme des Albigeois du douzième siècle soit absolument identique au manichéisme des contemporains d'Augustin1. Il ne se refuse point à reconnaître qu'il y avait dans le Catharisme moderne des croyances et des pratiques que Fauste d'Hippone n'avait point connues; qu'il en manquait d'autres, par contre, que les sectateurs immédiats de Manès considéraient pourtant comme essentielles. Il n'oublie pas non plus que même au douzième siècle, tous les « nouveaux Manichéens » répandus dans l'Europe méridionale ne professaient pas le même symbole, et que, si certains d'entre eux s'attachaient rigoureusement à un Dualisme « outré »,
1. Hist. des Var., 1. XI, n° xvm : « Leur Eucharistie (celle des hérétiques d'Orléans) était. ..tout à fait du génie des Manichéens, quoiqu'on ne la trouve pas dans les anciens. »... « Il ne faut pas s'étonner qu'on trouve de nouveaux prodiges dans une secte si cachée, soit qu'elle les invente, ou qu'on les découvre de nouveau. » N° xix : « Voilà de vrais caractères de Manichéisme. » N° xxviii : '< Mais comme les hérésies changent ou se découvrent davantage avec le temps, ou y voit beaucoup de nouveaux dogmes et de nouvelles pratiques.» N° xxx : « ... Ce que je remarque, afin qu'on voie les bizarreries d'une secte qui n'était pas d'accord avec elle-même et se trouvait souvent contrainte à démentir ses principes. » N° xliii : « ... Ils n'en seraient pas moins Manichéens quand ils auraient adouci quelques erreurs de cette secte. » N° l : « [Pierre de Vaucernai] rapporte les divers partis [qui divisaient la société des Cathares], où l'on voit toujours quelques caractères de ceux qu'on a remarqués dans le Manichéisme, encore que dans les uns il soit outré et dans les autres mitigé et adouci, selon la fantaisie de ces hérétiques. Quoi qu'il en soit, tout est du fonds du Manichéisme. » N° n : « Ce que Pierre de Vaucernay leur fait dire des deux Jésus... est à peu près du même génie que les autres rêveries des Manichéens... Qui peut garantir tous les secrets et toutes les nouvelles inventions de cette abominable secte ? » Ibid. : « 11 est constant que ces hérétiques manichéens changeaient beaucoup... L'ignorance et l'extravagance ne demeurent guères dans un même état et n'ont point de bornes parmi les hommes. » N° lv : « On y voit partout très clairement les principes, les impiétés et tout l'esprit du Manichéisme. »
Cf. sur les différences entre le manichéisme ancien et le néo-manichéisme. Schmidt, t. II, p. 255-260 ; Aug. Moli.nier, Revue historique, t. XIV (1880, t. III), p. 409, etc., et sur les variétés du Néo-manichéisme cathare, Schmidt, t. I, p. 69-70; t. Il, p. 11, 52, 57, 63.