Cf. plus haut, p
la signature de Luther, de Mélanchthon, de Bucer et de quelques autres théologiens de l'Eglise nouvelle était déjà fort instructive1. Ils répugnent vivement, on le voit, à donner l'autorisation demandée ; ils hésitent à faire passer en pratique une opinion qu'ils ont hasardée, en théorie, les uns par un sentiment de respect excessif pour la lettre même de l'Ancien Testament et pour l'exemple des Patriarches ; les autres , aux jours d'enthousiasme où leur jeunesse irréfléchie ambitionnait de tout réformer dans la société comme dans l'Eglise et ne doutait de rien. Mais combien d'entre eux la croient encore juste, à présent qu'ils ont passé de l'opposition au gouvernement, et qu'ils ont charge d'âmes? Tous, du moins, ils la savent dangereuse ; ils ont présent à l'esprit le bouleversement récent de l'Allemagne au nom de principes analogues2; ils se rendent compte de la gravité révolutionnaire d'une décision qui sera en contradiction radicale avec le droit public de l'Empire, avec le code moral de la Chrétienté tout entière, depuis dix-huit siècles. Cette résistance intime de consciences honnêtes paraît à chaque ligne « dans leur discours tortueux et embarrassé3 », comme dit Bossuet. Ils temporisent , ils tergiversent avant d'en passer par les volontés de ce puissant et importun client et de se laisser arracher la permission qu'il sollicite ; ils déplorent « l'état où il est » et cette prétendue nécessité d'adultère ; ils lui « représentent cet état comme très mauvais devant Dieu et contraire à la sûreté de sa conscience ; ils l'en détournent tant qu'ils peuvent... » Mais ce dont ils le détournent sur-
1. Hist. des Var., 1. VI, nos vi-vm; Consùltatio Lutheri et aliorum super Polygamia, à la suite du 1. VI.