Dict. crit., art. Luther, rem. Q
mêlent. » Qu'on laisse l'aire le ciel : « ce n'est pas ici l'affaire des princes. » Telle est, dans les premiers temps de son apostolat l, sa pensée maîtresse ; — celle dont s'inspire ce cantique magnanime où Luther, soldat mystique , proclame que la bonté de Dieu est seule « sa forteresse et son armure ; » — celle que Bossuet a du reste bien vue et loyalement mise en lumière : « Luther défendait dans la cause de son Evangile tout autre glaive que celui de la parole, » et « il n'y avait rien de plus inculqué dans ses écrits que cette maxime2. »
Mais cette pieuse assurance ne devait pas durer. On en peut dater de 1522 environ le déclin. Dès 1520, du reste, il semblait que la Providence eût voulu le tenter : des hommes d'action, sans emploi et sans scrupules, Ulrich de Hutten, Franz de Sickingen, Sylvestre de Schaumbourg, mettaient leur influence et leur épée à sa disposition. A la diète de Worms, ces chevaliers remuants ne demandaient qu'à le servir, et Luther, sans profiter de leurs offres, ne pouvait s'empêcher déjà de les considérer comme une force3.
Il n'eut pas besoin d'eux alors pour échapper à l'Empereur et au Pape, et la pacifique protection de l'Electeur de Saxe suffit à sauvegarder sa personne : mais bientôt ce fut son œuvre même qui périclita gravement. Son ami Carlostadt, s'émancipant de sa tutelle, osait, en son absence et sans son ordre, hâter à Wittenberg la destruction de l'ancien culte, et précipitait bruyamment la Réforme dans les voies orageuses d'une révolution radicale. Puis cette révolution, imprudemment provoquée, éclate;
1. Voir pour ces années (1518-1522) les textes, qui sont nombreux, dans Kohn, Vie de Luther. 1. 1, p. 414, 463, 493; t. II, p. 66, 100, 139, 140; dans Hoff, Vie de Luther, p. 122, 130, 230, 231, 237, 239, 240, 257,258, et dans Schwalb, Luther et ses opinions religieuses et morales de 1517 à I5%5, p. 138 sqq. En 1524-1525, il attaque encore très violemment les Princes (Hoff, p. 217-218).