CHAPITRE TROISIÈME". 44'î
assauts que le malin Esprit donne à la raison et à la vie des hommes. Hallucination terrible, en effet, qui n'a pas quitté Luther depuis sa jeunesse nourrie de superstitions populaires1 jusqu'aux derniers jours de sa vie; alliée, par un singulier mélange, à l'exercice régulier des plus hautes qualités de son esprit, et s'imposant à lui lors même qu'il agissait dans la plénitude la plus lucide de sa sagesse, de sa piété large et pure et de son énergie pratique.
Mais alors n'est-ce pas une obligation, pour qui étudie Luther, que de tenir grand compte de cette singularité de sa nature? Si, à l'exemple de Maimbourg, par une affectation de justice et de générosité mal entendues, Bossuet n'avait rien voulu dire de cette préoccupation du surnaturel diabolique, il eût manqué un détail significatif au portrait qu'il trace du Réformateur allemand'2.
Ceci nous amène à considérer de plus près, en examinant les critiques protestantes, les traits essentiels de ce beau portrait peint par Bossuet avec une si particulière complaisance. Car c'est Luther qui tient dans Y Histoire des Variations la place de beaucoup la plus considérable : il en est vraiment le héros. Et même il convient de noter, en passant, cette autre preuve très forte de la justice et de la clairvoyance historique de Bossuet, supérieures à ses préjugés même. Voulant étaler les divisions et l'instabilité de la Réforme, il semble qu'il fût de son intérêt de diminuer autant que possible Luther, ou du moins de ne pas le mettre hors de pair entre tous ses autres collaborateurs. C'eût été encore une façon de contester l'unité de la Réforme que de découvrir la multiplicité dans son origine même. Bossuet ne le fait point. Il sait reconnaître